JUSTE PARU
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Carrère (1957- ) écrit sur Limonov (1943- ).
Ils se sont connus dans les années 80 à Paris après que Limonov a publié Les poètes russes préfèrent les grands nègres, quand il était un jeune écrivain branché qui collaborait à L’Idiot international de Jean-Edern Hallier, passait chez Ardisson, s’habillait avec des vareuses de l’armée rouge...
Il a eu une trajectoire agitée, Edouard Limonov. Fils de tchékiste du KGB, successivement petit voyou russe, poète, star de l’underground soviétique, clochard à New York, valet de chambre, écrivain branché parisien, guerrier pro-serbe, fondateur et directeur d’un parti d’extrême-droite russe, le Parti national-bolchévique.
Carrère l’a choisi comme sujet de cette biographie-roman parce qu’il pense que son destin révèle quelque chose sur l’Histoire. Il a raison.
Limonov, hanté par l’idée de devenir un héros, s’est collé à beaucoup d’événements importants du dernier demi-siècle. Dans le livre, il sert d'illustration à plusieurs moments historiques. Sa vie éclaire le communisme soviétique, le libéralisme US, la guerre des Balkans, la Russie elstinienne ou le système Poutine.
C’est cette fonction de révélateur, les anecdotes autour de cette trajectoire, l’écriture de Carrère aussi, vivante et maîtrisée, qui rendent le livre palpitant. Il est ambigu aussi.
En le lisant, on ne peut qu’admirer l’énergie d’Edouard Limonov, sa vitalité, son désir accompli d’être toujours du côté des plus faibles, pas par
compassion, plutôt par une sorte de haine contre ceux qui sont au-dessus de lui, qui lui bouchent le passage, lui qui voudrait être tout en haut. Carrère lui-même montre de la fascination et une sorte de jalousie pour ce destin, sentiments qui refluent parfois devant une horreur de bien-pensant pour les positions et les actes de son héros. Mais de manière générale, il suspend son jugement, dit-il, ne tranche pas la question de savoir si Edouard est un salaud ou un type admirable. Malgré tout, on est amené globalement à trouver que Limonov est un grand homme.
Mais il y les vidéos sur youtube. Je vous mets ci-dessous celle où on voit notre Russe écouter respectueusement Karadzic devant Sarajevo. Le moment intéressant, qui a d’ailleurs fasciné Carrère, est celui où Limonov tourne autour d’une mitraillette et finalement s’installe pour lâcher des rafales sur Sarajevo. Qu’il ait visé des civils ou qu’il ait tiré en l’air, comme il se justifiera plus tard, a certes une importance cruciale.
Mais ce qui ressort surtout de ces images, c’est que ce type qui s’est voulu un héros toute sa vie, un surhomme, un dominant, donne l’image d’un petit gamin admiratif fasciné par la puissance et les outils de morts: un type finalement assez minable.
Emmanuel Carrère, Limonov, P.O.L.
Publié par Alain Bagnoud à 10:08:31 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 09:22:53 dans Chansons | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 14:48:10 dans Citations | Commentaires (0) | Permaliens
Jack, Allen, Neal, William sont dans Ballast. Un petit livre habité de Jean-Jacques Bonvin, fiévreux, rythmé, dense, survolté et désespéré, paru aux éditions Allia.
Le ballast, c’est un mélange de sable et de gravier qui maintient les traverses d'une voie ferrée. Le 3 février 1968, Neal Cassady tombe le long du ballast mexicain, à presque 42 ans, bourré de Secorbital, vêtu d’un simple jean et d’un T-shirt dans la pluie froide, après avoir dansé toute la nuit à l’occasion d’un mariage à San Miguel de Allende. On l’emmène à l’hôpital, il meurt quelques heures plus tard, le premier des quatre, lui qui a été un formidable déclencheur, un inspirateur, un bouffeur de vie et un raté magnifique.
La beat genération. L’alcool, les amphétamines, l’écriture, le sexe avec les femmes de l’un ou l’autre, ou entre eux. Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Neal Cassady, William Burroughs. Quatre auteurs, trois accomplis, un débutant éternel (Neal Cassady
a à son actif quelques poèmes, des lettres pillées par ses amis et un roman autobiographique ébauché, The First Third). Quatre légendes.
Il est inutile de détailler leurs vies, elles sont dans Wikipédia et partout, avec tous les ornements et toutes les précisions nécessaires, les trajets, les cartes, les stupéfiants, bière, tequilla, herbe, LSD.
Chacun peut ainsi apprendre que: “ à 24 ans, Kerouac renoue avec une vie dissolue, fréquentant chaque nuit les bars de la ville, en compagnie de ses deux amis, Ginsberg et Burroughs. Ils fréquentent aussi la pègre. L'état physique de Kerouac se dégrade à vue d'œil et, dès lors, il est incapable de faire du sport."
Une des forces du livre de Jean-Jacques Bonvin est justement de ne pas détailler. Il préfère restituer, évoquer, hanter.
On est avec lui dans les courts-circuits que produisent les interactions entre membres de la bande des quatre. Trois se connaissent depuis plusieurs années avant qu’apparaisse Neal Cassady, véritable ligne à haute tension, sur qui se concentre ce livre intense.
Jean-Jacques Bonvin, qui a tout lu, est également l'auteur d'un autre très bon livre, La Résistance des matériaux (édition Melchior), et le fondateur et l'éditeur de la revue en ligne Coaltar, dont on peut user sans modération. C’est ici.
Publié par Alain Bagnoud à 09:48:44 dans Lectures | Commentaires (2) | Permaliens
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
CITOYEN DE GENEVE,
À M. D’ALEMBERT,
Sur son Article GENEVE,
Dans le Septieme Volume de l’ENCYCLOPEDIE,
ET PARTICULIEREMENT,
Sur le Projet d’établir un Théâtre de Comédie en cette Ville.
(extrait consacré à Molière)
"Ne nous prévalons, ni des irrégularités qui peuvent se trouver dans les ouvrages de sa jeunesse, ni de ce qu’il y a de moins bien dans ses autres Pieces, & passions tout d’un coup à celle qu’on reconnoît unanimement pour son chef- d’œuvre : je veux dire, le Misanthrope.
"Je trouve que cette Comédie nous découvre mieux qu’aucune autre la véritable vue dans laquelle Moliere à compose son Théâtre ; & nous peut mieux faire juger de ses vrais effets. Ayant à plaire au Public, il a consulte le goût le plus général de ceux qui le composent : sur ce goût il s’est forme un modele, & sur ce modele un tableau des défauts contraires, dans lequel il a pris ces caracteres comiques, & dont il a distribue les divers traits dans ses Pieces. Il n’a donc point prétendu former un honnête-homme, mais un homme du monde ; par conséquent, il n’a point voulu corriger les vices, mais les ridicules ; &, comme j’ai déjà dit, il a trouve, dans le vice même un instrument très-propre a y réussir. Ainsi voulant exposer à la risée publique tous les défauts opposes aux qualités de l’homme aimable, de l’homme de Société, après avoir joue tant d’autres ridicules, il lui restoit à jouer celui que le monde pardonne le moins, le ridicule de la vertu : ce qu’il a fait dans le Misanthrope.
"Vous ne sauriez me nier deux choses : l’une, qu’Alceste dans cette Piece est un homme droit, sincere, estimable, un véritable homme de bien ; l’autre, que l’Auteur lui donne un personnage ridicule. C’en est assez, ce me semble, pour rendre Moliere inexcusable. On pourroit dire qu’il a joue dans Alceste, non la vertu, mais un véritable défaut, qui est la haine des hommes. À cela je réponds qu’il n’est pas vrai qu’il ait donne cette haine à son personnage : il ne faut pas que ce nom de Misanthrope en impose, comme si celui qui le porte étoit ennemi du genre-humain. Une pareille haine ne seroit pas un défaut, mais une dépravation de la Nature & le plus grand de tous les vices. Le vrai Misanthrope est un monstre. S’il pouvoit exister, il ne feroit pas rire, il seroit horreur. Vous pouvez avoir vu à la Comédie Italienne une Piece intitulée, la vie est un songe. Si vous vous rappellez le Héros de cette Piece, voilà le vrai Misanthrope [...]"
Publié par Alain Bagnoud à 08:59:11 dans Rousseau | Commentaires (0) | Permaliens
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