• Par Jean-Yves Dubath

    Un livre. «REBELLE». Alain Bagnoud. (l’Aire, 2017). Encore une fois je m’éprends du pauvre poulet. Il faut traduire cette phrase infâme ainsi : l’important, c’est qu’il y ait quelqu’un; et capable de se détacher des lignes où il est enclos, ici, «Rebelle», pour s’en venir occuper durablement les esprits. Et Jérôme, le héros d’Alain Bagnoud, réussit haut la main l’exercice – il existe, et se tient prêt à être confronté à nos propres souvenirs ; et non pas durant un quart d’heure, non pas durant une heure, deux heures, six jours, mais dans cette chose à la fois merveilleuse et beaucoup plus difficile d’accès qu’il n’y paraît : l’espace littéraire. Et dans ce pays-là, Bagnoud forge à son rythme, et sur un air de : souviens-toi de ce que tu as été ; regarde ce que tu as fait, songe à ce que tu as voulu être. Soit pour l’occasion, être ou ne pas être professionnellement et pastoralement un Guitar Héro. Amendé par la vie quotidienne, le héros de Bagnoud s’en va cueillir très courageusement quelques réussites, sur terre ; tout en songeant qu’être reconnu est décidément agréable chose, par ses amis, ses maîtresses ou ses fiancées, par sa mère (trop méchante à mon goût – les anciennes égéries façon années 70 que j’ai connues étaient à la fois calmées et grasses et bonnes comme du bon pain), par son père, mais s’il s’en trouve par hasard un, et c’est justement tout le problème déployé par la prose de Bagnoud, (qui fait débuter tout chapitre nouveau, et ils sont brefs et nerveux, par une dizaine de lignes descriptives, très belles, et précisément comme les guitaristes, en début de concert, grattent, plaquent un premier accord improbable, avant d’exposer leur thème.)
    Précision ultime : les pères du Grand-Saint-Bernard disaient à propos du Valais : « Les vallées nous donnent tout », sans penser, distraction pardonnée, aux papas absents dans les vallées d’Alain et de «Rebelle».


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