• Pierre Michon, Vies minuscules

    Michon Vies minusculesMichon Vies minusculesEclatante entrée de Pierre Michon en littérature, Vies minuscules est devenu un livre-culte qui a créé un genre: la micro-biographie.

    Michon parle de personnages sans importance liés à son histoire personnelle, plus particulièrement à son désir d'écrire. Membres de sa famille ou liés à elle, vieux parents, domestiques ou sœur morte, curés, femmes ou fous qu'il a côtoyés...
    Le texte entier tourne en fait autour d'une absence, celle du père, buveur, coureur de filles, qui s'est enfui quand le fils avait deux ans et a définitivement disparu depuis, absence contre quoi Michon écrit. Les autres absences du livre, nombreuses, tournent autour de celle-là, et la rejouent. Cette disparition du père lui sert d'ailleurs à s'identifier à Rimbaud: même abandon, même amour de la langue, et dès lors attente du génie.
    Car Michon ne considère pas l'écriture comme un travail mais comme une révélation. Dans tout le livre, qui est aussi sa genèse d'écrivain, il attend que la Grâce arrive, que Quelqu'un ou Quelque chose lui dicte un texte génial, quoiqu'il se sente indigne. La littérature c'est le sacré: prières en forme de lectures, imitation des saints, surtout de Rimbaud, comme qui il faut se faire voyant par l'abus des liquides et des drogues. Et quand on a bien mérité: révélation, génie, textes! Puis l'argent, la gloire, les femmes.
    Pierre Michon a, dit-il de lui-même, beaucoup de vanité mais pas beaucoup d'orgueil. Il n'hésite pas à se peindre sous les couleurs les plus noires: soulard, retors, profiteur, ignoble avec les femmes qu'il a aimées. C'est encore se vanter un peu, sans doute, et mériter de la littérature par la bohème et la crapule. Mais c'est aussi montrer que la reconnaissance qu'il envisage n'est pas sociale. Qu'importe son ignominie si elle donne de beaux textes.
    Ceux de Vies minuscules le sont. Pierre Michon, ce n'est pas de la flûte (elle, elle est traditionnellement attribuée à Chateaubriand). Pas les nappes de piano proustiennes, ni la chansonnette célinienne. On parlerait plutôt pour définir son style de cymbales et de trompettes. Ça éclate, c'est sonore, processionnel, solennel, chamarré. C'est régi par le passé simple et l'imparfait du subjonctif. Le vocabulaire est soutenu et un peu désuet, les références très cultivées. Ça pourrait être un peu guindé et ridicule s'il y avait moins de maîtrise. C'est somptueux.

    Pierre Michon, Vies minuscules, Folio


  • Commentaires

    1
    baupe
    Mardi 16 Mars 2010 à 13:05
    Orgueil
    Dans le registre de la révélation, pourrait-on m'éclairer en m'indiquant le chemin de l'orgueil à la vanité, voire la différence entre ces deux amies ?
    2
    ab
    Mardi 16 Mars 2010 à 14:14
    orgueil et vanité
    Orgueil: estime exagérée, amour excessif de soi-même, qui fait que l'on est persuadé de sa propre excellence, que l'on se juge supérieur aux autres. Vanité: caractère d'une personne satisfaite d'elle-même et étalant complaisamment son plaisir de paraître. (http://www.cnrtl.fr/) Donc, la vanité est dans le paraître, l'orgueil dans l'être.
    3
    kaiser
    Mardi 16 Mars 2010 à 16:19
    michon
    Depuis que tu me l'as conseillé, je n'arrive plus à m'en passer. Chaque jeudi je passe à la librairie du Parnasse et je m'achète un Michon. Le problème c'est qu'il n'y en a plus. alors je me suis rabattu sur Faulkner puisqu'il l'aime... Dis comme la Saint Joseph arrive, j'en profite pour souhaiter un bon anniversaire au narrateur de la leçon de chose en un jour ! J'ai peur d'oublier.
    4
    Mercredi 17 Mars 2010 à 09:11
    anni
    Merci Kaiser.
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