JUSTE PARU
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Publié par Alain Bagnoud à 13:04:36 dans Citations | Commentaires (2) | Permaliens
Paru dans La Gruyère du 17 novembre 2011
Au rythme des saisons, défilent voyageura anonymes, passagers de trams et de trains, pendulaires en transit dans les cafés. Et un narrateur avec son carnet, qui voit passer jeunes et vieux, familles et solitaires, capte des bribes de conversation. Il observe la lumière du matin "qui avance comme une ballerine", les arbres et les maisons qui "semblent des signes sur la page du paysage".
En cent textes brefs (une page maximum) le Genevois Alain Bagnoud déroule dans Transports un savoureux journal impressionniste. Car il procède par touches, ironiques ou mélancoliques, drôles ou désabusées. Aucune morale ni théorie philosophique, juste ce regard acéré, cette grâce de l'écriture d'un auteur qui parvient à se placer au coeur du monde tout en prenant du recul, de la hauteur.
EB
Publié par Alain Bagnoud à 10:04:31 dans Journal | Commentaires (0) | Permaliens
« Je lui dis : La rose du jardin, comme tu sais, dure peu ;
Et la saison des roses est bien vite écoulée. »
Saadi (Gulistan ou Le jardin des roses.)
Quand l'Automne, abrégeant les jours qu'elle dévore,
Éteint leurs soirs de flamme et glace leur aurore,
Quand Novembre de brume inonde le ciel bleu,
Que le bois tourbillonne et qu'il neige des feuilles,
Ô ma muse ! en mon âme alors tu te recueilles,
Comme un enfant transi qui s'approche du feu.
Devant le sombre hiver de Paris qui bourdonne,
Ton soleil d'orient s'éclipse, et t'abandonne,
Ton beau rêve d'Asie avorte, et tu ne vois
Sous tes yeux que la rue au bruit accoutumée,
Brouillard à ta fenêtre, et longs flots de fumée
Qui baignent en fuyant l'angle noirci des toits.
Alors s'en vont en foule et sultans et sultanes,
Pyramides, palmiers, galères capitanes,
Et le tigre vorace et le chameau frugal,
Djinns au vol furieux, danses des bayadères,
L'Arabe qui se penche au cou des dromadaires,
Et la fauve girafe au galop inégal !
Alors, éléphants blancs chargés de femmes brunes,
Cités aux dômes d'or où les mois sont des lunes,
Imans de Mahomet, mages, prêtres de Bel,
Tout fuit, tout disparaît : — plus de minaret maure,
Plus de sérail fleuri, plus d'ardente Gomorrhe
Qui jette un reflet rouge au front noir de Babel !
C'est Paris, c'est l'hiver. — À ta chanson confuse
Odalisques, émirs, pachas, tout se refuse.
Dans ce vaste Paris le klephte est à l'étroit ;
Le Nil déborderait ; les roses du Bengale
Frissonnent dans ces champs où se tait la cigale ;
A ce soleil brumeux les Péris auraient froid.
Pleurant ton Orient, alors, muse ingénue,
Tu viens à moi, honteuse, et seule, et presque nue.
— N'as-tu pas, me dis-tu, dans ton coeur jeune encor
Quelque chose à chanter, ami ? car je m'ennuie
A voir ta blanche vitre où ruisselle la pluie,
Moi qui dans mes vitraux avais un soleil d'or !
Puis, tu prends mes deux mains dans tes mains diaphanes ;
Et nous nous asseyons, et, loin des yeux profanes,
Entre mes souvenirs je t'offre les plus doux,
Mon jeune âge, et ses jeux, et l'école mutine,
Et les serments sans fin de la vierge enfantine,
Aujourd'hui mère heureuse aux bras d'un autre époux.
Je te raconte aussi comment, aux Feuillantines,
Jadis tintaient pour moi les cloches argentines ;
Comment, jeune et sauvage, errait ma liberté,
Et qu'à dix ans, parfois, resté seul à la brune,
Rêveur, mes yeux cherchaient les deux yeux de la lune,
Comme la fleur qui s'ouvre aux tièdes nuits d'été.
Puis tu me vois du pied pressant l'escarpolette
Qui d'un vieux marronnier fait crier le squelette,
Et vole, de ma mère éternelle terreur !
Puis je te dis les noms de mes amis d'Espagne,
Madrid, et son collège où l'ennui t'accompagne,
Et nos combats d'enfants pour le grand Empereur !
Puis encor mon bon père, ou quelque jeune fille
Morte à quinze ans, à l'âge où l'oeil s'allume et brille.
Mais surtout tu te plais aux premières amours,
Frais papillons dont l'aile, en fuyant rajeunie,
Sous le doigt qui la fixe est si vite ternie,
Essaim doré qui n'a qu'un jour dans tous nos jours.
Le 15 novembre 1828.
Victor Hugo
Publié par Alain Bagnoud à 09:08:25 dans Poèmes | Commentaires (0) | Permaliens
L'éditeur Bernard Campiche reprend en camPoche deux romans de notre ami Antonin Moeri, publiés en 1990 et 1991 à L’Age d’Homme, L’Ile intérieure et Les Yeux safran.
Quand j'avais lu ces livres, j'avais été frappé par l'originalité de cette voix neuve. L'écriture y est servie par une distance ironique qui rend certains passages d'une drôlerie irrésistible. Elle est précise et joue sur des expressions toutes faites reprises avec ce même tremblement qu'on trouve chez Flaubert lorsqu'il utilise des clichés: un écho de pièce vide fait résonner les mots, empêche qu'on les prenne au premier degré mais refuse le deuxième degré souligné, reste entre deux.
Dans L’Ile intérieure, Moeri ne découpe pas son texte en paragraphes. Ce n'est pas gratuit, ça donne un rythme et une signification par le refus de hiérarchiser, de dissocier les événements: ils se retrouvent au même plan et concourent ainsi à la description de l'absurdité.
Le même effet se trouve dans son premier texte publié, prix de la revue [vwa], et dans son premier roman: Le fils à maman (Poche suisse), de même que s'y retrouvent des thèmes et le type de narrateur-personnage: un être falot, pâle, maigre, névrosé. Ici, c'est un acteur raté que handicapent des difficultés respiratoires. Le roman l'oppose à sa sœur, qu'il aime d'une manière ambiguë, musicienne exceptionnelle, pure, privilégiée, active. On y trouve aussi des discours sur l'écriture, sur l'artiste et sa fonction (jeter des perles aux pourceaux, leur dispenser une sorte de luminosité intense) et toutes sortes d'épisodes liés par aucune nécessité autre que l'écriture et la vision singulière du narrateur.
Ça commence dans une soirée mondaine, prétexte à impairs et présentation du personnage. Puis on voit le frère, la sœur lui propose de partir à Djerba, il y croise quelques personnages singuliers.
Dans Les Yeux safran, il s’agit d’autre chose. Safran, c'est la couleur de la mort : celle de la mère du narrateur, atteinte d'un cancer, et qui s'éteint petit à petit devant lui tandis que sa peau jaunit. Insomniaque et perdu, le fils s'efforce de capter, avec une extrême attention, les réactions intimes que les souvenirs ou les rêves sur elle provoquent.
Cette agonie et cette mort provoquent un déclic : le narrateur se met à écrire pour reconstruire son existence.
Les souvenirs évoquent Louis, l'ami d'enfance qui apprenait à fumer dans une cave, à voler à l'étalage ou à embrasser Caroline. On retrouve les portraits chargés dans lesquels Moeri excelle : un athlétique contrôleur de chemins de fer, « homme aux yeux globuleux d'un bleu transparent fichés aux extrémités d'un visage massif comme des boutons de culotte sur le masque burlesque d'un épouvantail ». Un intellectuel : « Quand on lui demande de décrire ses occupations, il répond en enlevant ses fines lunettes de son auguste nez : je fais de la recherche. Sur quoi tout le monde se tait. La phrase a été martelée avec une telle assurance qu'on se dit : quelle surprenante arrogance de roquet chez cet âne accoutumé au silence ».
C'est que Moeri, à l’époque, en voulait aux individus plus qu'à la société. Fidèle disciple de Handke et de Thomas Bernhard, il empruntait à ce dernier l'invective et l'indignation. Dans le livre, il s'attache aux personnages, les suit dans l'avion, sur la plage, marchant. Tourne autour des images, recherchant des états de musique et de délire verbal. Pour écrire ensuite, la nuit, en vacances, en altitude, après un grand effort physique, dans des conditions de malaise existentiel et de solitude, des histoires vengeresses.
Antonin Moeri, L’Ile intérieure, Les Yeux safran, romans, CamPoche
Publié par Alain Bagnoud à 10:28:51 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens

Non content de triompher de ses rivaux littéraires, Chateaubriand à la fin de sa vie écrase aussi ses rivaux politiques. Il ne s'agit plus de Napoléon, à qui il a déjà réglé son compte. Mais des grands hommes du temps, La Fayette, Thiers ou Talleyrand.
C'est à ce dernier que va la charge la plus forte dans les Mémoires d'outre-tombe. Un portrait d'une dizaine de pages qui démolit un membre après l'autre de l'homme d'Etat qui a survécu à tous les régimes à force de tourner sa veste.
C'est virtuose et assez réjouissant.
Surtout peut-être la comparaison implicite mais constante entre le prince et le vicomte. Talleyrand n'a aucun sens de l'honneur, trahit sans cesse. François-René est toujours resté fidèle à des princes ingrats. Le prince de Bénévent n'est qu'un suiveur qui a profité de tous les événements sans les dominer, et en visant son profit personnel. Le Vicomte a influencé durablement la France (retour du christianisme, défense de la chartre, liberté de la presse), et renoncé par principe à toutes ses charges, au prix d’une grande gêne.
Et surtout, Talleyrand a provoqué la guerre d'Espagne sous Napoléon, qui a été une catastrophe. Chateaubriand a provoqué la guerre d'Espagne sous la Restauration, qui a été un triomphe.
Si, après ça, on se sait pas comparer...
Publié par Alain Bagnoud à 10:00:56 dans Chateaubriand | Commentaires (0) | Permaliens
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