• Discours sur les sciences et les arts, par Jean-Jacques Rousseau

    C'est par ce discours que Rousseau est entré en littérature à 38 ans. On connaît l'histoire. Il rendait visite à son ami Diderot, emprisonné dans le donjon de Vincennes. Il a vu, dans un journal je crois, la question du concours de l'Académie de Dijon. Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs.
    Du coup, explosion, éblouissement ! Rousseau devient un autre homme (c'est lui qui le dit).
    Il se met immédiatement, là, en chemin, à écrire une partie de son Discours. La prosopopée de Fabricius, un austère consul romain, qui aurait été choqué, pense Rousseau, de voir le luxe qui a suivi sa mort.
    Comme lui, Rousseau estime que les sciences et les arts sont liés à la décadence.
    Au départ, dans une sorte d'âge d'or indéfini et fantasmé, il y avait la franchise rustique, la liberté originelle, la pauvreté, la vertu. Les vraies valeurs. Amour de la liberté, de la patrie, de la religion, frugalité, simplicité.
    Et pas besoin de philosophie pour les connaître ! Ces « principes ne sont-ils pas gravés dans tous les cœurs, et ne suffit-il pas pour apprendre tes lois [celles de la vertu] de rentrer en soi-même et d'écouter la voix de sa conscience dans le silence des passions » ?
    Puis, estime notre philosophe, à mesure que se sont développées les lois et les institutions, depuis la « barbarie » du Moyen Age (le mot est de Jean-Jacques), les a accompagné le développement des sciences et des arts qui « étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes de fer. » (Comment ne pas citer cette phrase ?) Qui affermissent le pouvoir et la tyrannie, donc.
    Alors, tout fout le camp. Les gens deviennent hypocrites, superficiels par envie d'être applaudis, oisifs, vaniteux. La vertu militaire et les qualités morales se perdent. Nombreux exemples, partout dans l'histoire. Rousseau les cite tous. Seuls sont sauvés les grands esprits, à condition qu'ils conseillent les rois et mènent les peuples vers la sagesse retrouvée.

    Bon, il est difficile de croire désormais que l'amour de la liberté et le respect de l'autre fleurissent dans les tribus. Cette idée du bon primitif bien rustique que le progrès corrompt, elle était novatrice, révolutionnaire, originale, elle inspire encore des mouvements de retour à la nature comme ceux des écologistes, mais on en est globalement un peu revenu.

    Rousseau jamais. L'Académie de Dijon couronne son discours en 1750, et c'est le début de la gloire - et des ennuis.
    Et des travaux scolaires ! J'ai lu ce texte à cause de ma fille Eveline. Celle qui revient de Chine, vous savez. Un devoir d'école.
    Heureusement qu'elle existe, l'école ! Sans elle, il n'y aurait plus de classiques, et je n'aurais jamais pris connaissance de ce texte à la construction obscure et à la langue somptueuse : rigueur, précision, force, expressivité, chaînes de personnifications et de métaphores, sombre éclat du langage... Quel maître !


  • Commentaires

    1
    Lundi 5 Novembre 2007 à 16:47
    Supériorité de Rousseau
    Mon esprit toujours embrumé de doutes et malheureusement par eux étayé, m'a toujours porté à l'expression hésitante. Oserais-je cependant mentionner qu'après avoir relu hier soir des pages d'un récent Goncourt et d'un Renaudot tout frais, j'ose affirmer tout haut mon penchant si j'ose dire naturel pour le promeneur solitaire...
    2
    kors
    Lundi 5 Novembre 2007 à 20:46
    3 Rousseau
    Il y a trois Rousseau: l'essayiste, le mémorialiste et le romancier. Tous trois ont un langage propre, avec des caractéristiques définies. Mais l'essayiste, effectivement, est peut-être le plus grand des trois.
    3
    De guillemets
    Samedi 25 Octobre 2008 à 18:59
    jolies fleurs
    Le discours sur les sciences et les arts me semble donc être une critique argumentée du progrès, de l'accumulation de savoir inutile par les hommes vaniteux qui annihilent inconsciemment leur véritable nature. Mais vous le dites vous même, Rousseau, le grand écrivain, maudissant la célébrité que lui a apporté ce discours, remettant en cause l'institution et la soit disant "grandeur" des Lumières, n'aurait sans doute pas apprécié que ses écrits se propagent par "l'école" et s'ajoutent ainsi,dans une sorte de contradiction, au cumul d'œuvres de pensées inutiles et illusoires qui, trônant sur nos bibliothèques, nous éblouissent de faux-semblants, comme il semble le dire lui-même. Que serait devenu Rousseau sans le progrès? Sans la perpétuation du savoir enseigné par les livres? Sans l'invention de l'imprimerie? Sans l'école, comme vous dites?
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