• A Saint-Maurice, «Des hommes et des siècles» va célébrer les 1500 ans de l’institution. Le spectacle, itinérant, alterne séquences historiques et interludes comiques Erudition et décontraction. Cyril Kaiser a un don - les chanoines doivent apprécier ce côté élu du ciel. Comme personne, ce metteur en scène originaire de La Chaux-de-Fonds sait vulgariser les sujets ou les parcours les plus étoffés. Après Calvin et Rousseau, dont il a retracé l’existence et les convictions dans deux spectacles commémoratifs à Genève, Cyril Kaiser répète ces jours Des hommes et des siècles, vaste fresque itinérante qui célébrera les 1500 ans de l’abbaye de Saint-Maurice, dès le 11 août prochain. Quatre tableaux énergiques et historiques suivis d’une partie plus mystique, avec sept comédiens professionnels, une chanteuse, une quarantaine de figurants, de la tragédie, des extases et beaucoup d’humour. Sans oublier Sœur Claudia, une religieuse à fort tempérament, qui joue son propre rôle (cf. ci-dessous). De Sigismond à Napoléon, reportage en pleine ébullition. Ce mardi, il fait beau à Saint-Maurice. Tant mieux. Car la ville valaisanne, coincée dans un étranglement rocheux, peut plomber par mauvais temps. Et surtout, les répétitions de la journée sont prévues en extérieur. Il fait frais, le vent souffle. Les costumes accrochés dans le char-loge imaginé par le scénographe Fredy Porras gonflent comme des voiles et prêtent des airs felliniens à l’équipée. Cyril Kaiser est heureux. Le soir, il répète pour la première fois le déplacement des chars tirés par les valeureux médiévistes, des passionnés qui, tout au long de l’année, exercent leur force physique à travers des tournois et autres joutes reconstituées. Le vent dans les voiles, c’est aussi l’impression que procure Joël Waefler dans son incarnation, l’après-midi, de Saint Louis, fervent roi de France qui, au XIIIe siècle, est venu dans la cité d’Agaune – autre nom de Saint-Maurice – chercher la Sainte Lance qui devait lui permettre de libérer Jérusalem… Le Trésor, célébrissime pour la qualité de ses reliques, revient souvent dans ce spectacle écrit par Alain Bagnoud. Saint Louis, donc. Il dit sa flamme pour le Christ au balcon de la Maison de la Pierre, curiosité historique et architecturale de la ville et chambres d’hôtes de qualité. Vu l’exiguïté de la cour à ciel ouvert, le public prévu, 120 personnes par soir, devra se diviser en deux pour entendre le comédien évoquer, des larmes dans les yeux, l’éducation aimante et pieuse de sa mère, Blanche de Castille. Tandis qu’une moitié de l’audience vibrera au son de la voix ailée de Floriane Iseli qui accompagne l’émoi du souverain, l’autre moitié préparera la Révolution. Avec cocardes, Marseillaise et bonnets phrygiens. C’est qu’après l’extase religieuse, l’Histoire avance à grands pas, et sur la place du Parvis, devant la Basilique, la quatrième étape restitue la célébration de Napoléon. Célébration? «Oui, car Bonaparte a libéré Saint-Maurice du joug du Haut-Valais», explique Cyril Kaiser. Mais la concorde avec les Agaunois n’a pas duré. «Napoléon a voulu annexer le fameux Trésor et, sans la ruse des chanoines qui ont simulé un vol, les reliques auraient fini dans les musées français», rigole le metteur en scène qui se fait un malin plaisir de restituer la petite histoire au côté de la grande. Avant ces épisodes, les spectateurs auront déjà tremblé devant l’infanticide perpétré en 522 par Sigismond (Vincent Babel), roi des Burgondes, dans l’église qui porte son nom. Et souri aux péripéties d’Eudes II de Blois, descendant bourguignon qui, à la mort de Rodolphe III en 1032, se voit disputer le trône par Conrad II, Empereur du Saint Empire romain germanique. «C’est une scène burlesque, avec des masques grotesques en papier mâché et une sorte de parade carnavalesque des figurants. Je tenais à cette soupape joyeuse après la tragédie de l’infanticide», souligne Cyril Kaiser. Des soupapes comiques, il y en a plusieurs dans les passages improvisés, des séquences avec des personnages contemporains qui introduisent les scènes historiques et guident le public de site en site. Dans le rôle de Prudence Hofstettler, guide bénévole passionnée par l’histoire de l’abbaye, Nicole Bachmann fait des merveilles de zèle appuyé et bonne volonté appliquée. Elle est assistée par Sœur Claudia, religieuse des Sœurs de Saint Augustin, congrégation fondée en 1906 à Saint-Maurice qui comprend une vingtaine de membres en Suisse et une quarantaine en Afrique. L’Afrique, justement, est bien représentée dans cette fresque en mouvement. Déjà, petit rappel ou info pour les non-initiés, Saint-Maurice était Noir. Le futur martyr était un général originaire de Thèbes, l’actuelle Louxor, qui avait rejoint les armées romaines, mais, en bon chrétien d’Orient, avait refusé de se plier à un rituel païen. Résultat, lui et ses milliers d’hommes ont été décapités vers l’an 300. C’est sur ses reliques que Sigismond a fondé l’abbaye en 515. L’Afrique se manifeste aussi à travers la présence plus que chaleureuse de Marie-Ange, une fan de Saint-Maurice originaire du Burkina Faso. Elle a fait le déplacement pour voir le spectacle et ponctue tous les épisodes de ses interventions explosives. C’est Safi Martin-Yé qui tient ce rôle et son dynamisme est communicatif. Mais ce n’est pas tout. Les animateurs contemporains du parcours comptent encore dans leurs rangs Cyprien Gay-Balma, habitant de Vérollier, près du stand de tir, et musicien égaré. Un personnage un peu perdu et très drôle auquel Pierre-Isaïe Duc donne toute sa tendresse chiffonnée. Elle est là, la force de la compagnie du Saule rieur et de ce spectacle qui a coûté 500 000 francs au bureau exécutif des festivités du 1500e. D’un côté, une érudition soumise à l’expertise de spécialistes pour les passages historiques. De l’autre, une liberté de ton et un goût pour la confusion – beaucoup d’intervenants, de constantes interruptions – dans les séquences de transition. Avec une telle alternance, les deux heures sont censées filer sans temps mort et le spectateur est initié aux mystères de l’abbaye sans être assommé. La preuve dès le 11 août. «Ah oui, on va mettre au point un plan pluie au cas où», glisse Cyril Kaiser en fin de journée. Il chuchote, discret, question de ne pas provoquer le ciel et ses impénétrables volontés.

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  • Soixante petits récits savoureux : c'est ce que propose Alphonse Layaz dans son recueil La Passagère (Editions de l'Aire).

     

    Le sous-titre annonce des faits divers, et il y en a effectivement quelques-uns. Le récit qui donne son nom au livre parle par exemple d'un petit accident de tramway qui jette le narrateur contre une jolie voyageuse.

     

    Mais on trouve aussi, dans le recueil, des contes, parfois inspirés par d'autres (La bonne aventure, qui explique pourquoi les Bohémiens ont le droit de voler sans pécher), des drames touchant à l'Histoire (Le camée et sa problématique du placement des enfants de filles-mères, jadis), des souvenirs (Le livre sur les quais où Alphonse Layaz raconte qu'il s'est retrouvé près de Manon Leresche qu'on venait scruter comme un phénomène)...

     

    Ces sujets sont inspirés simplement, semble-t-il, par la fantaisie de Layaz et par ce que lui propose la vie : une scène, une évocation, un souvenir. Tout ce qui lui donne envie de saisir son stylo.

     

    Il y prend du plaisir on le sent. Ces petits récits brillants sont des bijoux. Charmants et très bien écrits.

     

     

     

    Alphonse Layaz, La Passagère, L'Aire

     


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    Organisée par la Société académique du Valais. Sion, le premier mai 2015, théâtre de Valère.


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  • L’affaire Giroud, une histoire valaisanne?

     

    SAMEDI 13 JUIN 2015 Anne-Sylvie Mariéthoz

    PORTRAIT • Dans «L’affaire Giroud et le Valais», Alain Bagnoud chronique les péripéties judiciaires de l’encaveur valaisan, tout en essayant de cerner ce qu’elles révèlent sur ce canton.

    Au fur et à mesure que le feuilleton Giroud Vins SA rebondissait dans la presse depuis fin 2013, une question taraudait le public: ces affaires auraient-elles pu se passer ailleurs qu’en Valais de la même manière? Une question qui avait tout pour captiver le romancier Alain Bagnoud, issu d’une famille de vignerons, qui a fait de l’identité valaisanne l’un de ses thèmes de prédilection. Or plus il recueillait d’informations sur le sujet, plus il comprenait que «l’imagination, dans ce cas-ci, serait moins forte que la réalité». L’écrivain a donc pris le parti de raconter simplement le fil de cette histoire, «devenue presque illisible sous les points de détails, les arguties et les chicanes».
    Alain Bagnoud retrace ainsi une histoire d’ascension et de chute, animée par une galerie de personnages hauts en couleur, à commencer par sa figure centrale, Dominique Giroud. Lequel a voulu jouer un rôle d’envergure et s’est démené «pour peser sur la vie publique», souligne l’auteur. A cet égard, il rappelle trois affaires où notre homme s’est illustré comme défenseur de la moralité publique dans la droite ligne préconisée par l’Eglise d’Ecône: les affiches anti-avortement (1997), les cartes postales xénophobes (2000) et enfin la pétition anti-Gay Pride (2001). Mais ce dernier épisode est une telle déconvenue pour Giroud qu’il le convainc peut-être de consacrer son énergie aux affaires et d’adopter désormais «un profil politique bas», avance Alain Bagnoud. Il en garde toutefois une animosité tenace envers les médias qui se manifestera à d’autres reprises, note l’auteur.

    «Une fortune vite gagnée»
    S’ouvre alors le récit de l’ascension vertigineuse de Dominique Giroud dans le secteur viti-vinicole, accompagnée d’une politique de rachats effrénée, que les autres vignerons observent avec incrédulité. Il faut, confie l’un d’eux, «soit comprendre que nous sommes tous des crétins, soit postuler que beaucoup d’argent a été mis à disposition de Giroud dès le départ». On chuchote parmi les gens de la profession que les ressources du bonhomme sont à chercher du côté de ses fréquentations religieuses. Sans écarter cette hypothèse, Alain Bagnoud détaille plusieurs autres pistes. Il montre que Giroud s’est imposé sur le marché en recourant à bien des pratiques illicites, telles que: coupage, assemblages excessifs, trafic de raisin «au noir», sans oublier la soustraction fiscale. A noter que l’entrepreneur a créé toute une nébuleuse de raisons sociales qui lui servent en partie à dissimuler ses tours de passe-passe. Pourtant, «malgré la répétition des infraction [dénoncées] entre 2006 et 2008, malgré leur variété», ces dossiers finissent par être classés sans suite, relève Alain Bagnoud. Mieux: le contrôleur suisse de la commission des vins est remplacé, semble-t-il, à la suite des réclamations de l’intéressé. Un exemple parmi d’autres de la saga Giroud où les instances compétentes se montrent peu empressées à remplir leur mission.

    Trafic d’influences
    Parallèlement à sa nouvelle cave, inaugurée en 2008 et estimée à elle seule entre 15 et 20 millions de francs, l’entrepreneur s’attelle à bâtir une image de «Valaisan authentique». Il s’emploie à célébrer «les trois incarnations de la valaisannité» que sont le vin, les vaches d’Hérens et le FC Sion, analyse Alain Bagnoud, en relatant au passage quelques piquantes anecdotes sur les méthodes de l’entrepreneur-éleveur. En coulisse, notre homme continue «de nouer des connivences dans les partis politiques» et de contribuer aux campagnes «de ceux qui lui sont proches». Les conseillers d’Etat Maurice Tornay et Oskar Freysinger, bénéficient notamment de ses largesses. Et lors des primaires de 2008, quand Maurice Tornay est concurrencé par le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, réputé plus centriste, ce sont des cars entiers qui sont affrétés – financés par Giroud – pour aller plébisciter la candidature du conservateur. C’est ce genre de «détails», qui complètent le tableau et finissent par le rendre cohérent. En un peu moins de 200 pages rédigées d’une plume alerte, l’auteur nous captive à la façon d’un roman policier. Mais il parvient surtout à rendre ce feuilleton intelligible, tout en apportant de précieux éclairages sur son contexte.

    La guerre de l’information
    A plusieurs reprises, Alain Bagnoud rend hommage à la pugnacité des journalistes – et autres bloggeurs – en saluant leur sens de l’investigation. Le dernier fait judiciaire de l’épais dossier Giroud concerne justement la presse. Au début de l’été 2014, l’encaveur sollicite l’aide d’un hacker, d’un espion et d’un détective pour tenter de localiser l’origine des fuites. Auparavant, il aura tenté à plusieurs reprises de faire interdire la diffusion de reportages sur son compte. Cette attitude est symptomatique d’un système «qui méprise volontiers les règles et les lois de la démocratie», note l’auteur. Or les affaires Giroud semblent avoir au moins montré que «l’adéquation d’un canton entier à une image passéiste et à un fonctionnement archaïque» n’est plus d’actualité. «Les Valaisans réclament de l’air (...), du droit plutôt que des arrangements», conclut l’auteur. I

     

    Alain Bagnoud, L’Affaire Giroud et le Valais, Ed. de l’Aire, 198 pages.

     


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  • Les enfants seuls de Céline CernyCéline Cerny fait parler les enfants. Mais on n'est pas dans un paradis vert et rose. Les enfants seuls rappelle plutôt que les bambins sont des radars sensibles, intelligents, fragiles et implacables.

     

    Céline Cerny s'attache aux moments forts où des révélations leur adviennent, quelquefois tendres, souvent brutales, parfois cruelles, qui produisent des ébranlements. De ceux que nous avons tous vécus, que ce livre ravive.

     

    Il arrive dans les courts récits que les parents soient aimants. En général, ils apparaissent comme Jéhovah : tout puissants et incompréhensibles.

     

    Les enfants seuls de Céline CernyMais les impressions qu'en reçoivent les enfants sont lucides. Ils vivent dans un système de règles qui s'imposent, qui se contredisent, qu'il n'est pas possible de contester mais qu'ils perçoivent clairement, et auquel ils s'adaptent. On ne juge pas – ou on commence de juger à l'adolescence, comme Valentine, quatorze ou quinze ans.

     

    Valentine entre avec son cousin dans l'atelier de son grand-père peintre, qui ne la reconnaît pas, qui la prend pour l'amie de son petit-fils : « Je voyais la convoitise sourdre des coins de sa bouche, un vieux coq au cou dressé. Le grand-père affichait sa suffisance, un cavaleur au sourire inépuisable et dans ses yeux, une lueur torve et carnassière. »

     

     

     

    Céline Cerny, les enfants seuls, éditions d'autre part,

     


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