• Furie, par Salman Rushdie

    J'avoue que c'est le premier Rushdie que je lis. J'aurais peut-être dû commencer par un autre, m'ont signalé quelques experts rushdiens. Tant pis, c'était celui-ci et finalement, son intérêt est évident même si je ne sais pas encore si je peux le conseiller.
    Furie, c'est un fourre-tout. Un furie-tout, si vous me permettez ce jeu de mot stupide.
    La furie, c'est celle qu'éprouve Malik Solanka. Un universitaire anglais quinquagénaire d'origine indienne qui a inventé une poupée, Cervelette, mise en scène dans une émission de fin de soirée à la télévision pour introduire la philosophie dans la vie des gens. Poupée qui est devenue extrêmement célèbre, a échappé à son créateur, sPakma Lakchmi, ex-femme de Rushdie et modèle de Neela'est transformée en icône contemporaine, avec un groupe économique derrière qui lui fait écrire ses mémoires, jouer dans des films, mener des émissions de télévision, incarnée par une actrice... Solanka en a été dépossédé mais il touche toujours des royalties et il est très riche.
    Un jour, pourtant, il se retrouve avec un couteau à la main, prêt à égorger sa jeune femme et son fils qui dorment. Il fuit donc. A New York. Et là, il rencontre une jeune fille déguisée en Cervelette, fille d'un écrivain serbe nobélisable, qui rejoue avec Malik les jeux incestueux qu'elle a noués avec son papa. Puis arrive Neela, la plus belle femme de la terre, une Indienne dont la beauté provoque des catastrophes partout où elle passe.
    Il y a de tout dans le livre. Une analyse de la société contemporaine et particulièrement de l'Amérique. Un récit policier sur le meurtre de trois jeunes beautés de la haute dont Malik se croit coupable, puis c'est son meilleur ami, puis non ce sont les fiancés des beautés qui jouaient avec elles des jeux SM dans un club où le meilleur ami voulait se placer...
    Et pour les amateurs, on trouve aussi des allusions auto-biographiques nettes. La trajectoire de Solanka ressemble de loin à celle de Rushdie et la belle Neela est calquée sur Padma Lakschmi, le top model dont l'écrivain vient de divorcer après trois ans de mariage.
    C'est que Rushdie est une star. On le voit notamment dans les références qu'il fait à l'actualité de 2000. Restaurants, designers de mode, faits divers, campagne pour la présidentielle.
    Toutes sortes de récits, donc. Des bouts de contes, de récits de science-fiction, de fables grotesques, des réflexions philosophiques, des séquences d'actualité avec des personnages réels, des allégories, des allusions à la mythologie grecque (notamment les furies bien entendu), ... Morceaux de textes accolés dans une unité plutôt artificielle, en réseau, avec comme fil rouge le personnage de Malik Solanka, qui n'a rien de réaliste.
    C'est brouillon, discontinu, éclaté, ça manque d'harmonie et de moteur narratif. Mais c'est un tourbillon assez intéressant quand même pour que j'aie envie de lire un autre Rushdie.
    Un que les rushdiens me conseilleront comme faisant partie de ses meilleurs.


  • Commentaires

    1
    Alde
    Dimanche 15 Juillet 2007 à 11:39
    condamnation
    Et pas un mot sur la condamnation à mort de Rushdie, qui a pourtant été réactualisée récemment, parce qu'il a été anobli par la reine d'Angleterre, et que ça a redonné de l'énergie aux fanatiques, qui le traquent depuis 18 ans maintenant? Imaginez comment ça doit être de vivre avec toujours la menace de se faire tuer par un fou de dieu à n'importe quel moment...
    2
    Dimanche 15 Juillet 2007 à 13:07
    Condamnation
    Bien sûr que cette fatwa est inique. A dénoncer inlassablement. Bien sûr qu'il faut défendre la liberté de parole, et particulièrement en ce qui concerne les questions de religion. Vous savez, Alde, moi, sur se sujet, je partage l'opinion de Voltarire. Ecrasons l'infâme!
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