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Rousseau discret | 29 février 2012

Chose étonnante: Rousseau qui veut tout dire n’explique pas quelles conditions Madame de Warens lui a fixées avant qu’ils ne couchent ensemble.

On sait que Jean-Jacques a sept jours pour y réfléchir calmement, qu’il accepte, mais on ne devine pas de quoi il s’agit.

Il est vrai que ça concernait peut-être l’honneur de quelqu’un d’autre que lui, et que ces « conditions »montreraient peut-être Madame de Warens sous un jour ambigu.

C’est un des grands problèmes de l’autobiographie: l’image qu’on donne des autres, volontairement ou pas.

Rousseau ménage peut-être celle qu'il appelait maman. En tout cas dans ce moment-là. Car il est vrai qu'à d'autres moment, notre homme ne s'est pas gêné.

Publié par Alain Bagnoud à 23:23:18 dans Rousseau | Commentaires (0) |

Léon Bloy, Le Mendiant ingrat | 27 février 2012

Léon BloyLe Mendiant ingrat. Journal de Léon Bloy.

Ce polémiste hors pair a une langue inventive, riche, des métaphores percutantes. C'est un furieux fâché contre tous et tout, intransigeant, haineux même parfois, sûr de détenir la vérité.

Misérable économiquement, sa vie est une hantise d'argent, une mendicité perpétuelle. Il espérait à chaque livre publié qu'il soit un succès, qu'il lui apporte de quoi améliorer son existence et qu'il lui procure la reconnaissance à laquelle il estimait avoir droit.

Mais chacun de ses livres sombrait dans le silence et l'indifférence. Son journal porte la marque de ses multiples déceptions.

Publié par Alain Bagnoud à 09:53:12 dans Lectures | Commentaires (0) |

Jean-Marc Lovay, Chute d'un bourdon | 23 février 2012

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Il y a une rumeur qui court, au sujet de Jean-Marc Lovay. Personne n'aurait jamais pu finir un seul de ses livres.

C'est un peu péremptoire. Moi-même qui vous parle...

Et même, d'accord, admettons que ce soit vrai. Les livres de Lovay ne sont pas des romans policiers où tous les éléments mis en place en cours de lecture ont un intérêt en fonction d'une fin. Ils fonctionnent différemment.

Par exemple, Lovay dit volontiers qu'il n'écrit qu'un seul grand livre. Chaque parution serait donc... quoi? un chapitre? Admettons. Mais on voit bien qu'il est possible d'entamer un texte sans avoir lu tout ce qui précède. Il y a d'ailleurs des thématiques propres à chacun des volumes qu'il laisse publier.

Dans Réverbération, il s’agissait de Krapotze, « ancien meilleur apprenti pleureur final », qui se présentait au poste de Grand Suicideur. Chute d'un bourdon, son dernier opus, sorti il y a quelques mois chez Zoé tourne autour de l'Accordéon, « conglomérat expérimental » dont « les bâtisses étaient serrées sous une immense toiture de façon à pouvoir se retenir de respirer comme l'accordéoniste qui bloquait le soufflet de son instrument chaque fois que les gaz se mélangeaient à l'innocence de l'air pour en faire une martiale atmosphère. »

Cet Accordéon est une représentation du travail, du travail douloureux, observé et perçu par un narrateur changeant. Autour de lui, on trouve quelques personnages, l’employeuse Pie-Ronde, un perroquet, un bourdon. On éprouve une présence de la nature, un rapport à la machine. Mais il est impossible évidemment de résumer une quelconque histoire qu'on y trouverait.

Tous ceux qui ont fait l'expérience de se plonger dans un texte de Lovay ont éprouvé que le sens, la logique, le rationnel, chez lui, s'effondrent au fur et à mesure de la lecture. Ça ne veut pas dire que cette lecture n'a pas d'intérêt, que le lecteur ne puisse goûter ces textes et en tirer un profit, le goût d’une certaine résistance, d’une ouverture, d’une liberté intérieure. jean%20marc%20lovay%20le%20chute%20d%27un%20bourdon--227x170.jpg

Parce que c'est très beau, Lovay. En tout cas, moi, je suis sensible à cette langue hypnotique, somptueuse, imagée, oxymorique.

Il y a deux manières de l'apprécier, me semble-t-il, qui dépendent de la vitesse qu'on adopte. Soit on lit assez rapidement, comme le fait Lovay lui-même (à la dix-huitième minute de l’émission Entre les lignes qui lui est consacrée et dans laquelle il répond à quelques questions) et on est capté par la longue phrase, ramifiée, rythmée par les oppositions sémantiques, souple mais charpentée. Soit on ralentit et on devient alors sensible aux éclatements de mots, aux surprises verbales, au surgissement des expressions et des images.

Et bien sûr, il y a encore un autre rythme à prendre, dans une macrostructure différente, si l'on veut démentir la rumeur. Ne pas tenter d'arriver au bout du livre en un après-midi, ou une nuit. Le poser dans un endroit de chevet, le reprendre régulièrement, à raison de quelques pages à chaque fois, et se laisser aspirer, enlacer, bercer. Jusqu'à la fin.

On n'aura peut-être pas appris alors qui est l'assassin de la vieille dame, mais on sera plus riche, et peut-être que la vie nous semblera plus large. Parce qu'on aura exploré une langue et une individualité singulière.

 

Jean-Marc Lovay, Chute d'un bourdon, Editions Zoé

 

Publié par Alain Bagnoud à 11:04:50 dans Lectures | Commentaires (0) |

Voltaire, Le monde comme il va | 22 février 2012

    Miniature persane, détail de Majnun à l'école, 1524-1539

Le génie Iturel, qui a la haute main sur l'Asie, se demande s'il faut détruire Persépolis. Comme il ne parvient pas à se décider, il y expédie Babouc. Un personnage en même temps naïf, candide et capable de discernement. Ça vous rappelle d'autres héros des contes de Voltaire ? Oui oui. Le même profil.

Suit alors pour le pauvre homme une série de conversions. Il faut détruire Persépolis, il ne faut pas, il faut... Ça rappelle les virevoltes de Zadig. Je suis donc enfin heureux. Comme je suis malheureux. Etc.. Le même ressort narratif.

Dans Persépolis, on reconnaît des personnages comme le Cardinal Fleury en ministre vieilli et vif. Et les maux que Voltaire désigne: la guerre et la futilité de ses prétextes, les concussions, la primauté donnée à l'argent et à la naissance plutôt qu'au mérite, l'avidité des commerçants et des financiers, l'envie et la petitesse des hommes de lettres, l'ambition, l'intrigue, les vices du clergé, les chicanes, les procès... Ses cibles de toujours. C'est un tableau complet. Un répertoire. Une suite de scènes posées les unes à côté des autres.

Puis la conclusion. Babouc fait fondre une petite et jolie statue composée de tous les métaux de la terre. Faut-il la détruire parce qu'elle n'est pas entièrement d'or ? Hein ?

Mais Voltaire sera moins optimiste et complaisant quelques années plus tard.

Publié par Alain Bagnoud à 13:07:50 dans Republication | Commentaires (0) |

Valéry sur Descartes (Variété) | 20 février 2012

Paul  Valéry Son essai, ou plutôt ses discours et fragments sur Descartes: quand un grand cerveau en regarde fonctionner un autre.

Il y a dans l'écriture de Valéry une intelligence qui semble élever la nôtre, faire travailler la meilleure partie de notre esprit. D'abord, grâce à des angles d'attaque imprévus, qui font se dire qu'on n'a pas, nous, assez de hauteur, qu'il faut pour saisir un problème le prendre de l'extérieur, alors que notre petitesse peine à se dégager et reste prise dans les replis des choses. Ensuite, sa langue se développe selon les inflexions d'une pensée souple, ramifiée, nette et profonde, qui font trouver par comparaison nos aperçus toujours un peu courts.

Où on comprend que la syntaxe de la pensée est celle de la langue.

Publié par Alain Bagnoud à 09:29:13 dans Lectures | Commentaires (0) |

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