• L'homme ralenti, par J.M.Coetzee

    Il y a quelque chose qui rappelle certains des derniers livres de Philip Roth dans L'homme J.M. coetzeeralenti. Le thème déjà : un homme vieillissant, diminué, qui se prend d'amour pour une femme beaucoup plus jeune. Quelques questions aussi, sur l'arrivée de la vieillesse, la sexualité, le besoin d'amour, la solitude.
    Avec une différence de taille : Philip Roth ressent généralement beaucoup d'empathie pour ses personnages. J.M. Coetzee, lui, se montre plus froid, cruel, mordant.
    Donc, un ancien photographe dans la soixantaine a un accident. Il se fait renverser par un jeune chauffard alors qu'il roule à vélo. On doit l'amputer d'une jambe. Dès lors, tout change. Cette jambe manquante est comme un trou dans sa vie. A tel point qu'il se demande sérieusement s'il n'est pas mort, s'il n'a pas changé de réalité.
    Il refuse toute prothèse par principe, se retrouve avec des béquilles et fortement handicapé. Le roman au début semble la simple description de ce changement d'état. Puis ça se corse avec l'arrivée de Marjana, une croate aide-soignante qui doit lui apporter les soins nécessaires. Une mère de famille qui a trois enfants, dont deux adolescents, qui n'est pas très belle, qui a la taille épaisse, mais qui dispense une lumière personnelle. Paul tombe amoureux d'elle, veut être un père pour ses enfants, se déclare, crée des drames dans la famille. Et soudain, une vieille femme écrivain lui tombe sur le paletot de nulle part. Dès lors, le récit est presque fantastique.
    Qui est cette Elisabeth Costello ? Un double de l'auteur ? Coetze lui a consacré un roman entier, que je n'ai pas lu. Ici, elle s'impose dans la vie de Paul, l'observe, cite le début du roman, aimerait qu'il lui arrive des choses intéressantes pour pouvoir écrire sur lui. Fait l'entremetteuse pour lui procurer des rencontres et des relations sexuelles avec une aveugle, veut nouer une aventure entre eux...
    Mais Coetzee ne conclut pas. Il pose des questions, s'interroge, creuse ses thèmes. Il semble agir comme un expérimentateur : il met des personnages en relation, il crée des rencontres et des incidents afin de voir ce qu'il en sortira. Le résultat est un roman très libre, acéré, où passe le souffle de la réalité et des drames personnels, qui décortique des thèmes lourds : l'amour impuissant, le sentiment de la dignité, l'amoindrissement, la vieillesse.
    (J.M.Coetzee, L'homme ralenti, Seuil)


  • Commentaires

    1
    JLK
    Dimanche 2 Décembre 2007 à 18:42
    Coetzee
    Il faut absolument lire Elizabeth Costello, qui est une pure merveille de la nouvelle période post-africaine de Coetzee, où l'auteur parle énormément du statut et de la fonction d'un romancier dans le monde de chaos et de douleurs du XXe siècle. La vieile romancière Costalleo, c'est sûrement beaucoup lui-même. Le livre est d'une liberté de forme, d'un mordant et d'une pertinence politiquement incorrecte rares. Trois étages au-dessus de L'homme ralenti que j'ai pourtant aimé moi aussi...
    2
    Lundi 3 Décembre 2007 à 11:44
    coetzee
    Merci Jean-Louis, je vais m'y mettre.
    3
    theossil
    Lundi 14 Janvier 2008 à 09:48
    une belle citation du magazine littéraire
    Sur l'édition de poche de "L'homme ralenti" on peut lire cet extrait de critique: "Roman rempli de tous les romans. Le comble de l'art en somme". Et pour ce critique comptable et amateur de lieu confiné, le prix du cerveau sale.
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