• L'extrême contemporain

    Gardar Eide Einarsson, installation view, 2005, Team Gallery, New York 	 J'ai assisté il y a quelque temps à une conférence de Dominique Viart, qui parle de questions qui m'intéressent.
    Dominique Viart est le grand spécialiste de l'extrême contemporain. Déjà ça, ça vaut la peine. L'extrême contemporain. Comme il faut du suspense en tout, je ne vous dit pas tout de suite de quoi il s'agit.
    On commencera par présenter Dominique Viart: critique littéraire et professeur de littérature française à l’Université Lille 3. Pas mal de publications dont: La Littérature française au présent, Héritage, Modernité, Mutations (avec Bruno Vercier, Bordas, 2005).
    Et maintenant, qu'est-ce que l'extrême contemporain? Eh bien, c'est la littérature française qui est apparue dès la fin des années 70.
    Elle a succédé à la littérature formaliste. Celle, souvenez-vous, qui affirmait que la littérature ne peut se déployer que dans la sphère verbale, qu'elle n'a pas d'autre objet qu'elle-même. Vous voyez ce dont je parle. La mise en abîme. Le structuralisme. Le doute sur l'objectivité, sur la rationalité. Le primat de la linguistique. L'illisibilité. Vieux souvenirs pour ceux qui, comme moi, ont fait des études à cette époque.
    Eh bien ensuite, il s'est passé des bouleversements dans l'écriture. Tout a changé. Les auteurs ont soudain eu envie de se faire comprendre et de dire des choses sur le monde.
    Dominique Viart lie cette volonté à plusieurs faits. D'abord la glaciation du monde bipolaire se termine. Ensuite, la fin des 30 glorieuses produit un effondrement du secteur secondaire et une irruption massive du chômage. Ça a donné des sujets, cette brutalité. Surtout que dans le même temps, l'idée du progrès s'est effondrée.
    Liée à tout ça: la littérature. Elle se redonne des objectifs. Elle se remet à parler du sujet, du réel, de l'histoire. Mais, explique Viart, c'est une littérature du désarroi. Il n'y a plus de modèle, plus de théorie.
    L'extrême contemporain a quand même des critères collectif, mais assez vagues. Il s'agit d'une interrogation. On élabore des textes en fonction des urgences, dans le retour du sujet.
    Notre professeur, pour se retrouver tout de même dans ce champ assez vaste, sépare la littérature contemporaine en trois types. Consentante, concertante, déconcertante. Vous êtes intrigués, j'espère. Vous vous demandez ce que c'est? Je vais vous laisser sur ce suspense. Oui, je vise le roman-feuilleton, et c'est assez pour aujourd'hui. Trop de théorie tue la théorie. (A suivre.)


  • Commentaires

    1
    Samedi 19 Décembre 2009 à 20:47
    Taine se retourne dans sa tombe. Sauf s'il a été incinéré...
    Il semblerait que l'extrême contemporain consiste dans le constat de la disparition de tout ce que nous appelions "écoles", "tendances", "mouvements"... qui étaient liés aux concepts de lieux, de peuples, de moments...on se demande même si cela a jamais existé... Le déterminisme tainien est bien mort!
    2
    Lundi 21 Décembre 2009 à 20:42
    Catégories
    Consentante, concertante, déconcertante... Il me semble qu'on oublie ici la littérature consternante. Le genre le mieux représenté actuellement.
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :