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Marie-Jeanne Urech, Le chat qu'il tenait en laisse comme un chien | 10 février 2012

César Bonvoyage cultive des roses. Mais le soleil disparaît. Pour le faire revenir, Bonvoyage place chaque jour un caillou peint en bleu sur un autel dédié à la vierge.

Quand la colline est devenue toute bleue sans aucun résultat, il se résout, lui le casanier, à partir en voyage jusqu’à la capitale, sur l’ancienne voie royale, pour rendre visite à Chrosostophe Oggre, fonctionnaire immortel qui est le seul à pouvoir l’aider. Son chat Bolivar l’accompagne, tenu en laisse et tout blanc.

En chemin, le cultivateur de roses affronte la violence et le deuil, et découvre finalement que la création est le moyen de donner un sens à l’absurde, de réenchanter le monde.

Cette histoire poétique donne un beau livre. Bel objet et beau contenu.

RédiMarie-Jeanne Urechgé lors d’un voyage en Amérique du Sud (le lieu mentionné est Quito, en Equateur), continent dont le réalisme magique a inspiré le récit. Ecrit par Marie-Jeanne Urech dont on avait déjà apprécié les derniers textes (voir ici, ici et ici).

Il a été imprimé par Aencrage & co, à Beaume-les-dames sur un papier ivoire 160 grammes, composé à partir de caractères mobiles en linotypie en Aster de corps 10, tiré sur une presse typographique et broché selon une technique artisanale. Sa couverture, sur papier vergé blanc 220 grammes, de S.P. & J.B.B, est inspirée par un tableau de Caspar David Friedrich, Le voyageur au-dessus de la mer de nuages. Pour en savoir plus: www.aencrages.com

 Marie-Jeanne Urech, Le chat qu’il tenait en laisse comme un chien, récit, Aencrages & co

Publié par Alain Bagnoud à 09:19:01 dans Lectures | Commentaires (0) |

Hugo, Quatre-vingt-treize | 09 février 2012

Victor Hugo93, d'après Hugo, c'est la grande année de la Révolution. Guerre contre tous les pays frontières, guerre civile en Vendée, Danton Robespierre et Marat se disputant le pouvoir à Paris.

Du coup, se saississant de ce sujet, Hugo fait un brassage comme il en a le secret. La grande Histoire, la petite, les grands principes et les grands sentiments, le suspense, les émotions, les drames dans les consciences.

C'est virtuose, visionnaire, palpitant. Il y a des conspirations, des passages secrets, la guillotine, des enfants menacés, des personnages singuliers. Une famille concentre tout ça. Le grand-oncle, prince de Bretagne, est expédié par les émigrés et les Anglais pour diriger l'insurrection vendéenne, soulever le pays, préparer le débarquement anglais. En face de lui le petit-neveu, acquis aux vertus révolutionnaires, commande les bleus et fait la guerre à l'aïeul. Son ancien précepteur, qui lui a lu Voltaire, Rousseau, etc, un prêtre défroqué depuis, est expédié par la convention avec plein pouvoirs, pour contenir son élève, trop généreux, ayant trop tendance à pardonner...

On passe dans tous les milieux sociaux, on pénètre dans tous les cercles importants, on va des plus bas paysans misérables aux plus puissants de l'époque. C'est un brassage magnifique, une construction splendide, avec du pittoresque, du sublime, de l'intrigue, des idées. C'est grand, c'est presque trop. C'est Hugo.

Publié par Alain Bagnoud à 08:56:24 dans Balzac | Commentaires (0) |

Goethe, Les souffrances du jeune Werther, | 08 février 2012

Lotte et WertherLa chose qui m'a le plus étonné en lisant Les souffrances du jeune Werther (1774), c'est le grand intérêt du livre. Je m'attendais au pire. Tout était réuni pour m'effrayer. Un chef-d'œuvre du romantisme. Un roman épistolaire. Le génie de Goethe.
Eh bien non. Les souffrances du jeune Werther est un livre vif, agréable, remarquablement écrit avec beaucoup de sensibilité, qui parle très bien de la nature et des sentiments, et qui n'a rien de pompeux.
D'abord parce que son personnage principal se place hors de toutes les normes et valeurs de son temps. Il se considère comme un artiste et passe son temps à se promener dans la nature et à dessiner. Son travail temporaire chez un ministre l'amène à mépriser les élites, les nobles, leur pédanterie et leur étroitesse, à leur préférer le peuple et les gens simples.
Puis parce qu'il ne respecte finalement que ses propres sentiments et ignore les conventions. Il tombe amoureux d'une jeune fiancée, la convoite en la sachant engagée, vit presque en triangle avec elle et son futur mari, Albert, pour qui il se prend d'une tendre amitié. Il ne respecte même pas le mariage. Plus tard, quand Charlotte est devenue une épouse fidèle, il lui lit des poèmes d'Ossian, saute sur elle, l'enlace, l'embrasse. Enfin, transgression ultime, il se tue avec les pistolets d'Albert.
Le succès phénoménal du livre provoquera d'ailleurs une vague de suicides par contagion, et une mode vestimentaire: costumes jaune et bleu, comme la tenue de bal de Werther, pour les hommes, robes roses et blanches, comme Charlotte, pour les dames...
On lira donc ce livre comme un document historique et sensible sur les idées d'une époque, comme une belle histoire d'amour, comme le portrait d'un marginal et comme une manière de renouveler sa garde-robe. Mais on ne se sentira plus forcé, j'espère, de suivre Werther jusqu'au bout...

Publié par Alain Bagnoud à 11:44:35 dans Republication | Commentaires (3) |

Article sur "Transports" par Jean Michel Olivier | 07 février 2012

Le Valais est une terre de vignerons et d'écrivains. Il n'y a pas si longtemps, Maurice Chappaz, grand bourlingueur devant l'Eternel, poète lumineux, fut le gardien des vignes de son oncle Troillet, à Fully. Si l'encre est le sang des livres, le vin, souvent, est le sang des poètes.

Chaque année, à l'époque des vendanges, des livres sortent des presses romandes, parmi lesquels il y a de grands crus. C'est le cas de deux écrivains valaisans, Germain Clavien et Alain Bagnoud. Tous deux sont fils et frères de vignerons. Et leurs livres poursuivent, à leur manière, le cycle de la vigne. C'est-à-dire des saisons.

[...] L’oeuvre d’Alain Bagnoud (né en 1959) est sans conteste l’une des plus intéressantes de Suisse romande. Voilà un Valaisan de pure souche, né au milieu des vignes, à Chermignon, qui, par les hasards de l’existence, est venu s’installer à Genève, où il a poursuivi des études universitaires. Il raconte l’histoire de ce déracinement, à la fois douloureux et nécessaire, dans une trilogie autobiographique parue aux Editions de L’Aire. aujourd’hui, il nous donne une sorte de « journal extime ». Un recueil de textes parus d’abord sur le blog qu’il anime depuis plusieurs années, et qui est une mine d’informations et de réflexions sur la littérature (http://bagnoud.blogg.org). Cela s’appelle « Transports »**. C’est une série d’instantanés, poétiques et fugaces, dans lesquels Bagnoud essaie de ressaisir une atmosphère, d’éclairer le mystère d’une rencontre. Il écrit dans le mouvement, parfois la hâte. Les bus, les trains, les trams. Ce qu’on appelle les transports publics. Mais son œil est celui d’un poète et d’un entomologiste. Il étudie les hommes (les femmes surtout!) avec amour et étonnement. Il ne se lasse pas de les regarder. De les décrire. De les interroger. Sous la loupe de son style élégant et précis. Son petit recueil de proses poétiques est l’un des plus beaux livres de l’année.

** Alain Bagnoud, « Transports », L’Aire 2011

Par Jean-Michel Olivier
(Extrait de sa chronique parue le samedi 4 février 2012 paru dans le Nouvelliste)

Publié par Alain Bagnoud à 09:34:41 dans Journal | Commentaires (0) |

Péguy au Terrier | 06 février 2012

Charles PéguyCharles PéguyAvec le talent et la virtuosité qu’on lui connaît, le comédien Nicolas Rinuy lisait la semaine passée un texte de Péguy au Terrier, Notre jeunesse.

Charles Péguy, écrivain singulier, chrétien, socialiste, républicain et mystique, intellectuel engagé, dont l’œuvre a eu peu d’écho de son vivant avant sa mort héroïque en 1914, la veille de la bataille de la Marne, puis a été récupérée par les catholiques nationalistes et le régime de Vichy.

Ils avaient du mérite, tellement l’œuvre est inassimilable et la pensée libre.

La lecture du Terrier était en tout cas l’occasion d’entendre cette prose rythmée, martelante, qui fonctionne sur les oppositions, les répétitions, l’insistance, la construction en spirale: reconnaissable entre toutes et profondément singulière.

 

Le Terrier, Espace privé ouvert au public. Maison fondée en 1999. 71, bd de la Cluse, 1205 Genève. Sous-sol, porte rouge. 

Prochains spectacles:
LE QUINTEXTE, création musicale (jazz) et littérature, par Nicolas Lambert et son ensemble (08-11.03 2012)
Nicolas RESTIF DE LA BRETONNE, Les nuits de Paris, par Marcel Cottier etNicolas Rinuy (25-29.04. 2012)

Publié par Alain Bagnoud à 09:39:48 dans Lectures | Commentaires (0) |

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