• Marcel Aymé, Le boeuf clandestin

    Rembrandt, Le boeuf écorchéTroubles chez les bourgeois.
    Ils sont très comme il faut, les Berthaud. Pleins de principes. Avides de ressembler à tous les clichés que l'on se fait sur les gens de leur condition. Le père directeur d'une succursale bancaire, et prêt à être associé à la conduite même de la banque.
    Comme elle est dirigée par deux juifs et peut-être par des francs-maçons, il ne va pas à la messe. Ca pourrait déplaire. Il s'est fait aussi végétarien. Une manière de s'éprouver, de se réglementer, de se faire apprécier pour sa discipline. Sa fille Roberte l'admire pour ça, et pour le reste.
    Mais un dimanche qu'elle revient impromptu d'une promenade, elle tombe sur ce père qui se fait griller en cachette un bifteck. Un bifetèque, comme l'écrit Aymé, dont un des procédés comiques est de franciser l'anglais. Ce n'est pas le seul.
    C'est une catastrophe ! Roberte découvre aussitôt en son père quelque chose d'hypocrite, d'immoral, et elle décide qu'elle va lui faire payer ça. Toute son attitude n'est plus que reproche. Du coup, le père déserte les repas familiaux, risque de tomber dans les filets d'une starlette, se reprend à la dernière seconde...
    Le vice est petit chez ces gens-là. Un morceau de viande mangé en cachette. Et continuer à prétendre malgré tout. Heureusement que pour la grandeur du dépravation, il y a dans le livre un personnage, un colonel en retraite d'une adorable lubricité dont les deux buts sont de faire un ouvrage qui montre que capitalisme, fascisme et communisme c'est la même chose, et d'engrosser des jeunes filles.
    Finalement, tout se termine quand même bien. Roberte, troublée et adorée par le plus beau garçon du quartier, épouse sans amour un ingénieur laid, mal soigné mais solide et dont la carrière est prometteuse. Le père reprend sa place à la table familiale, pardonné et toujours végétarien, sinon qu'il a loué un studio pour manger sa viande tranquille. Et la starlette devient une star de cinéma.
    Vive, donc, les vertus publiques !


  • Commentaires

    1
    jean chauma
    Vendredi 13 Mars 2009 à 14:00
    Les vertus bourgeoises
    J'ai été tous le long de ma vie partagé au sujet des vertus et autres manières bourgeoises. Dans un premier temps assez long, je n'ai cessé de vouloir ressembler aux bourgeois, sans les connaître je les ai copié vulgairement, à grands traits, je fréquentais les même tailleurs. Tout dans la forme, mais je ne partageais pas leurs vertus, surtout que tous le monde autour de moi ne cessaient de me répéter que ces vertus n'étaient qu'hypocrisie. Néanmoins je sentais bien que le manque de vertus bourgeoises acquises presque innées me couperait à tout jamais de ce milieu. Mais, à force de vivre, de connaître le monde et les gens, ces terribles gens, je me suis rendu compte qu'il y avait une vertu dans ces vertus bourgeoises, une qualités de vie, je me suis aperçu aussi que le mensonge, l'hippocrisie pouvait être une bonne manière de vivre sous certaines conditions, il y a par rapport à la manière "populaire", de l'élégance dans les manières bourgeoise. Aujourd'hui je me dis qu'il peut être bien vu, bien fait de se dire ici végétarien et d'aller manger de la viande en cachette. Il est bon je crois de cacher ses vices, ses travers, ses infirmités et ses impuissances. J'aurai aimé, j'aimerai avoir cette élégance, cette retenu bourgeoise. Aujourd'hui j'échangerai bien quelques vertus publiques contre un surplus de vérités sur moi même...
    2
    Mercredi 18 Mars 2009 à 10:46
    Bourgeoisie
    Vous avez raison: il y a un art de vivre dans la bourgeoisie, et une recherche, sinon du bonheur, du moins du bien-être, un peu résignée, un peu pessimiste sans doute, soumise aux codes et normée, mais qui satisfait ceux qui y sont. Preuve en est la durée des valeurs bourgeoises, qui se transforment petit à petit mais sans perdre leur force.
    3
    Jean Chauma
    Jeudi 19 Mars 2009 à 14:26
    Bourgeoisie
    Un ami bourgeois m'a donné cette définition : un bourgeois c'est quelqu'un qui a satisfait ses besoins. J'aime beaucoup cette définition, il y a quelque chose de la sagesse épicurienne (épicurien dans le sens du Maître Epicure et non pas dans le sens de Elle ou de Gala...). Ainsi, pour un moindre mal, on aurait du laisser la politique, les banques, les écoles militaires et de hauts fonctionnaires à ces gens qui ont satisfait leurs besoins.
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