JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)

De ce que je sais que chez Proust, Albertine est une transposition, il y a tout un aller et retour qui se fait pendant ma lecture lorsque le narrateur parle d'elle, et plus particulièrement lorsqu'il évoque sa jalousie, suscitée particulièrement par le fait que cette femme aime les femmes. Un aller et retour constant entre des hypothèses: est-il jaloux du fait que la personne aimée recherche pour ses plaisirs quelqu'un du même sexe qu'elle, ou du fait qu'elle apprécie quelqu'un d'un sexe différent de celui du narrateur, qui peut donc lui fournir des plaisirs, des sensations, des expériences que jamais celui-ci ne pourra donner?
Quand je lis: « Albertine avait ces mœurs », ou « Pourquoi ne m'avait-elle pas dit qu'elle avait ces mœurs? », il y a une oscillation constante dans la définition de « ces mœurs. » Il n'est peut-être pas indifférent de savoir, comme le disait Gabory, que dans l'esprit de Proust, les « mauvaises » mœurs, chez un homme, étaient « des relations avec des femmes » (voir ici).
On me dira qu'il est inutile d'aller chercher dans les ragots, puisque c'est justement le fait qu'Albertine avait des relations avec des femmes qui faisait souffrir le narrateur. Oui mais c'est cet aspect qui la rend mobile, indéfinissable. D'après la formulation et le contexte, il peut s'agir parfois d'une femme qui aime les femmes, parfois d'un homme qui aime les hommes, parfois d'un homme qui aime les femmes.
Tout ceci donne aussi un côté incertain à l'image de l'homosexualité. Si le narrateur semble la condamner, elle revient dans l'œuvre comme une flamme et c'est peut-être elle qui est le juste. Ce qui serait alors condamnable, ce seraient les relations avec l'autre sexe.
C'est bien embrouillé. Je parle de mon article bien sûr. Mais le sujet ne l'est pas moins.
Publié par Alain Bagnoud à 11:32:14 dans Proust | Commentaires (0) | Permaliens
Dits du gisant raconte la chute de Jasper, alpiniste de l'extrême, et sa longue immobilité. Il s'agit d'une sorte de journal intérieur, écrit alternativement à la première et à la troisième personne du singulier.
Deux coquilles enserrent cette noix. Au-dessous, le quotidien de l'hôpital, la douleur, les interventions, les greffes, les rechutes et les améliorations, tout ça dit sans pathos, sobrement. Au-dessus, les souvenirs, les évocations, les visites, les réflexions philosophiques qui permettent au gisant de tenir, le raccrochent à l'existence et lui donnent ainsi la force d'aller mieux.
Le livre, souvent sensible, écrit dans une langue poétique et sobre, fait ainsi l'inventaire de ce qui donne un sens à la vie: les rencontres, l'amitié, la culture, le monde du goût. La longue traversée de la douleur et de la renaissance y est une démarche mentale autant que physique. Le texte, cohérent, offre la découverte d'une écriture travaillée, qui tente de saisir l'indicible d'une expérience des limites et propose un trajet spirituel. Notre ami Jean-Michel Olivier a dit, bien mieux que je le pourrais, tout le bien qu'il fallait en penser. C'est ici.
Il y a pourtant un bémol, ai-je trouvé, non au projet de Jacques Perrin, tout à fait intéressant, mais à sa réalisation. Et cette limite, j'ai commencé à la sentir entre la page 67 et la page 70 de son livre.
En ces quatre pages, septs vins sont cités: Château-Chalon 1947, Château Margaux 1900, Chateau d'Yquem 1869, Roussane Vieilles Vignes 1995 de Beaucastel, Schoenenburg 2002 de Jean-Michel Deiss, « enfin l'Evangile 1985 et1982, en majesté, dans sa gloire épanouie, le seul Pommerol qui synthétise l'opulence du Pétrus et la légendaire finesse du Cheval Blanc... »
Et je m'interroge. En quoi est-ce que ça m'intéresse que Jasper, le narrateur, ait bu de si grands crus? Notez
que j'en suis ravi pour lui, mais s'il ne me les fait pas partager, je ne vois aucun intérêt à ce name dropping. Dans ces mêmes 4 pages, Jasper parle aussi d'un « contre-ténor à Venise chantant Ombra mai fu à minuit, un soir brumeux de janvier » ou des heures passées près de Balthus à la Rossinière, il aligne Glenn Gould, René Char, La Callas, Nicolas de Staël, Buffon, Desnos, Martin Heidegger, un « fumet de truffes en gelée à la façon de l'Amphyclès », une « Marinade d'ananas aux truffes »...
Impressions poétiques, certes, que Jasper a vécues, qu'il se remémore pour lutter contre la douleur. Mais j'avoue que pour le lecteur simplet que je suis, tout ça sonne comme un déballage culturel, qui incite à admirer le monde d'art, de goût et de poésie dans lequel le personnage vit. Celui-ci condescend à l'évoquer en passant, sans insister, avec cette élégance référentielle et élitaire de ceux qui veulent donner envie, mais sans faire partager.
Chaque citation ou allusion culturelle, celles que je fais autant que celles des autres, a bien entendu deux buts, dont un très louable: se faire valoir en montrant l'étendue de son savoir, et donner envie aux autres de goûter à ces trésors culturels qui nous ont beaucoup apporté en plaisir et en sens. Mais ici, la balance m'a parfois semblé un peu déséquilibrée.
Non que je veuille des textes pédagogiques et populistes. Mais l'étalage, quand il se fait un peu insistant, a le don de me hérisser. C'est une sensibilité personnelle. Le texte de Perrin a tendance par instants à se clore sur lui-même et j'ai dû alors me forcer pour le continuer, dans ces moments qui convoquent intimement les grands crus, Nietsche, Rilke ou Rimbaud. Jasper prend en effet celui-ci comme modèle ou double.
Tous deux ont vécu leur saison en enfer, Jasper qui réapprend à marcher se compare à Arthur amputé, la différence étant que Jasper renaît à la fin, et que Rimbaud sans sa jambe meurt.
Jacques Perrin, Dits du Gisant, Editions de L'Aire
Publié par Alain Bagnoud à 18:06:47 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens

« Les trains s’arrêtent longtemps à Zurich, dont la gare est en cul-de-sac. Cette particularité fait que si l’on y arrive d’un côté l’on en repart de l’autre, en admettant bien sûr que Zurich constitue une simple escale dans l’itinéraire adopté. Mais n’est-il pas arrogant de considérer Zurich comme une simple escale ? L’importance de cette ville en Suisse au plan démographique, économique et culturel ne la vouerait-elle pas plutôt, en tout cas aux yeux d’un Zurichois, à constituer la destination par excellence, éventuellement le lieu de départ de tout voyage digne de ce nom ?... »
La suite de ce roman collectif écrit par des suisses allemands et des suisses romands est ici. Une douzaine d'auteurs. On en a trois déjà: Ivan Farron, Peter Stamm et Jérome Meizoz (voir notamment ici et ici).
L'initiative vient de la Literaturhaus de Zurich et de la Fondation Oertli.
Les personnages? La charmante Sidonia Soguel. L'étrange Hubert Hubert. Pour les premiers épisodes:
I. Ivan Farron
II. Peter Stamm
III. Jérôme Meizoz
Publié par Alain Bagnoud à 17:29:12 dans Lectures | Commentaires (6) | Permaliens
A coeur valant rien d'imposable.
Publié par Alain Bagnoud à 12:53:38 dans Proverbes | Commentaires (2) | Permaliens
Ce qu'il y a d'ennuyeux quand on parle des bistrots, c'est l'actualité. A peine le temps de faire le tour de ceux qu'on connaît et il y en a un qui vous fait le coup. Nouveau décor, nouveaux patrons, nouvelle carte. Le chroniqueur est alors mal pris.
Mieux vaut s'occuper de littérature. Prenez un bon vieux Balzac. On est tranquille pour dix ans ou même cent, au cas où quelqu'un aura encore l'envie ou les moyens de le lire à ce moment-là. Et même si on change d'avis sur ses textes, on peut comparer, mettre en vis-à-vis, donner les références. Ça fait débat. Voyez ce que je pensais, voyez ce que je pense. Mais un café...
On me signale régulièrement des renouvellements à faire. Je parlais d'un vieux bistrot de quartier et c'est devenu un restaurant vietnamien. Un bar branché s'est transformé en pince-fesse.
Et L'Equipe n'est plus ce qu'il était. C'est devenu une brasserie jeune et bien achalandée.
Nouveau décor, plus cow-boy et indiens, ambiance cave à bière, du bois au plafond et sur les murs... Géré par un couple accueillant et efficace, patron chaleureux, patronne séduisante.
C'est l'endroit à la mode, dans le quartier, où les étudiants se rencontrent pour boire et pour s'amuser. Pas une de ces salles où ils sortent leurs notes et leurs ordinateurs, discutent de paradigme et de syntagme, ou un de ces lieux fréquentés par des pseudo-artistes. Non, ici c'est franc: on boit de la bière au moins par demi-litres. La musique est rock. C'est la fête.
18 avenue du Mail
Publié par Alain Bagnoud à 13:36:05 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (2) | Permaliens
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