• Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, premières pages

    J'ai été frappé en relisant le début de La Recherche de voir comment le texte est charpenté. Je me souvenais m'être posé jadis la question de rôle de ces premières pages. Celles où narrateur parle du sommeil, de l'endormissement, des réveils dans la nuit, des rêves, des différentes chambres dans lesquelles il a dormi.
    Je voyais bien sûr la relation évidente avec le commencement du récit. Ce moment du coucher où l'enfant ne peut pas s'endormir s'il n'a pas un baiser de sa mère. Cet épisode où il sort de sa chambre pour l'attendre, où son père cède et permet à sa femme de dormir avec le fils. D'où le narrateur peut faire dater le début de ses malheurs, l'aggravation de sa faiblesse de caractère, son abandon sans lutte à une sensibilité trop grande, à ce qu'il appelle des impulsions nerveuses. Toute cette délicatesse et cette émotivité qui le pousseront en fait à vouloir devenir écrivain. Scène fondatrice, puisque A la recherche du temps perdu est en fait l'histoire d'une vocation.
    Mais ce début, c'est beaucoup plus que ça. Les premières pages sont une manière pour Proust de poser les thèmes qui vont se développer ensuite.
    Les livres, l'art, le voyage, la maladie, la volupté, l'inlassable poursuite de l'être aimé, (je les cite dans l'ordre où ils arrivent). Et, finalement, le temps. Que le sommeil permet d'atteindre, mais involontairement. « Un homme qui dort tient en cercle autour de lui le fil des heures, l'ordre des années et des mondes. »  Il faudra une autre expérience, celle des sensations, pour en disposer consciemment.
    Et puis il y a  dans ce début un raccourci fulgurant, cette allusion à la chambre de Madame de Saint-Loup, à Tansonville qui nous expédie à la fin du livre, au moment où les deux côtés de Swann et de Guermantes, seront enfin rassemblés.
    C'est juste avant que le narrateur ne se réveille définitivement et ne passe le reste de la nuit à songer au passé, « à me rappeler notre vie d'autrefois à Combray chez ma grand'tante, à Balbec, à Paris, à Doncières, à Venise, ailleurs encore, à me rappeler les lieux, les personnes que j'y avais connues, ce que j'avais vu d'elles, ce qu'on m'en avait raconté ».
    Et c'est alors que commence le monumental flash-back qui commence par les séjours enfantins dans une petite ville fictive appelée Combray.
    Un récit inspiré par les souvenirs de Proust à Illiers. Une ville qui a changé de nom depuis. Désormais, elle s'appelle Illiers-Combray. Comme quoi, le pouvoir de la fiction...

  • Commentaires

    1
    jo
    Jeudi 19 Avril 2007 à 17:36
    Illiers-Combray
    A quand un Ollon-Aulagne?
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