• Milan Kundera, La Lenteur


    Plus l'homme veut (s')oublier, plus il va vite.
    Voici la théorie de Kundera. Pour l'illustrer, il enchâsse trois niveaux.
    a) Lui et sa femme vont passer un week-end dans un château transformé en auberge.
    b) Point de lendemain. La nouvelle désormais quasiment symbole du XVIIIème, écrite par Vivan Denon, et rappelée dans La Lenteur, commentée, thématisée, interrogée.
    c) Un congrès d'entomologistes qui comprend un intellectuel célèbre par ses apparitions médiatiques, un jeune homme désireux de plaire à son mentor absent, désabusé et brillant, une dactylo délurée, un savant tchèque qui revient à la recherche après vingt ans d'interdiction communiste où il a travaillé dans le bâtiment...
    Ces trois plans se rejoignent à la fin du roman. Kundera et sa femme, au matin, voient s'éloigner le jeune entomologiste qu'il connaissent et également le personnage principal de Point de lendemain, après qu'ils se soient croisés près du château. Celui dans lequel ils ont passé la nuit. Celui où s'est déroulé le congrès. Celui qui a servi de décor à la nouvelle de Vivan Denon.
    On a déjà compris que tout était issu de l'imagination de Kundera (pas l'écrivain, le personnage du livre), qui a d'ailleurs contaminé grâce à elle les rêves de sa femme.
    Donc, la lenteur. Elle était pratiquée au XVIIIème siècle. La nuit d'amour du chevalier en témoigne, déroulée, calculée, mise en scène, étalée, prenant une place importante. A l'opposé, la gesticulation moderne grinçante de personnages persuadés de leur rôle ne débouche que sur un simulacre de coït grotesque.
    Tout le monde d'ailleurs joue un rôle dans le livre, les nobles du XVIIIème aussi. Mais eux, c'est en privé, chacun pour l'autre, dans une mise en scène codifiée qui permet le passage à l'acte, la volupté, l'épicurisme, la mise en abîme jouissive. Ceux du XXème, c'est pour tout le monde, sous le regard de tous, dans une gesticulation de mauvaise foi, chacun persuadé de sa propre importance.
    Devinez ce que préfère Kundera et là où il pense qu'on peut trouver, sinon le bonheur, du moins le plaisir qui permet d'oublier la souffrance?

    Milan Kundera, La Lenteur, Folio


  • Commentaires

    1
    Jean Chauma
    Jeudi 22 Octobre 2009 à 11:04
    Le temps qui passe...
    Si je les ai bien compris certains grands anciens nous disent que le plaisir c'est l'absence de souffrance. De par mon expérience je crois que cela est juste. Le bonheur me semble être un qualificatif, un concept, une idée d'après coup, le bonheur semble avoir à faire avec la mémoire. La lenteur, j'attends avec impatience d'être riche pour m'offrir ce luxe.
    2
    Vendredi 23 Octobre 2009 à 10:49
    bonheur
    "le bonheur semble avoir à faire avec la mémoire". Ca me semble très juste
    3
    Bertrand
    Mardi 30 Novembre 2010 à 23:57
    bonheur
    Selon moi, le bonheur cest se fumer une bonne dose de crack et aller éclater des moineaux avec une carabine a plomb.
    4
    ab
    Mercredi 1er Décembre 2010 à 11:31
    bonheur
    Ma foi, Bertrand, chacun ses plaisirs!
    5
    Roger
    Lundi 20 Février 2012 à 19:37
    image
    pourquoi l'image est elle absente sur la page http://www.blogg.org/blog-50350-billet-milan_kundera__la_lenteur-1097710.html
    6
    Dimanche 4 Mars 2012 à 10:08
    image
    Sûrement la source a-t-elle disparu. Je vais voir.
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