• La montagne, lieu des origines

    kirchner nus

    Kirchner à Davos peint des nus édéniques d’avant le péché au bord des torrents. C’est dans la montagne qu’il recherche un état d’esprit qui aurait précédé la civilisation. Ou quand la nouvelle métamorphose de la montagne la transforme en lieu des origines idéales...

    On voit que je n’hésite pas devant le patriotisme en ce jour de fête nationale. La montagne en tant que lieu originel a en effet un rapport étroit avec la Confédération helvétique.

    Ceux qui ont créé la Suisse (une construction imaginaire de la deuxième moitié du XIXème: avant, il existait des entités qu’on appelait les cantons) ont en effet investi à cette époque-là les Alpes pour y trouver le Suisse. Celui des origines. Rude, pieux, travailleur, honnête, frugal.

    Comme on trouve toujours ce qu’on cherche bien, ils ont installé leur prototype en altitude.

    Le Valais par exemple était un pays de goitreux. Le voici peuplé soudain de valeureux travailleurs soumis à Dieu, aimant leur coin de terre et pourvu de vraies valeurs.

    On a déjà vu l’asocial rugueux devenir un vieux sage: le grand-père de Heidi. Avec lui, c’est toute une société, jadis misérable, puante, fermée d’esprit, brutale, vaguement monstrueuse (les crétins des Alpes) qui change. Elle devient pauvre mais digne, vivant dans une grandeur dépouillée et antique, pittoresque, gardienne des valeurs fondamentales et éternelles. Les peintres de partout affluent pour immortaliser ce type – en fait pour le créer.

    Cette recherche de l’innocence primitive se répand l’Europe entière. Et voici la troisième vision de la montagne, après qu’elle a été romantique, puis guérisseuse.


  • Commentaires

    1
    Mardi 2 Août 2011 à 10:07
    XIXe siècle
    Honnêtement, Alain, que la Suisse ait été inventée au XIXe siècle est une invention du XXe. Un mythe du matérialisme historique. Car les révolutionnaires français se réclamaient déjà de la Suisse, animés notamment par Rousseau, qui avait souvent évoqué la liberté propre à la Suisse : Guillaume Tell était une des figures emblématiques de la Révolution, en 1789. Joseph de Maistre a évoqué la Suisse et en a parlé comme d'une démocratie, peut-être bonne en soi, mais non applicable en France : c'était à la fin du XVIIIe siècle, et non au cours du XIXe siècle. La montagne comme lieu des pures origines, cela date également du XVIIIe siècle et de Jean-Jacques Rousseau, inspirateur indirect d'Horace-Bénédict de Saussure, qui reprit ce thème. Mais on en trouve des traces dès les écrits de François de Sales, au début du XVIIe siècle, car il dit que les habitants des profondes vallées ont une foi naturelle et spontanée, et Rousseau ne dira pas autre chose. Le Vicaire savoyard est lui-même sans doute plus ancien, dans son existence, que son évocation par Rousseau. François de Sales disait qu'à Annecy, il était plus facile d'être intérieurement uni à Dieu qu'à Paris; or, le paradis, c'était l'union spontanée avec la divinité. Pour les Suisses, ce qui a engendré leur légende, c'est la victoire sur Charles le Téméraire, dès le XVe siècle, car Philippe de Commynes, dans ses mémoires, parle d'eux d'une façon incroyable, il en fait les purs produits de leurs montagnes, et les présente comme des surhommes. On ne connaît plus guère la littérature d'avant le XIXe siècle, et quand quelqu'un, du coup, dit qu'avant cette date, telle ou telle chose n'existait pas, on le croit, mais c'est généralement faux.
    2
    Mardi 2 Août 2011 à 10:13
    (Cantons & Valais)
    (Pour la Confédération helvétique, elle n'intégrait pas Genève et avait un régime plus autoritaire, mais pour les esprits du XVIIIe siècle, il y avait déjà une Suisse démocratique par essence. Pour le Valais, Saussure parle des goîtreux, déjà, mais avant, on n'en parlait guère, le Valais, c'était l'évêque de Sion, ou c'était l'abbaye de Saint-Maurice et son caractère sacré, son rôle dans la constitution des rois de Bourgogne et des comtes de Savoie. Le Valais actuel était regardé comme un foyer spirituel ; dans les montagnes, il y avait les moines qui faisaient les princes.)
    3
    ab
    Mercredi 3 Août 2011 à 10:42
    suisse
    Question de point de vue, Rémi. L'Etat suisse date de 1848, création de l'Etat fédéral.C'est à ce moment-là seulement que les frontières intérieures entre cantons ont été supprimées, qu'une monnaie et une armée communes ont été créées. Avant, il y avait les cantons.
    4
    RM
    Jeudi 4 Août 2011 à 14:10
    Voltaire
    Et pourtant, Alain, quand Voltaire disait être à la frontière de quatre Etats, il voulait dire la France, la Savoie, Genève et la Suisse. C'était l'Ancien Régime, mais cela s'appelait déjà la Suisse. Et certains cantons étaient en fait beaucoup plus vastes. Pour moi, c'est un peu comme de dire qu'avant 1789, la France n'existait pas.
    5
    Vendredi 5 Août 2011 à 13:39
    Vivant Denon
    Et quand Vivant Denon écrit à Voltaire pour se faire inviter chez lui, il lui dit qu'il a voyagé dans les cantons...
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