• Exercice d'un enterré vif, par Julien Benda

    Une pensée claire, précise, rigoureuse. Une recherche de la définition. Une exploration de son propre esprit sous son aspect intellectuel et sous son aspect moral.

    Dans ce livre, Exercice d'un enterré vif, Benda fait un travail qui force le respect même si on peut discuter certaines de ses idées, ou ses options philosophiques et esthétiques.

    Julien Benda,
    Par exemple lorsqu'il distingue pensée et langage et semble croire qu'on peut exprimer la même idée de plusieurs façons différentes, plus ou moins ornées, sans que finalement elle ne soit différente. Il me semble, à moi, que cette idée change justement d'après la façon dont elle est exprimée, d'après la façon dont elle est définie, qu'elle n'existe pas en soi, qu'elle ne préexiste pas au langage... Bref.

    Julien Benda (1867-1956) était un écrivain à la position importante entre les deux guerres mondiales. Il s'occupait de la politique à la N.R.F., dont il était un des phares, où il ne ménageait personne dans ses articles, même les collaborateurs glorieux comme Gide ou Malraux. Avec la deuxième guerre mondiale et l'invasion de la France, Benda a dû renoncer à toute activité publique et a été forcé de fuir. Il était Juif. Il a dû se cacher près de Carcassonne, puis de Toulouse, dans une solitude monacale qu'il aimait bien, finalement. C'est là où il a rédigé cet Exercice d'un enterré vif.

    Il y expose ses goûts pour le mode scientifique, son opposition à Bergson, son peu de besoin de la communion intellectuelle, sa haine de l'injustice, sa haute conception de la morale, sa perception de l'écriture. Il affirme que l'intellectuel doit être au-dessus de la mêlée, défendre des vérités abstraites, ne pas se laisser compromettre dans la politique. Rester dans le nécessaire et oublier le contingent. Ce qui ne signifie pas s'abstenir de la vie publique. Il faut s'engager, dit-il, mais seulement pour défendre les idées derrière les faits.

    Une théorie qui se trouvait déjà dans son essai le plus connu, à qui il doit d'être encore lu aujourd'hui. La Trahison des clercs, « qui reprochait aux intellectuels d'avoir quitté le monde de la pensée désintéressée et des valeurs abstraites et intemporelles pour se commettre dans le combat politique - un plaidoyer contre l'adoption par les « clercs » des « passions politiques » de race, nation, classe ou parti, c'est-à-dire l'antisémitisme, la xénophobie, le nationalisme, le militarisme, le nationalisme juif, le « bourgeoisisme », le marxisme et ainsi de suite, à droite et à gauche. »

    Wikipédia, bien entendu : je n'ai pas lu La Trahison des clercs. Mais je dois dire qu'après cet Exercice d'un enterré vif, j'ai assez envie de m'y mettre.

     

    Julien Benda, Exercice d'un enterré vif, (Juin 1940-Août 1944), Trois collines


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