• Jusqu'à pareil éclat, par Anne-Lise Grobéty

    Anne-Lise Grobéty, copyright La GruyèreC'est ce qu'on appelle, semble-t-il, de l'écriture féminine.

    Je manque de compétence pour juger. Il me semble plutôt, à moi, qu'il y a surtout une écriture individuelle, chaque bon auteur ayant la sienne. Mais bon, pourquoi est-ce que l'écriture féminine n'existerait pas ? Puisque c'est ce qu'affirme Valérie Cossi dans le quatrième de couverture de Jusqu'à pareil éclat, qui parle pour ce livre de « tradition au féminin ».

    Voyons donc ses caractéristiques d'après le texte.

    Tentative de création d'une atmosphère onirique. Description des liens mère-fille réels ou symboliques. Surattention aux objets, aux matières, aux textures. Communication avec la nature, les arbres et les petits oiseaux.

    Et surtout, images, métaphores, personnifications. Un flux d'images, de métaphores et de personnifications. Partout des images, des métaphores et des personnifications.

    Tenez, j'ouvre le livre au hasard, vraiment. P. 37 : « les tapis gobaient d'un trait chacun de ses pas. » P. 17 : « Au fur et à mesure qu'on quittait la roture des jardins pour s'approcher de la bâtisse, on voyait bien que les fleurs devenaient de plus en plus guindées, les pelouses pompeuses, contrites... » P. 29 : « L'odeur de cette armée de vieux livres - douze mille soldats aux armes obsolètes, orgueilleusement sûrs de vaincre l'éternité dans leur tunique de cuir rouge foncé. » Allez, une dernière page. J'ouvre au hasard, il y en a partout. P. 75 :  « un pont plié en deux sur la pauvre rivière qui prenait son élan pour fuir et se perdre dans l'immensité. »

    Bon.

     

    Anne-Lise Grobéty, Jusqu'à pareil éclat, Bernard Campiche éditeur.


  • Commentaires

    1
    Mine
    Jeudi 17 Janvier 2008 à 11:55
    écriture féminine
    La question de l'écriture féminine est intéressante. Il me semble, à moi, qu'il y en a une, entre Duras et Angot.Mais je ne saurais pas très bien comment la définir...
    2
    Jeudi 17 Janvier 2008 à 12:05
    Cette notion d'écriture
    "féminine" me révulse. On n'écrit pas avec la forme de ses gonades ni simplement avec les aléas de modes-et-travaux. Qu'un roman soit issu de la plume, du travail, du corps, d'une voix de femme, évidemment, mais Colette, Sand ? Qu'aurait pensé Yourcenar, d'après vous, d'une telle crétinerie ? Sûrement rien, je doute qu'elle aurait ouvert ce qui semble être un de ces torchons contemporains pour bourgeoises en mal de tricot ou d'amants de portes cochères. L'intérêt (et bravo) de votre post, c'est que finalement la démonstration est limpide :)
    3
    Vendredi 18 Janvier 2008 à 09:54
    Grobéty
    Non, tout de même, le livre d'Anne-Lise Grobéty n'a rien à voir avec ceux que vous appelez, Cosmic Dancer, "ces torchons contemporains pour bourgeoises en mal de tricot ou d'amants de portes cochères". Il y a dans "Jusqu'à pareil éclat" un véritable travail d'écriture et d'affinement du texte. Il me laisse indifférent, vous l'avez vu, justement parce que je trouve le livre surécrit, ornementé, affichant sa qualité à la mitrailleuse lourde. Mais ce roman fait partie de la littérature, et des amis très fins, amateurs de textes de qualité, aux goûts peut-être un peu différents du mien, l'ont vraiment apprécié.
    4
    Samedi 19 Janvier 2008 à 17:22
    Genre
    "Il me semble plutôt, à moi, qu'il y a surtout une écriture individuelle, chaque bon auteur ayant la sienne." . Exactement ! Et il y a des femmes qui ont évidement un écriture et des approches plus féminines. C'est vrai dans les deux genres avec des exceptions. Yourcenar me semble en être une. Pour Colette, Sand ou Beauvoir, ça dépend des oeuvres.
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