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Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe | 31 décembre 2009

 Claude Joseph Vernet : Tempête de mer avec épaves de navires
Ce qui me frappe en relisant Les Mémoires d'outre-tombe (oui, je sais, on va me tenir rigueur de ce relire, mais je n'y peux rien), c'est tout d'abord la fausse modestie du Vicomte, qui ne cesse de noter avec précision les moments de sa jeune vie où il aurait pu disparaître, de répéter que le monde n'y aurait rien perdu, et que bien des souffrances lui auraient ainsi été épargnées, à lui.
Présence de la mort constante, de sa tentation, jusqu'à une tentative de suicide: il met le canon d'un fusil dans sa bouche, frappe la crosse contre le sol, plusieurs fois, mais le coup ne part pas. Il y voit un signe, suppose que son heure n'est pas arrivée.
C'est qu'il est important pour le vieil écrivain de se poser en héros romantique. Il s'agit de triompher de ses rivaux plus jeunes. D'où les rêveries sans fin du personnage adolescent, la solitude, le désespoir, les chimères et le spleen...
Ceci passe d'ailleurs au fur et à mesure que notre héros grandit, et qu'il entre dans l'action, la vie d'homme de lettres, le voyage en Amérique. Là, la pose cède devant la description et le lyrisme. On est moins à l'intérieur d'un moi tourmenté que dans l'interaction entre ce moi et le monde.
Mais partout, quelle plume! Quelle flûte! Cet homme est un des plus grands écrivains de tous les temps...

Publié par Alain Bagnoud à 11:34:46 dans Chateaubriand | Commentaires (1) |

Lecture en ligne par Cyril Kaiser | 23 décembre 2009

Cyril KaiserDisponible en ligne, l'enregistrement de la lecture que Cyril Kaiser, comédien, a faite du Jour du dragon à la Médiathèque de Sion, le 3 décembre, dans le cadre du cycle Bouche à oreilles.
Suivez ce lien. (C'est au bas de la page.)
Cyril Kaiser est comédien, professeur de diction et metteur en scène.
Son dernier spectacle: Calvin, un itinéraire. Voir ici.

Publié par Alain Bagnoud à 10:37:20 dans Lectures | Commentaires (0) |

L'extrême contemporain (2) | 22 décembre 2009

Dominique ViartRetour sur l'extrême contemporain (voir ici).
La littérature actuelle, donc, dit Dominique Viart, se sépare en trois types. Consentante, concertante, déconcertante. C'est déjà un peu plus fin que l'ancienne typologie. Vous vous souvenez? Capture et rupture...
On va définir un peu tout ça. La littérature consentante, donc, serait un art de divertissement, académique, artisanal, qui suit des modèles fixés. La langue y est un instrument bien maîtrisé, qui rabote, équilibre, travaille solidement. Elle vient tout droit par exemple de l'Académie française.
La littérature concertante, elle, très médiatisée, capte l'air du temps, offre au lecteur ce qu'il veut, fait du bruit. Elle est vite oubliée. Elle brasse des thèmes de magazine, est à la mode. Frédéric Beigbeder (voir ici et ici). On y emprunte, dit Viart, aux parlures à la mode.
Enfin, la littérature déconcertante prend le lecteur à revers, le déplace, le bouscule, lui fait faire l'épreuve de l'étranger. Elle pense la langue, y réfléchit, en éprouve les manques. Antoine Volodine ou Pierre Michon.
Ce qu'il y a d'intéressant dans la vision de Viart, c'est que ces catégories ne figent pas les gens, que certains auteurs passent de l'une à l'autre. Il donne l'exemple de Houellebecq, déconcertant avec ses premiers livres (Extension du domaine de la lutte), devenu concertant avec Plateforme qui parle de tourisme sexuel, terrorisme, etc, thèmes à la mode...
Il y a bien sûr une échelle de valeurs dans la distinction de Viart, et l'esthétique perce sous la typologie. Et maintenant, chers amis auteurs, situez-vous. Dans quelle catégorie pensez-vous être, où aimeriez-vous être reconnus. Dans quelle catégorie êtes-vous vraiment?

Publié par Alain Bagnoud à 15:27:21 dans Journal | Commentaires (2) |

Charlotte parfois, C'est Noël | 21 décembre 2009

Charlotte parfois est en concert digestif ce samedi 
26 décembre dans le cadre du festival « La Teuf S’amuse »
à Genève sur «le bateau Genève ».

Publié par Alain Bagnoud à 08:32:23 dans Chansons | Commentaires (0) |

Des Anges mineurs, par Antoine Volodine | 18 décembre 2009

Une affiche collable de Lutz Bassmann

Elli Kronauer, Manuela Draeger, ou Lutz Bassmann  qui a un site ici et un blog là (entre aures) sont les principaux écrivains du genre qui s'appelle le post-exotisme. Un genre nouveau dont je n'ai lu pour l'instant que Des anges mineurs, d'Antoine Volodine.
Ce dernier nom vous semble peut-être plus familier que les précédents. En fait, tous sont des hétéronymes d'un seul homme né en 1949 ou 1950 à Lyon ou à Chalon-sur-Saone, qui a commencé par publier dans une collection de science-fiction, chez Denoël, avant d'émigrer vers les prestigieuses maisons Minuit, Gallimard et Seuil.
Les mystères autour de cet écrivain font partie d'une stratégie littéraire globale. Volodine veut justement miner la notion d'auteur, et construit pour cela une œuvre très cohérente.
Le post-exotisme est, selon lui, « une littérature étrangère écrite en français », « une littérature de l’ailleurs qui va vers l’ailleurs ».
Des anges mineurs contient 49 petits récits, appelés des narrats, qui peuvent se lire dans l'ordre ou en miroir, le premier correspondant avec le 49, le 2 avec le 48, etc. On comprend peu à peu qu'ils sont racontés par un personnage, Will Scheidmann, mais finalement, celui-ci a peut-être été rêvé par une Maria Clémenti, nous révèle le narrat 43. Bref: pas plus de narrateur que d'auteur.
Des personnages par contre, mais mal définis, dont les noms reviennent au fil des pages, parfois au premier plan, d'autres fois en arrière-plan, dans une mini comédie humaine balzacienne. Les décors sont ceux d'une sorte d'Asie des steppes. Ça se passe dans une époque post-apocalyptique. Ça va vers la disparition, la destruction, l'extinction.
Des gens errent ou campent dans des ruines, l'Histoire est finie, les génocides et les catastrophes ont eu lieu, il n'y a plus d'espoir. La seule ouverture est un humour noir dévastateur.
Une écriture radicale, un univers onirique, sombre, habité par le chamanisme, l'hallucination: dire que ça change de ce qu'on lit habituellement est un euphémisme.

Antoine Volodine, Des anges mineurs, Points Seuil

Publié aussi dans Blogres

Publié par Alain Bagnoud à 10:45:17 dans Lectures | Commentaires (0) |

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