• La nature est un temple où de vivants piliers...

     Photo de Michèle Labbe Le naturel. L'artificiel.
    A la montagne ces notions prennent un autre sens quand on parle avec les gens. Les villageois. Les natifs.
    Ce qui est naturel pour eux, c'est ce qui est là depuis longtemps, hérité, de tradition. Les prés, les vaches, les raccards, les chevreuils, les forêts. Mais pas le lynx ni le loup. Ils n'existaient pas avant, ils ont été introduits ou ils arrivent par la faute de changements modernes (l'expansion des forêts). Ils appartiennent donc à l'artificiel et on peut les éradiquer sans états d'âme.
    Pour les amoureux de nature, au contraire, le naturel c'est la nature sans l'homme. Donc le chevreuil, le renard et la forêt mais aussi le loup, l'ours et le lynx. Ces animaux qui seraient dans nos régions si l'homme ne les avait pas exterminés jadis.
    Par contre, la vache, la grange, le pré fauché sont à leurs yeux des artifices.
    Cette position, poussée à l'extrême, impliquerait que non seulement on n'agisse pas sur les territoires rendus à la nature, mais qu'en plus, la présence de l'homme n'y serait pas bienvenue. Même en tant que promeneur: il dérange les animaux et change l'équilibre des choses.
    D'où les problèmes de compréhension et de dialogue quand on parle de nature. Mais qu'est-elle donc?
    Moi j'ai ma petite idée là-dessus. Le naturel est d'abord une construction imaginaire. On le voit par ses diverses définitions.
    Et si on veut le cerner plus précisément, c'est facile. Il suffit de le chasser. Vous connaissez le proverbe...


  • Commentaires

    1
    a.r.
    Mercredi 23 Juillet 2008 à 18:46
    chasser
    Chasser le naturel... Vous devez ainsi faire plaisir à tous vos amis braconiers de là-bas...
    2
    Jeudi 24 Juillet 2008 à 15:48
    nature et naturel
    je pense que l'opposition que vous soulignez ici est très intéressante. Je n'ai pas d'avis définitif sur l'introduction ou la réintroduction d'espèces comme le loup, le lynx et l'ours. Dans un monde "parfait", on devrait permettre à ces animaux en danger de vivre dans leur milieu naturel original, leur territoire ne croisant que fortuitement celui de l'homme. Cela étant, une chose que j'ai pu noter est que ceux qui défendent ardemment la présence de ces animaux sont rarement ceux qui doivent vivre dans les régions concernées ou vivre de la nature (je pense aux cultivateurs et aux éleveurs) - nature qui est affectée (pas nécessairement dans un sens négatif) par la présence de ces prédateurs. D'un autre côté, quand on parle du loup, je pense toujours à ce reportage que j'avais vu, qui montrait la vie d'un berger dans une province du Canada, qui surveillait avec ses 4 chiens plusieurs centaines de moutons, dans une région naturellement habitée par les ours, sans qu'il y ait jamais d'incidents majeurs... Il faut peut-être réapprendre pas mal de choses qui étaient naturelles pour nos ancêtres :-)
    3
    Vendredi 25 Juillet 2008 à 13:34
    livres d'Andy Vérol
    Vous le savez sans doute, ma bio de B. Cantat, aux éditions Scali, est bien sûr disponible partout en France: "Un noir désir, Bertrand Cantat", Andy Vérol, Editions Scali, avec une excellente présentation de Patrick Eudeline. Mais il y a aussi ce roman que je défends bec et ongles, interdit d'articles dans la grosse presse pour cause de "roman trop trash", ben voyons. C'est plus parce que j'y secoue leurs grosses gueules bien installées et leurs certitudes qu'ils nomment intelligence, qu'ils se refusent à se faire caresser par ma bête littéraire. Fort heureusement, très soutenu par les marges, les mondes alternatifs, "Les Derniers Cows-boys français" vit sa vie entre les mains de nombreux lecteurs. Mon éditeur, Pimientos, a créé une collection offensive ambitieuse: Pylône. Voilà, vous savez presque tout, et si vous en voulez encore, des infos, vous tapez "Andy Vérol" avec vos doigts boudinés/osseux, sur les gros méchants moteurs de recherche (j'suis sûr qu'il y a des esclaves qui pédalent pour faire mouliner la recherche, j'suis sûr han). Je ne vous aime jamais. Andy Vérol
    4
    Vendredi 25 Juillet 2008 à 18:24
    nature
    ar.: il n'y a plus de braconniers en Valais, vous le savez bien. Andy:on va essayer de lire Les derniers cow-boys français.Fabienne:vous mettez effectivement le doigt sur le problème, me semble-t-il. Salut à tous.
    5
    Samedi 26 Juillet 2008 à 14:19
    Baudelaire
    Très belle opposition entre deux conceptions du monde et de l'intégration de l'homme dans celui-ci. J'ai apprécié, aussi, l'allusion aux Fleurs du mal de Baudelaire : La nature est un temple où de vivants piliers / laissent parfois sortir de confuses paroles ...
    6
    Dimanche 27 Juillet 2008 à 10:36
    Chasse
    La chasse au naturel, mais c'est du braconnage ! Je suis d'accord, le naturel c'est comme l'identité (individuelle, nationale, culturelle...), une construction de l'imaginaire. Une sorte de mythe nécessaire mais qui s'évanouit dès qu'on y réfléchit avec une approche un tant soit peu philosophique et critique.
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