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Céline et l'amour | 25 mars 2011

Fin du Voyage au bout de la nuit. Robinson, le double de Bardamu, meurt, assassiné par Madelon. Assassiné par la sentimentalité plutôt.

On a là une scène intéressante. Deux couples à la fête foraine. Du côté de Bardamu et Sophie, il n'y a pas de sentiments, mais du désir et du vice. Ils projettent une partie carrée avec Robinson et Madelon, puis quand ils voient que ça ne fonctionne pas, rêvent d'aller tous au bordel.

De l'autre, Madelon qui ne rechignait pas à la bagatelle non plus quand elle était une fille saine. Elle a cédé tout de suite à Bardamu, la première fois qu'il l'a vue, dans le caveau qu'elle lui faisait visiter, puis ils ont gentiment cocufié Robinson pendant tout le séjour du narrateur.

Seulement, voilà le problème, elle ne veut plus s'amuser, elle est devenue sentimentale. Ecoutez ses discours à son fiancé. Tu m'as volé mon cœur. Je suis une fille propre, moi, vous, vous êtes une bande de cochons, ne comprenez rien à ce qui est propre et beau.

Bref, elle veut Robinson pour elle toute seule et lui est décidé à ne rien entendre, fatigué. Du coup, pan, elle l'assassine d'un coup de revolver.

On voit bien où est la santé mentale, pour Céline. L'amour est un frottement d'épiderme, et pas une rêverie au clair de lune. Il se déploie dans la satisfaction des instincts et la sexualité même un peu tordue. Dans la vérité de l'intime, des fantasmes et de besoins.

Et où est la perversion: dans le romantisme, les grands sentiments, les discours théâtraux affectés, joués, repris, la soumission à la norme sociale, collective.

 

Publié par Alain Bagnoud à 09:14:38 dans Céline | Commentaires (0) |

Yakich et Poupatchée au Théâtre du Loup | 23 mars 2011

Affiche, détail / E. Jeanmonod

Comédie crue, dit l’affiche. C’est vrai. Crue, drôle et également, oui, transcendante.

Ils sont vilains, solitaires, pauvres et brûlants, Yakich et Poupatchée. Un marieur réussit tout de même à les accoler. Enfin, à les faire s’épouser. Mais le cornichon de Yakich refuse de devenir dur (c’est le langage de la pièce), tellement Poupatchée est laide.

Les familles hurlent: il faut consommer. Du coup, tout le monde se retrouve au bordel, où une putain devrait exciter le pauvre Yakich et le mettre en état d’accomplir la chose. Raté.

C’est un autre visage de la femme qui arrive ensuite: une princesse compatissante dans son palais argenté. Trop splendide pour Yakich terrorisé.

« Quand elles sont laides, il s’évanouit, quand elles sont belles, il pleure. On va où, comme ça ? » Nulle part. Dans les gares et les terrains vagues.

Mais lorsque tout semble perdu, un tout petit moment de tendresse arrive, et de réussite, presque de fraternité. C’est déjà énorme dans ce monde théâtral très théâtral, désespéré, grotesque, décalé et drôle.

Humour juif. Hanoch Levin, l’auteur très prolifique et peu optimiste, est israélien, né en 43, mort à 55 ans ans après un cancer des os. Platchki et Ploutchki, les lieux imaginaires de la pièce évoquent irrésistiblement l’Europe de l’est avant la Shoah, les communautés ashkénazes, leurs personnages colorés, leurs accents, leurs rites, mariages et enterrements, leur enfermement aussi.

Si les personnages pénètrent fugacement dans un château, c’est pour s’apercevoir que cet endroit est exotique. Leur réalité, c’est Platchki et Ploutchki, où tout est laid, âpre, sans espoir.

Mais Platchki et Ploutchki sont partout, et nous sommes tous Yakich et Poupatchée. Même si, comme eux, nous sommes plus beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur, ça ne se voit pas.

Mais le sommes-nous vraiment? Ce sera notre question de fin. Rédigez un paragraphe argumenté...



Yakich et Poupatchée, de Hanokh Levin, Texte français de Laurence Sendrowicz.
Une création du Théâtre du Loup.
Mise en scène Frédéric Polier.
Du 22 mars au 10 avril 2011

Publié par Alain Bagnoud à 11:38:58 dans Théâtre | Commentaires (0) |

Dschinghis Khan - Moskau | 21 mars 2011


Il y a longtemps que je ne vous ai plus mis une bonne daube ici. Pour me faire pardonner en ce premier jour de printemps, voici Dschinghis Khan. Un groupe disco allemand créé en 1979 pour participer au Concours eurovision de la chanson. N'en jetez plus.


DSCHINGHIS KHAN . Moskau (eurovision) par zellounet

Publié par Alain Bagnoud à 09:06:54 dans Chansons | Commentaires (4) |

Yves Laplace, Les larmes d'Arshavin, | 18 mars 2011

couvYvesLaplace.jpgIl semble un peu paradoxal de lire aujourd’hui des textes publiés sur un blog à l’occasion de l’Euro 2008. Surtout si, comme moi, on n’est pas un amateur de foot.

Il est sans doute encore plus paradoxal de conseiller, comme je le fais, la lecture de cet ouvrage savoureux à tout le monde. J’ai des raisons.

D’abord le livre évoque des souvenirs.

Bien entendu, je suis le plus bouché possible aux trompettes du foot. Il me semble évident, par exemple, que ces soi-disant grandes fêtes populaires ne sont pas loin d’être des manipulations nationales, européennes, planétaires qui ont pour but de calmer le(s) peuple(s) en leur donnant un exutoire, etc. Panem et circenses, inutile de revenir sur l’histoire.

Malgré tout, les plus résistants, dont je suis, n’en restent pas moins perméables à l’écume des choses. Quelque chose surnage de ces périodes.

Ça va au-delà de la guerre pacifique entre nations, et du sentiment d’identité nationale, et de l’esprit de clocher. Des petits bouts de passé coloré restent attachés à ces événements, quelques icônes. Le livre de Laplace est une occasion de les rappeler.

ylaplace.jpgDe plus, on ressort de ce petit livre plus intelligent qu’on y est entré. Les larmes d’Arshavin ne se compose pas seulement de commentaires sur la compétition, mais aussi de réflexions sur le football et ses à-côtés: pub, femmes de joueurs, présentatrices sportives, politique et marques déposées...

Yves Laplace replace les matchs dans leur contexte et les pays dans leurs relations. Il propose un point de vue différent de ceux qui nous ont été imposés cent fois.

Ici, par exemple, un arbitre (Laplace en est un) s’acharne à rendre justice à ses collègues. C’est anti-politiquement-correct. On sait qu’il convient plutôt, en général, de les mettre à mort.


Yves Laplace, Les larmes d’Arshavin, L’Aire bleue

Publié par Alain Bagnoud à 09:34:33 dans Lectures | Commentaires (0) |

Laure Antoinette Malivert, La tache | 16 mars 2011

Félix Vallotton, La malade, 1892, Suisse, collection particulière

Grâce à la revue Coaltar, j’ai pu il y a peu découvrir Laure-Antoinette Malivert, une « écrivaine emblématique de la question féminine au XIXème et de la place de la femme dans le milieu des lettres ».

Une de ses nouvelles inédites s’appelle La Tache. Son intrigue: une jeune fille découvre une tache verte sur sa cuisse. Celle-ci s’étend progressivement, jusqu’à l’événement fantastique: une transformation étonnante et bien amenée qu’on trouvera dans l’extrait publié ici.

La nouvelle exprime de façon transposée l’enfermement dans lequel se trouvent les jeunes bourgeoises de l’époque et la mutation à laquelle elles aspirent. Elle est probablement l’expression de la frustration que ressentait Laure-Antoinette Malivert, bornée dans les frontières d’une éducation rigide, et de la culpabilité (la tache) qui s’étend à cause du désir de changer de vie, de se libérer... C’est en tout cas une expression originale et littérairement réussie d’un malaise profond.

On pourra trouver d’autres exemples de l'écriture Malivert ici. On peut la voir également ci-dessus, dans le tableau de Félix Vallotton, La malade, (1892, Suisse, collection particulière). Elle serait la femme dans le lit.

Publié par Alain Bagnoud à 12:07:01 dans Lectures | Commentaires (0) |

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