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Gwénaëlle Kempter, Le Maître-Loup, | 30 novembre 2009

Ceux qui connaissent la haute montagne reconnaitront les ambiances: glaciers, rocs, neige, chalets d'altitude, froid glacial. Les spécialistes identifieront également un hospice célèbre dans le monde entier grâce à ses chanoines et à ses chiens Saint-Bernard. Gwénaëlle Kempter, qui, dans sa courte biographie, se déclare « valaisanne de cœur et de sang » utilise en effet les décors des vallées qu'elle apprécie pour son roman, Le Maître-Loup.
Mais c'est un décor à la puissance dix. Son roman se passe dans le futur. La nature s'est détraquée par la faute des hommes, la planète au lieu de se réchauffer se refroidit, une mort noire a envahi les plaines et quelques survivants errent en altitude, pillant les maisons des villages déserts, vagabondant pour échapper aux prédateurs, chassant.
Plus que de science-fiction, Le Maître-Loup est un roman d'aventure. Son héros en est un. Un vrai. Un dur, mâle, viril, en même temps endurci et généreux, meneur d'hommes quoique solitaire, séducteur quoique se suffisant à lui-même. Quelques péripéties lui arrivent dans cette ambiance de fin du monde qui voit les glaciers envahir peu à peu le monde et les hommes disparaître définitivement.
Elles sont en fait assez minces, mais Gwénaëlle Kempter utilise toutes les recettes narratives pour donner du suspense à ce texte bien écrit, contrôlé, mesuré, évocateur.

Gwénaëlle Kempter, Le Maître-Loup, Plaisir de lire, Collection frisson

Publié par Alain Bagnoud à 21:25:30 dans Lectures | Commentaires (2) |

L'écriture vue par michon | 29 novembre 2009

Pierre Michon"La pratique de l'écriture est indicible. Comme le sacré, peut-être. Ce que j'attendais, ce que j'attends toujours en écrivant - je cherche Dieu, je cherche la beauté absolue. C'est des conneries ! Mais c'est vrai. Ce que très peu ont atteint et su avoir atteint. Je pense à Proust par exemple. Il a touché la vérité. Alors « dévotion », « sacralisation », est-ce que ces mots sont aptes à dire ça ? Si je dis plutôt : la littérature, c'est ma vérité sous forme de beauté..."
                                                                     Pierre Michon
                                                                     
Entretien avec Didier Jacob

Publié par Alain Bagnoud à 14:48:13 dans Citations | Commentaires (0) |

Pierre Michon, Les Onze | 27 novembre 2009

David_Jeu_de_Paume.jpg

Pierre Michon est le plus grand écrivain français vivant.
A ma connaissance. Car il y en a bien sûr qu'on n'a pas lus, et ils sont nombreux. D'autres qui ne sont peut-être pas publiés, pas encore, qui surgiront plus tard..
Puis il y a tous ces auteurs que je connais et qui vont se vexer. Michon le plus grand? Et moi? Décidément, je prends bien des risques. Il s'agit de corriger le tir:
Pierre Michon est l'un des plus grands écrivains français vivants. Comme ça, je suis tranquille.
Bon, Les Onze, donc, Grand Prix du Roman de l'Académie française. Il n'est que temps, quand on pense qu'Amélie Nothomb l'a eu.
Les Onze parle d'un tableau parfaitement fictif, qui représenterait les onze membres du Grand Comité du Salut public, et qui aurait été exécuté par un peintre lui aussi parfaitement fictif, Corentin. Ce tableau deviendrait, serait devenu le plus célèbre du monde, et les visiteurs du Louvre passent sans la voir (dans le livre) devant la Joconde pour atteindre la salle où il trône. Ça s'explique: la peinture d'histoire est en effet plus haute dans la hiérarchie des arts que le portrait.
Aucune référence ne manque à Michon pour inscrire le tableau inventé dans l'histoire des arts et l'Histoire tout court. Des portraits de Corentin dans des tableaux de Tiepolo et de David (un page, un spectateur témoin du Serment du jeu de paume). Douze pages de Michelet dans le chapitre III du seizième livre de L'Histoire de la Révolution française (qui n'existent évidemment pas. Si vous voulez vérifier...)
Et ça fonctionne. On se laisse prendre au jeu avec délices. Finalement, on voit le tableau comme s'il avait existé, après avoir été renseigné sur la généalogie de Corentin, et avoir assisté à la commande de l'œuvre en nivôse, vers le 5 janvier 1794, dans l'église Saint-Nicolas-des-Champs qui abrite la section des Gravilliers.
Porté par une érudition sans faille, Michon, interroge l'art et l'Histoire, dans ce moment charnière où le monde bascule. On connaît son envie de viser au sublime. Le sublime, c'est le tableau
Les Onze. Ça pourrait être le livre Les Onze.
Tout s'y emboîte admirablement, dans une langue superbe. Tout est parfait en tout cas pour tout ce qui concerne la culture et les références.
Car en ce qui concerne le vraisemblable, il y a, m'a-t-il semblé, quelque chose d'un peu artificiel dans la construction du personnage de Corentin. La première partie du livre, donc. Grand-père ingénieur sous Colbert, père écrivain des Lumières, lui-même incarnant le passage entre les deux ères, entre la tradition rococo typique du XVIIIème qu'il a apprise chez Tiepolo et le néo-classicisme de David qu'il adopte à la fin de sa vie, entre la royauté et la révolution... C'est presque un peu trop, comment dire... typé.

Pierre Michon, Les Onze, Verdier
Publié aussi dans Blogres

Publié par Alain Bagnoud à 09:40:16 dans Lectures | Commentaires (2) |

Daniel Abimi, Le Dernier Echangeur, | 26 novembre 2009

Daniel AbimiUn vrai polar. Toutes les règles du genre sont respectées.
Le héros est un journaliste à la dérive, alcoolique, qui traîne de café en pince-fesses et en bordels. Il vit avec sa mère, bientôt mourante. Les cadavres jonchent la ville sans que la police n'arrive à stopper l'assassin et à faire le lien entre les crimes. On pénètre dans toutes sortes de milieux, selon la coutume du roman policier qui est devenu un révélateur social.
L'originalité du Dernier Echangeur est que l'intrigue s'y passe à Lausanne. L'auteur, Daniel Abimi, né de père albanais et de mère suisse-alémanique, connaît la ville sur le bout des doigts et nous entraîne dans ses quartiers les plus divers. Né de père albanais: ce n'est pas un détail. Grâce à ça on pénètre notamment dans une boîte ethnique: patron Kosovar, orchestre albanais...
Ce n'est pas le seul lieu insolite. Abimi montre que dans une ville comme Lausanne, de nombreux milieux cohabitent, s'ignorent généralement, interfèrent parfois dans des circonstances exceptionnelles.
A côté des communautés étrangères, il y a la petite pègre, les gros bonnets, la bourgeoisie immuable dans son fonctionnement, sinon que, dans le roman de Abimi, cette bourgeoisie partouze beaucoup. Ce n'est d'ailleurs pas un des moindres charmes du livre que de voir ces notables, après une journée de ski et une raclette, s'adonner à l'amour collectif dans un chalet de Villars ou dans une boîte échangiste située dans la zone industrielle, juste après Villeneuve...

Daniel Abimi, Le Dernier Echangeur, Bernard Campiche éditeur

Publié par Alain Bagnoud à 13:45:40 dans Lectures | Commentaires (2) |

William Sheller, Un homme heureux | 25 novembre 2009

Publié par Alain Bagnoud à 08:53:55 dans Chansons | Commentaires (0) |

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