JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Ce livre collectif est salutaire. Il s'attache à mettre à jour les mécanismes de l'UDC, à montrer comment ce parti a fait pour peser de tout son poids sur la politique et les mentalités suisses depuis une quinzaine d'années, les entraînant ainsi dans son orbite.
On y voit que l'UDC ne s'appuie pas seulement sur un peuple mythifié et fantasmatique qui s'opposerait à des élites tout aussi insaisissables: des intellectuels ont aussi été séduits. Vous les connaissez. Ils servent la soupe dans les médias: rédacteurs en chefs ou sociologue paradant à la télévision, dont le rôle est de proclamer que l'UDC « fait tomber les tabous » et « pose les vraies questions ». Une manière d'insinuer qu'il est légitime de s'attaquer aux plus faibles.
Des analyses précises décortiquent les rouages de la machine populiste. François Masnata en fait une étude sociologique, Jérôme Meizoz interroge son rapport à la culture, Bertrand Müller examine sa relation à l'Histoire, Jean-Michel Dolivo dénonce les atteintes à la liberté, etc.
Tout ceci pose finalement la question de savoir dans quel pays nous voulons vivre. Une Suisse qui suggère que les pauvres sont des salauds, qui fait la chasse aux plus faibles, aux chômeurs, aux handicapés, sous prétexte de soit-disant abus, qui favorise aveuglément l'accumulation de l'argent et du pouvoir dans un petit nombre de mains? Une Suisse incapable d'affronter les problèmes posés par le monde actuel et qui se focalise sur des boucs émissaires? Une Suisse qui se sent élue face au Mal incarné par l'étranger et le cosmopolite? Une Suisse dont la culture serait faite par les fanfares, les chœurs d'hommes, les festivals folkloriques et les poèmes d'Oskar Freisinger?
Suisse à droite sans limite? Jean-Michel Dolivo, Bertrand Müller , Martial Gottraux, François Masnata, Jérôme Meizoz, Grégoire Müller, Jean-Pierre Tabin et Pierre Raboud, préface de Daniel de Roulet, Editions de L'Aire
Publié par Alain Bagnoud à 11:29:03 dans Lectures | Commentaires (3) | Permaliens
J'ai tourné plusieurs semaines autour de ce livre avant de l'ouvrir. Son titre déjà, ne m'aguichait pas particulièrement. Caprices romains. Et puis son quatrième de couverture. Tenez, je vous le recopie avec la plus parfaite mauvaise foi:
« Ces Caprices (capricci, comme des moments musicaux ou picturaux de forme libre), cette suite de vedute des rues et des places de Rome est le résultat d'un long dialogue avec la ville. Plutôt que de la réduire à un simple décor de fiction, j'ai essayé de la traiter en partenaire, dramatiquement parlant. Je voulais lui offrir un véritable rôle comme l'ont fait ceux, très nombreux et souvent prestigieux, qui m'y ont précédé... » Etc.
Franchement, ça ne me donnait pas très envie. Je craignais l'ennui le plus lourd, une suite de cartes postales un peu prétentieuses. J'avais tort.
Michel A. Chappuis parle de Rome, et bien. Chaque chapitre a le nom d'un lieu de la ville, et effectivement, l'auteur les traite comme les vedute annoncées. Mais elles sont prises dans une intrigue, lâche mais suffisante pour faire avancer le récit, qui, en plus, est très bien écrit.
Pour raconter la ville, Michel A. Chappuis nous emmène sur les pas d'un réalisateur de films, auteur de quelques courts métrages. Ce cinéaste a réussi à intéresser un producteur avec un vague projet, à se faire financer un séjour romain dans le but d'établir des contacts et d'écrire un scénario et on le suit dans ses périples, dans ses tentatives vaines et dans ses rencontres de personnages tout à fait singuliers, un pianiste qui a renoncé aux concerts pour une sorte de démarche mystique personnelle, son ami, tout opposé, qui lui s'est fait artiste de rue, une vendeuse d'idées...
Michel A. Chappuis, Caprices romains, L'Aire
Publié par Alain Bagnoud à 12:43:30 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens

C'est une des premières création de Balzac, après l'accumulation de ce qu'il appelait ses petites cochonneries littéraires, c'est-à-dire ses romans vite torchés, publiés sous pseudonyme au début de sa carrière, et qui lui ont servi tout de même d'entrainement. On en retrouve quelques procédés ici. Des adverbes en surplus pour créer le suspense. « Il ouvrit mystérieusement la porte. » La révélation différée de renseignements qui donnent du suspense.
Une dame trop bien mise va se procurer un paquet dans une boulangerie en prenant mille précautions. Elle est suivie par un inconnu qui pénètre à sa suite dans la maison misérable où l'attend un couple étonnant. En fait, on est sous la Terreur, l'homme est un prêtre et les deux femmes des bonnes soeurs qui se dissimulent. Dans le paquet: des hosties.
Quant à l'identité du suiveur, qui vient finalement leur demander une messe pour Louis XVI juste guillotiné, le lecteur la devine bien avant que le mot de l'énigme lui soit donné, bien avant le curé et les religieuses. Ça ne nuit pas, au contraire. On se sent ainsi intelligent, et chaque nouvel indice, en confirmant ce qu'on supposait, procure une petite satisfaction, une joie devant cette ordonnance cachée d'un monde dont on a découvert le sens.
Et qui est ce personnage mystérieux? Ah ah...
Publié par Alain Bagnoud à 10:43:28 dans Balzac | Commentaires (0) | Permaliens
Tous les ingrédients de Modiano. Le mystère des êtres, la nostalgie, la restitution du passé à partir de faibles indices, l'Occupation, le marché noir.
Le narrateur fugue, au lieu d'aller au Brésil tourner un documentaire, il se met à rechercher des informations sur une femme qu'il a à peine connue. Il ne trouvera rien. Un peu de vérité sur lui-même, peut-être.
Patrick Modiano, Voyage de noces, Gallimard
Publié par Alain Bagnoud à 08:57:55 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Le premier Prix du Roman des Romands, décerné par les lycéens de Suisse romande, a donc été attribué à La Main de Dieu de Yasmine Char, née, d'après le Culturactif, à Beyrouth en 1963 d'un père Libanais et d'une mère Française, et publiée par Gallimard.
A peine connu, ce verdict provoque des remous ou tout au moins un peu d'ironie dans le Landerneau. Je résume :
Ce Prix se définissait clairement, au delà de sa fonction pédagogique, comme une défense et illustration de la littérature romande. C'était son but, son projet affiché. Il y a eu des dizaines de rencontres avec des auteurs romands, des centaines de jeunes ont lu des textes d'ici. Un investissement énorme a été fait dans les écoles suisses par des professeurs de français de tous les cantons.
Est-ce que tous ces efforts ne sont pas dérisoires, persiflent certains, s'il s'agit, finalement, que soit couronné le livre Gallimard en lice? Quel est le message que donne le Roman des Romands en se déclarant germanopratin dès son coup d'essai? N'arriverons-nous jamais à vaincre nos complexes de provinciaux? Quel est l'avenir de la littérature romande si même les jeunes, qui devraient être dégagés de ces préjugés, jugent qu'il n'y a finalement de bon bec que de Paris? Etc.
Faute de pouvoir répondre à ces objections en parlant du livre primé, que je n'ai pas encore lu (mais on trouvera ici une critique de Jean-Michel Olivier, fin connaisseur des mouvements dans les lettres et les consciences, qui a d'ailleurs prévu et annoncé le résultat bien avant que les lycéens se soient même réunis), j'aimerais rompre une lance en faveur du Roman des romands. Je le connais de l'intérieur, puisque j'ai été un des auteurs qui ont participé à l'aventure.
Ce Prix a été une chance pour tous, écrivains, éditeurs, libraires et lycéens. Les livres sélectionnés ont connu une deuxième vie. Ils ont été lus par des personnes qui ne les auraient pas ouverts sinon. Les échanges entre les auteurs et les classes ont été d'une grande richesse, et l'expérience humaine forte. Les élèves ont découvert onze univers d'auteurs de qualité dont neuf sont publiés par des éditeurs suisses, et ont approfondi leur expérience de la lecture et de la littérature.
D'autre part, même si, dans son roman, elle parle d'une adolescence au Liban, Yasmine Char fait parfaitement partie de la littérature romande. Celle-ci, en effet, ne se définit pas (ou plus) par des thèmes, des lieux, un style ou une rumination, mais par le simple fait que quelqu'un appartienne au champ littéraire local. Or, notre auteur vit en Suisse depuis douze ans et est notamment administratrice à l'Octogone de Pully.
Enfin, on a dit que la littérature, qui était censée faire mieux comprendre le monde proche, n'aurait plus cette fonction pour les jeunes puisqu'ils se sont tournés vers un livre exotique. Mais leur choix montre plutôt, il me semble, un refus de l'étroitesse et des catégories.
D'ailleurs, il est fort à parier que les lycéens ne se soient pas posé toutes ces questions. Ils ont simplement privilégié un livre qui leur a plu par sa forme et son contenu, et ils ont eu bien raison.
La remise du prix aura lieu ce soir à la Comédie de Genève, à 18 heures 30 (6 bvd des Philosophes)
Publié aussi dans Blogres
Publié par Alain Bagnoud à 10:43:27 dans Journal | Commentaires (1) | Permaliens
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