Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Pierre Bergounioux, La mort de Brune | 21 janvier 2010

La mort du Maréchal Brune

On rapproche souvent Pierre Bergounioux de Pierre Michon. Même éditeur, même génération, même appartenance à l'extrême contemporain (voir ici et ici), même faculté à créer des symboles, à analyser un réel passé, à le prendre dans son épaisseur et l'attraper dans la densité d'une écriture.
Il y a des différences aussi. Bergounioux est plus sombre, plus obscur, alors qu'il y a toujours quelque chose de lumineux chez Michon, malgré tout. Si tous deux ont le culte de l'art, seule chose semble-t-il qui puisse s'opposer à la lourdeur et au non-sens du monde, chez Michon, celui-ci éclate et réussit, tandis que le désir de l'art chez Berounioux n'aboutit pas toujours, qu'il reste comme une voie de sauvetage convoitée mais impossible.
Ainsi dans La mort de Brune les deux artistes de la petite ville (Brive-la-Gaillarde). Le peintre, photographe pour gagner sa vie, qui exécute des paysages hors du temps, en épigone appliqué, finit par se pendre. Un autre, volailler, qui passe ses journées dans un mutisme sombre à saigner des poules et des chevreaux que sa femme et sa belle-mère vendront dans la boutique, est passionné d'art lyrique, s'arrange pour assister à des représentations à Paris au prix de nuits blanches et de fatigue, a une voix magnifique qu'il n'utilise qu'une fois par an aux fêtes de juin.
Autour d'eux, il y a la ville et l'enfance du narrateur enserré dans les devoirs et la vie provinciale de cet endroit figé. Les deux grands hommes ont été l'abbé Dubois, le premier ministre du Régent, et Brune, devenu maréchal sous l'Empire et tué dans la Terreur blanche qui suivit la deuxième Restauration. Et voici l'explication du titre.
L'écriture de Bergounioux, sourde, oppressante, dit bien cette tragédie de l'enfance prisonnière et tente de cerner l'indicible d'une angoisse par des scènes symboliques et des leitmotivs. Elle réussit à susciter en nous ce désespoir et ce refus du narrateur jeune qui refuse de toutes ses forces les lourdeurs à lui échues, qui souffre de cette Pierre Bergnouniouxglaciation mise par le passé sur le présent, de ces obligations, de cet ennui, de ce manque d'horizon, et qui craint en voyant les adultes de finir comme eux: n'ont-ils pas été eux aussi des enfants pleins de frémissements et de désirs? Que s'est-il passé pour qu'ils oublient?
Et un élément de réponse: l'Histoire pèse de tout son poids sur les destinées individuelles et ce sont les Dubois et les Brune qui sont en partie responsables de l'étouffement que subissent les habitants de la ville. Voici la deuxième explication du titre: la mort de Brune, c'est aussi celle de cet étranglement, au moment final du livre, quand le jeune homme se libère.

Pierre Bergounioux, La mort de Brune, Gallimard Folio

Publié par Alain Bagnoud à 11:14:07 dans Lectures | Commentaires (0) |

Nuit d'Amérique | 20 janvier 2010

Annonce à toutes les céliniennes et à tous les céliniens:
Nuit d'Amérique, Un spectacle d'après les chapitres américains du "Voyage au bout de la nuit" de L. F. Céline, sera joué du 17 au 28 février à Paris, au Théâtre du Temps, 9 rue de Morva ( 01 43 55 10 88)
Version scénique / Mise en scène :  Julien Bal
Avec : Guillaume Paulette, Valentina Sanges, Giulio Serafini, Julien Ratel, Renaud Amalbert, David Augerot.
Musique : Paul Anka
Chorégraphies : d'après Gene Kelly
Lumières : Renaud Amalbert
décor : lightcorner

Publié par Alain Bagnoud à 11:17:49 dans Céline | Commentaires (0) |

Proverbe | 19 janvier 2010

La pomme ne tombe jamais loin de l'arbalète. (Proverbe suisse.)

Publié par Alain Bagnoud à 09:59:29 dans Proverbes | Commentaires (0) |

Emmanuel Berl raconte ses souvenirs sur Proust | 18 janvier 2010

Publié par Alain Bagnoud à 09:23:43 dans Proust | Commentaires (1) |

Chateaubriand et les Indiennes | 15 janvier 2010

Georges Catlin, Kei-a-gis-gis, une femme des Ojibwa, 1832Mon ami Pascal Rebetez dit quelque chose de très juste sur les écrivains-voyageurs. Il n'y a pas de sexe dans leurs livres. C'est comme s'ils ne couchaient jamais dans leurs périples, alors que pour connaître un endroit il y a la solution idéale de vivre avec une femme qui l'habite et l'incarne en quelque sorte. C'est en tout cas ce dont rêvait Proust, ou du moins son narrateur, quand il attendait que surgisse une paysanne issue de la région qu'il visitait.
Les écrivains-voyageurs, non. Il y a bien quelques tentatives, elles échouent le plus souvent. Nicolas Bouvier, par exemple, dans Le Poisson-Scorpion fait plusieurs tentatives pour aller au bordel, mais il n'y arrive jamais, il se perd, ne trouve pas l'endroit.
Alors que Chateaubriand en Amérique, on peut sérieusement se poser la question. Je parle de ces pages où il se retrouve avec deux Indiennes. Il leur a fait la cour. Un soir il s'endort seul contre le tronc d'un magnolia, se réveille entre les deux filles, leurs têtes sur son épaule. Puis: « une brise traversa le boccage et nous inonda d'une pluie de roses de magnolia. » Elles passent la nuit avec lui. Il ajoute: « Aspasie en moins, j'ai retrouvé cette scène aux rivages de la Grèce. »
Puis encore plus loin, sur ces Indiennes: « Le guide les appelait sans façon des filles peintes, ce qui choquait ma vanité. » Les filles peintes, nous apprend une note, sont des courtisanes.

Publié par Alain Bagnoud à 09:52:35 dans Chateaubriand | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| >>

Rechercher

Archives

Janvier

DiLuMaMeJeVeSa
     12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31      

Compteur

Depuis le 14-09-2006 :
6223613 visiteurs
Depuis le début du mois :
43772 visiteurs
Billets :
1230 billets

FreeCompteur Live

libstat


statistiques

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03