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Maurice Sachs, Le sabbat | 30 mai 2011

Maurice SachsUn traître absolu. Juif, collaborateur, indicateur de la Gestapo, homosexuel, alcoolique,  séminariste défroqué, faible et brillant.

Maurice Sachs. Etre instable né en 1906, tellement doué que l'ensemble de ses qualités l'a toujours empêché d'écrire l'œuvre qu'il a tant convoitée. Un homme qui a trompé l'un après l'autre tous ceux qu'il a aimés et qui a fini délateur professionnel, livrant aux nazis des porteurs de tracts d'une organisation antifasciste bavaroise,« La rose blanche ».

Médiocre dénonciateur, en plus.  Mauvais provocateur, inventeur de complots bidons. Ses amis allemands pas dupes ont fini par le fourrer dans une prison de Hambourg d'où il n'est sorti que pour mourir, en 44, à l'arrivée des Alliés. Avant qu'ils n'apparaissent, les Allemands ont fait partir les prisonniers en colonne vers Kiel. Après un jour de marche, Sachs, épuisé, ne pouvant plus suivre, a été abattu d'une balle dans la tête.

De cette existence gâchée, Maurice Sachs a pourtant tiré un chef-d'œuvre autobiographique. Le Sabbat. Sincérité, intelligence claire et englobante, lucidité dans la description des facettes d'une personnalité, d'une nature malléable.

Ce livre est un régal pour les amateurs d'anecdotes et de name dropping. Jacques Bizet, le fils du musicien et de madame Straus, chez qui Proust avait fait ses débuts dans le monde. Cocteau et Gide que Sachs a essayé de séduire, Maritain qui l'a converti au catholicisme. Max Jacob. Tous ceux qui fréquentaient en leur temps Montmartre, Montparnasse, la Nouvelle Revue Française, le Boeuf-sur-le-Toit.

Bien sûr, on repère dans le texte des influences formelles. Souvent, ce premier de classe extrêmement doué vise à l'effet. Une caractéristique qui le rend frère de la création littéraire contemporaine.

Publié par Alain Bagnoud à 08:40:28 dans Republication | Commentaires (0) |

Jérome Meizoz, La Fabrique des singularités | 27 mai 2011

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C’est plein d’idées, La Fabrique des singularités, dont on a dit ici qu’on reparlerait.

Meizoz y traite des postures d’écrivains.

La posture, c’est le fait pour les artistes de se composer une image promotionnelle, mais c’est aussi un moyen de légitimer une prise de parole. Un exemple intéressant, dont parle Meizoz, est celui de Céline.

Céline n’est pas Destouches. Destouches est le personnage réel, Céline la posture. Mais Meizoz montre comment, à travers une construction qui tend vers l’autofiction, Céline a validé et assumé les histoires sur l’enfance qu’il a racontées dans Mort à crédit.

Si on se base en effet sur l’autobiographie réelle de Destouches, Mort à crédit n’est pas une autobiographie. La misère, les faillites, les problèmes d’argent, le père raté, la mère écrasée de travail, les baffes, etc. tout ça est faux, ou au moins extrêmement exagéré, tiré profondément vers la noirceur.

Pourtant, Céline va ensuite assumer ces données comme si elles étaient biographiques, les proclamer dans des entretiens journalistiques. Il y aura une contamination de la fiction dans le réel. Notre auteur va assumer ce que Meizoz appelle un « script prolétarien typique des années 1930, version radicalisée de l’idéal de la IIIème République, celui de l’enfant pauvre qui réussit ». Il sera le médecin des nécessiteux, le mutilé de guerre, le gosse ayant dû travailler dès 12 ans.

20s_celine.jpgTout ceci colle à l’école populiste du moment, dont Hôtel du Nord d’Eugène Dabit est le plus grand succès, publié l’année où Céline commence à rédiger le Voyage.

Anecdote amusante et éclairante: Destouches a fait promettre à sa mère de ne jamais lire Mort à crédit. Il ne voulait pas qu’elle se choque du portrait qu’il a fait d’elle ni qu’elle conteste les faits qu’il présente désormais comme ceux qu’il a réellement vécus.

Et autre chose intéressante que relève Meizoz: Céline prend le pas sur Destouches dans la correspondance du Voyage jusqu’en 51, c’est-à-dire au procès. Durant cette période, il signe principalement ses lettres avec son pseudonyme. Après, encombré peut-être par ce personnage qu’il a créé et auquel il a été complètement identifié (celui des pamphlets notamment), il se remet à signer Destouches. Mais le personnage, ou, comme dirait Meizoz, la posture de Céline est celle qui restera.

 

Jérome Meizoz, La Fabrique des singularités, Postures littéraires II, Slatkine Erudition, Genève 2011

Publié par Alain Bagnoud à 09:48:53 dans Lectures | Commentaires (0) |

Du plaisir | 26 mai 2011

" Chacun trouve son plaisir où il le prend. "

                                                   Jules Renard

Publié par Alain Bagnoud à 08:41:41 dans Citations | Commentaires (0) |

Joan Baez chante Boris Vian | 25 mai 2011

Publié par Alain Bagnoud à 10:53:53 dans Chansons | Commentaires (0) |

Lawrence Durrell, Cléa | 24 mai 2011

Lawrence Durrell cléaCléa est le quatrième livre du Quatuor d'Alexandrie.

Lawrence Durrell avait pour ambition d’y réintroduire le temps dans son ensemble, jusque là concentré sur quelques événements, toujours les mêmes, repris selon des angles différents, des points de vue autres et des interprétations parfois contradictoires dans les trois premiers livres, Justine, Balthasar et Montolive.

Certes, ce dernier opus s'échappait un peu dans le passé, en retraçant les débuts du personnage éponyme, retournant quelques dizaines d'années avant les événements racontés dans Justine. Mais c'était simplement une manière nouvelle de les éclairer.

Dans Cléa, Durrell revient encore sur certaines scènes, complétées, réexpliquées. Le lecteur apprend ainsi que la fille de Justine est morte non pas noyée comme l'expliquait Balthasar, mais par maladie, dans un bordel d'enfant, donnant ainsi une autre signification aux scènes diverses qui se sont passées dans cet endroit.

Le suicide de Pursewarden est éclairci également: il a laissé le champ libre. Depuis toujours, il entretenait une relation incestueuse avec sa sœur Liza. Quand elle trouve l'homme qui lui convient (Montolive), Pursewarden choisit de disparaître.

D'autres événements encore sont revus et corrigés. Mais ce qu'il y a de neuf, c'est que Cléa se place résolument dans l'Histoire en marche. Le Temps a repris, à la faveur de la guerre. La Deuxième guerre mondiale.

Dans Cléa, le Temps est cautérisation, donc, mais aussi mutilation: Nessim perd un doigt et un oeil, Cléa une main, sa main de peintre. Mais ces blessures sont fertiles. Grâce à son amputation, Cléa devient paradoxalement enfin une artiste. Et à la fin du roman, Darley, qui avait renoncé à devenir écrivain, commence à écrire son Grand Livre.

Une similitude avec Proust et son Temps retrouvé, qui n'est pas peut-être tout à fait un hasard!

 

Publié par Alain Bagnoud à 06:11:49 dans Durrell | Commentaires (2) |

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