• On ne lit plus Michel Tournier

    Le roi des aulnes, gravure de ?
    On ne lit plus Michel Tournier. Cet écrivain vedette des années 70 et 80 est au purgatoire. Je me suis demandé quelle en était la raison lorsque j'ai trouvé dans les bacs d'un marché aux puces deux de ses livres qui m'ont rappelé sa gloire passée.
    Pourquoi ne pas les relire? Aussitôt dit, aussitôt fait...
    Et maintenant, je comprends, sans avoir besoin d'une étude approfondie.
    Ces romans à thèses me sont tombés des mains. Quelques pages du Roi des Aulnes (le thème de l'ogre, Saint-Christophe, l'Enfant...), quelques-unes de Robinson ou les limbes du Pacifique (le puritanisme, les quatre éléments, le renversement des valeurs)... Et j'ai reposé les livres.
    Je me souvenais évidemment de Tournier comme d'une sorte de virtuose de la construction. Il accumule les thèmes, les symboles, il articule le tout avec science. Rien n'est gratuit, tout est récupéré, inséré, intégré, montré. La lecture en devient vite pesante, agaçante.
    L'auteur insiste lourdement sur la signification de chaque chose, met en avant, explique, revient. Ce qui chez d'autres, plus subtils, constituerait l'arrière-fonds, est chez lui exhibé. Les sous-entendus sont projetés à la surface. Il n'y a aucune possibilité pour le lecteur d'une interprétation personnelle: l'écrivain lui impose ses éclaircissements.
    Tournier est fils de son époque: ces années-théories, explicatives, dont il porte les valeurs et les transgressions, dans une écriture paradoxalement plutôt classique. On peut préférer des auteurs qui laissent un peu plus de place au lecteur...

    Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, Robinson ou les limbes du Pacifique, Folio


  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Novembre 2009 à 13:32
    sans
    Ah ! Merci pour cet article que j'ai trouvé très enrichissant, parce que je ne comprenais pas vraiment pourquoi je me suis ennuyée en lisant Vendredi où les limbes du Pacifique (version adulte). J'en profite pour vous dire que j'avais répondu au sujet des auteurs indiens, que je vous avais fait une petite liste et que tout s'est perdu dans les limbes du net. Je conseille Timeri N Murari (du tamoul), même si je n'ai lu aucun de ses livres traduits en français, et aussi Manju Kapur (en anglais, non traduit à ma connaissance) où j'ai beaucoup aimé Home, A married woman... La majorité des auteurs traduits le sont du bengali... Traduit de l'anglais, avez-vous lu L'équilibre du monde (A fine balance) de l'Indo-canadien Rohinton Mistry ? quel souffle !
    2
    baupe
    Lundi 2 Novembre 2009 à 14:36
    Tournier
    Je ne me souviens pas de cet auteur comme d'un "virtuose de la construction". Pour moi, son nom est synonyme d'ennui profond...
    3
    Ray
    Lundi 2 Novembre 2009 à 17:36
    Convaincant !
    Je n'ai pas relu Tournier depuis l'époque, mais l'analyse que vous en faites me paraît très convaincante !
    4
    Lundi 2 Novembre 2009 à 21:36
    Tournier
    Tournier fils de son époque, on ne peut pas mieux dire. Ce qui faisait son succès le dessert aujourd'hui. Voilà de quoi rendre modeste tout auteur fêté dans un contexte donné. Amicalement.
    5
    Lundi 2 Novembre 2009 à 22:14
    MT
    Eh oui, chaque époque a ses Tournier. Ceux d'aujourd'hui, on se demandera demain pourquoi ils ont eu du succès. Merci pour vos références, Emily.
    6
    C.C.
    Jeudi 5 Novembre 2009 à 15:51
    Brûler Balzac
    Vous me semblez un peu bien catégorique — et vos commentateurs itou : Tournier, certes, n'a pas écrit grand-chose de bon après "Le Vent Paraclet", mais "Vendredi" et — surtout — "Le Roi des Aulnes" restent des romans très estimables, surtout si on les compare à la production actuelle. J'ai relu le second immédiatement après "Les Bienveillantes" et, comme vous diriez, "il n'y a pas photo". Quant au prétendu didactisme — ou dogmatisme — de Tournier, rien n'interdit de penser qu'il faille l'attribuer à l'auteur virtuel ou au narrateur plutôt qu'à Tournier lui-même. On peut d'ailleurs faire le même type de reproche à Balzac. Faut-il brûler aussi Balzac ?
    7
    ab
    Jeudi 5 Novembre 2009 à 19:59
    Brûler Balzac
    Bien sûr que non. Mais je trouve chez lui une vitalité que je ne sens pas chez Tournier.
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