• La peau, par Malaparte

    Le Vésuve en éruption, par Pierre-Henri de Valenciennes

    Des petites filles et des petits garçons de huit à dix ans vendus dans la rue par leurs mères à des soldats marocains, hindous, malgaches qui les palpent en public, relèvent les robes ou glissent les mains entre les boutons des culottes pendant que les femmes crient : « Two dollars the boys, three dollars the girls ! »

    Une sirène servie cuite au dîner que le général US Clark offre à une puritaine américaine méprisante, un plat mi-fille, mi-poisson, dont les convives se disputent pour savoir s'il s'agit d'un animal ou non, et qu'on finit par enterrer chrétiennement.
    Des perruques vaginales blondes fabriquées pour les femmes de Naples afin de satisfaire les goûts des soldats noirs américains qui n'aiment pas les putains brunes.
    Des homosexuels mimant un accouchement dans une cérémonie venue de l'antiquité.
    Le Vésuve derrière tout ça, qui finit par exploser. Et la baie de Naples, et l'Histoire, et la guerre.
    On se trouve à Naples libérée grâce aux G.I. américains, qui sont bloqués à Cassino par les Allemands dans leur avance vers Rome. Des Américains généreux, gentils, simples, persuadés qu'ils ont le droit pour eux et que le bien triomphe toujours, que ceux qui doivent gagner la guerre sont les bons et les vertueux, que leurs valeurs sont justes et incontestables. Des Américains qui méprisent les Italiens, les trouvent honteux et un peu répugnants, ne comprennent rien à la complexité de leur culture et de leurs coutumes millénaires. Ils leur reprochent Mussolini et le fascisme, les voient comme des lâches et des incapables parce qu'ils ne peuvent pas se débarrasser eux-mêmes des Allemands. Au milieu de tout ça, Malaparte, Italien, ancien résistant au Duce qui l'avait condamné à la déportation et à la prison, mais profondément solidaire du peuple italien. Malaparte qui sert d'officier de liaison au Q.G. des U.S.A.
    Un Malaparte visionnaire, qui décrit ce qu'il voit, mais aussi la réalité au-dessous des apparences, cette réalité complexe, historique, qui affleure, surgit, déborde, dans des scènes à la Breughel ou à la Ensor. Une réalité hallucinée, dans les villes de Naples, de Rome et de Florence où les Alliés pénètrent, aux éléments personnifiés, que l'érudition, la culture et l'imagination de l'auteur transcendent en tableaux cataclysmiques habités, débordants. Où surgissent et sont en jeu la pitié, la grandeur, la honte, l'abjection, l'avilissement, la tendresse, la fierté et le mépris, dans un décor fascinant de fin du monde.


  • Commentaires

    1
    a.cane
    Jeudi 6 Septembre 2007 à 11:13
    film
    Il y avait un film tiré de ça, non? De qui déjà?
    2
    Gérard P.
    Jeudi 6 Septembre 2007 à 20:30
    Curzio
    Beau post, Bagnoud!Vous vous êtes donné de la peine, mais vous avez touché juste: La peau, c'est effectivement ça. Mais vous négligez d'expliquer le titre. La peau, c'est tout ce que les gens ont. Et Malaparte semble penser que l'essentiel, dans la vie, finalement, c'est de la sauver. Sauver sa peau.
    3
    Jeudi 6 Septembre 2007 à 21:11
    Gérard P.
    Merci pour vos amabilités, Gérard. On ne peut pas, il me semble, résumer le livre à ça, mais c'est bien ce que dit aussi Malaparte: la peau, c'est tout ce qu'on a, et c'est précieux.
    4
    Jeudi 6 Septembre 2007 à 21:15
    film
    Et le film a été fait par Liliana Cavani en 1981. Avec notamment Marcello Mastroianni. Je l'avais vu en son temps, il m'en reste quelques images que je n'ai pas trouvées dans le livres: des soldats allemands que la population engraisse pour les vendre au poids, ou la main humaine que le héros mange, réellement dans le film, alors que dans le livre il l'a constituée avec des os de lapin... Ce film, enfin, ne m'a pas laissé le souvenir d'un chef-d'oeuvre.
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