• L'intelligence chez Proust

    Proust incite, en fait, à apprécier mieux la vie

                Renoir, Jeune fille lisant dans un jardin, 1874 
    Bizarre conception de l'intelligence dans La Prisonnière. Il s'agit d'Albertine.
    « Elle n'était pas frivole du reste, lisait beaucoup quand elle était seule et me faisait la lecture quand elle était avec moi. Elle était devenue extrêmement intelligente. Elle disait, en se trompant d'ailleurs: « Je suis épouvantée en pensant que sans vous, je serais restée stupide. Ne le niez pas, vous m'avez ouvert un monde d'idées que je ne soupçonnais pas, et le peu que je suis devenue, je ne le dois qu'à vous. »
    Résumons: Albertine rétrospectivement comprend qu'elle était stupide quand le narrateur a fait sa connaissance à Balbec la première fois. Elle est devenue intelligente à force de lire et de parler avec lui, ce qui lui a permis d'entrer dans le monde des idées.

    Une vision qui nous étonne. Nous avons plutôt tendance à considérer, actuellement, que nous sommes intelligents ou pas, et que ça n'a rien à voir avec la culture. Que l'intelligence est en quelque sorte un système de fonctionnement du cerveau, une manière qu'ont les synapses de communiquer entre elles. Ainsi, nous admettons que des gens illettrés ou qui n'ont jamais eu accès au monde des idées peuvent être intelligents, et que certains érudits sont stupides.
    Je préfère la conception de Proust. C'est peut-être parce que nous ne croyons plus à elle que la littérature est désaffectée. Si on lui donne comme seul but le plaisir, elle attire moins que si on affirme qu'elle permet un accroissement de l'être, et, singulièrement, de l'intelligence.
    Ce qui est vrai. Nous en avons tous fait l'expérience. Nous nous sommes tous sentis plus intelligents grâce à la fréquentation d'une grande oeuvre ou d'un grand esprit.
    (Par exemple en lisant Proust.)


  • Commentaires

    1
    a.m.
    Mercredi 12 Novembre 2008 à 17:15
    la déculturation
    Tu pourras lire avec intérêt La grande déculturation de Renaud Camus.Il y est question du phénomène que tu pointes, et qui est effectivement un phénomène de société. Homo festivus se sent mieux sans le poids de la culture. Il préfère la salle de musculation, le bassin olympique et les bonnes BD. Quant à l'amour, on se demande si... ça le passionne.Quant au plaisir qui serait le but des littératures actuelles, tu m'expliqueras de quel plaisir il s'agit. Je suis impatient de le savoir.
    2
    Baupe
    Jeudi 13 Novembre 2008 à 13:11
    Littérature désaffectée.
    J'ai ceci en tête: "Peu importe si le nombre d'adhérents baisse, tant que nous tenons la S.N.C.F." (Georges Marchais, je crois.)La littérature, par essence, noyaute. Et puis, il faut toujours se questionner sur le pouvoir. Ici, celui du narrateur, quant à sa compétence,implicitement proclamée, relative à l'intelligence. Tcho Marcel.
    3
    Vendredi 14 Novembre 2008 à 17:07
    corps et esprit
    Un échange. Albertine donne son corps, le narrateur son intelligence.
    4
    Samedi 15 Novembre 2008 à 15:50
    ...
    il y aussi de belles phrases sur l'intelligence de Françoise, la bonne. Une femme vraiment épatante.
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