• Les plaisirs qu'offrent les duchesses

    Le snobisme du narrateur de La Recherche est d'essence poétique. Il existe bel et bien puisque le personnage occupe la plupart de ses heures actives à fréquenter les salons les plus brillants, à rencontrer la duchesse de Guermantes... Mais Proust nous présente cette activité comme la conséquence de l'imagination.
    C'est l'histoire des Guermantes qui leur donne de l'intérêt, les Mémoires où leur nom apparaît, l'importance et la beauté de leurs châteaux et de leurs propriétés qui emplissent le nom de Guermantes d'une richesse et d'une saveur, lesquelles agrémentent ensuite la personne des ducs.
    Même chose avec le comportement aristocratique, le tact, la finesse, la discrétion, la pondération, l'exquise politesse et jusqu'à l'esprit de la duchesse. Ce sont des résultats historiques d'une éducation de caste qui évoque un long passé illustre. Du coup, ces qualités deviennent délicieuses parce qu'on y lit non plus l'individualité mais la lignée, l'Histoire, les rêveries de l'enfance sur Louis XIV, les grands seigneurs, les anecdotes racontées par Saint-Simon...
    Le narrateur ne semble d'ailleurs jamais faire d'efforts d'arrivisme ou d'intrigue pour pénétrer dans cette vie mondaine où il va devenir un homme de premier plan. Le premier salon qu'il connaît, celui d'Odette Swann, il y arrive parce qu'il est un compagnon de jeu de sa fille Gilberte, qu'elle l'invite à ses goûters, et qu'insensiblement, il bascule vers les réceptions de sa mère qui a son jour en même temps. C'est là qu'il fait la connaissance de Madame Verdurin et qu'il est invité dans les salons bourgeois.
    Son accession aux salons aristocratiques se fait par un hasard semblable, parce qu'à Balbec en vacances, sa grand-mère retrouve Madame de Villeparisis avec qui elle était en pension. Grâce à elle, le narrateur se lie avec son neveu Robert de Saint-Loup, puis, de fil en aiguille, avec la duchesse de Guermantes. Sans que jamais le narrateur ne fasse montre d'ambition mondaine ou de servilité. Par une sorte de hasard nécessaire, naturel, évident - ou, plutôt, par une sorte de conséquence secondaire des sentiments.

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