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Milan Kundera, La Lenteur | 22 octobre 2009


Plus l'homme veut (s')oublier, plus il va vite.
Voici la théorie de Kundera. Pour l'illustrer, il enchâsse trois niveaux.
a) Lui et sa femme vont passer un week-end dans un château transformé en auberge.
b) Point de lendemain. La nouvelle désormais quasiment symbole du XVIIIème, écrite par Vivan Denon, et rappelée dans La Lenteur, commentée, thématisée, interrogée.
c) Un congrès d'entomologistes qui comprend un intellectuel célèbre par ses apparitions médiatiques, un jeune homme désireux de plaire à son mentor absent, désabusé et brillant, une dactylo délurée, un savant tchèque qui revient à la recherche après vingt ans d'interdiction communiste où il a travaillé dans le bâtiment...
Ces trois plans se rejoignent à la fin du roman. Kundera et sa femme, au matin, voient s'éloigner le jeune entomologiste qu'il connaissent et également le personnage principal de Point de lendemain, après qu'ils se soient croisés près du château. Celui dans lequel ils ont passé la nuit. Celui où s'est déroulé le congrès. Celui qui a servi de décor à la nouvelle de Vivan Denon.
On a déjà compris que tout était issu de l'imagination de Kundera (pas l'écrivain, le personnage du livre), qui a d'ailleurs contaminé grâce à elle les rêves de sa femme.
Donc, la lenteur. Elle était pratiquée au XVIIIème siècle. La nuit d'amour du chevalier en témoigne, déroulée, calculée, mise en scène, étalée, prenant une place importante. A l'opposé, la gesticulation moderne grinçante de personnages persuadés de leur rôle ne débouche que sur un simulacre de coït grotesque.
Tout le monde d'ailleurs joue un rôle dans le livre, les nobles du XVIIIème aussi. Mais eux, c'est en privé, chacun pour l'autre, dans une mise en scène codifiée qui permet le passage à l'acte, la volupté, l'épicurisme, la mise en abîme jouissive. Ceux du XXème, c'est pour tout le monde, sous le regard de tous, dans une gesticulation de mauvaise foi, chacun persuadé de sa propre importance.
Devinez ce que préfère Kundera et là où il pense qu'on peut trouver, sinon le bonheur, du moins le plaisir qui permet d'oublier la souffrance?

Milan Kundera, La Lenteur, Folio

Publié par Alain Bagnoud à 10:30:26 dans Lectures | Commentaires (6) |

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