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Georges Brassens, Saturne | 17 septembre 2009

                Avec Jean-Pierre Chabrol  en auditeur privilégié

Publié par Alain Bagnoud à 13:00:10 dans Chansons | Commentaires (0) |

Antonin Moeri, Paradise Now | 16 septembre 2009

Antonin Moeri par Philippe PacheLa réédition en poche de Paradise Now, paru originellement en 2000, remet en lumière ce recueil, un des meilleurs livres d'Antonin Moeri. Quand il a paru, la presse unanime, citée à la fin du recueil, a célébré son art du bref.
Les textes d'Antonin Moeri font entre 3 et 5 pages. Ces courtes histoires « restent en suspens », écrit Isabelle Martin dans le Temps, « à peine ébauchées, comme si l'attente et l'incertitude constituaient leur climat d'élection ».
Les 31 notes parfaitement écrites (on n'ose les appeler nouvelles tant elles se dégagent de ce genre codifié) parlent de gens déstabilisés. Un grutier ne veut plus descendre de son engin. Un top model chouchouté voit son couple se déliter. L'écureuil que voit un promeneur lui rappelle son père mourant... Courts fragments de vie discontinus.
Et chaque histoire, si on l'examine, peut encore être décomposée. Prenons au hasard Epiphanie. « Un jour d'hiver, Louis Bron, réparateur de photocopieuses, vint au village où sa femme et leur fils passaient des vacances. » Cette première phrase contient en germe plusieurs micro-histoires, qui seront exposées en quatre pages et demie.
La première parle des stratégies que Bron a développées pour obtenir un jour de congé dans son entreprise de photocopieuses. Puis le thème est clos. De photocopieuses et de travail, il ne sera plus question. On passe à une description percutante du village.
Troisième partie: Bron part faire du ski de fond et salue femme et enfants. Toute une opacité familiale est brusquement saisie dans ces quelques lignes: le malaise et la culpabilité de l'épouse qui voit que le lieu choisi déplaît à Bron; la dépendance infantile de celui-ci à sa femme.
Enfin il part, il est libre. La dernière scène arrive: Louis assis sur un banc, devant une ferme, voit une magnifique femme blonde, miraculeuse apparition. « Préférant garder le souvenir d'une minute heureuse, Louis se leva discrètement, se détourna pudiquement, chaussa ses skis et poursuivit sa balade inoubliable dans une région romantique où la tremblante réverbération sur la neige durcie faisait courir les étoiles dans un tourbillon de douceur. »
Tout l'art de Moeri est là: observation de faits, non-ingérence dans le monde, suite d'instantanés, langue travaillée. Le monde qu'il décrit est discontinu. La société contemporaine ne peut être comprise globalement, semble dire Paradise Now. Mais cet univers fragmenté et incompréhensible est source de délices: les images, les vues, les mots.

Antonin Moeri, Paradise Now, CamPoche

Publié par Alain Bagnoud à 10:21:13 dans Lectures | Commentaires (0) |

Orthographe: le niveau baisse | 15 septembre 2009

« A part mon petit Larousse de Poche sur papier bible sans lequel je ne saurais écrire une ligne sans faire au moins dix fautes d'orthographe, je n'avais emporté aucun livre. »

Cemdrars, L'homme foudroyé, Folio

 

Publié par Alain Bagnoud à 14:46:00 dans Citations | Commentaires (0) |

Manette Salomon, d'Edmond de Goncourt (la pièce) | 14 septembre 2009

DR  Une Loge au théâtre des Italiens (1874), une peinture d'Eva Gonzales.

Je suis au coeur de tout un suspense ces temps-ci, en lisant le Journal d'Edmond de Goncourt (pour ceux qui aiment les feuilletons, voir ici, ici, ici et ici). Sa pièce Manette Salomon va être jouée au théâtre. Il rêve d'un grand succès à 74 ans, après tous ses fours sur scène, et compte énormément sur Manette. Trois éléments sont en sa faveur, explique-t-il: il devrait y avoir du nu (qui sera finalement supprimé), on montre un singe sur scène, et le texte est bruyamment antisémite, notamment à la fin, dans un souper où les convives échangent les propos les plus violents.
Mais à la première, Goncourt est consterné: les loges autour de lui sont pleines de juifs. Courageusement, il fuit dans les coulisses. Pourtant, à la fin de la représentation, il entend des applaudissements frénétiques partout.
Deux jours plus tard, dans le salon de la princesse Mathilde, il a un mouvement de recul: il voit des juifs dans tous les coins. On lui fait pourtant le plus gracieux accueil, notamment Madame Straus, l'amie de Proust. Mais il est vrai, remarque Goncourt, qu'elle est une femme d'esprit. Cependant, il se pourrait bien que ce soit de la perfidie de leur part.En effet les articles critiques dans les journaux se partagent en deux. Il y en a que Goncourt trouve pleins de charme, de pénétration et de spiritualité: ceux qui vantent la pièce. Ils sont rares. Les autres, ça n'étonnerait pas Goncourt qu'ils soient payés par des banquiers juifs, explique-t-il. Ou alors les folliculaires sont manipulés par leurs maîtresses parce qu'elles n'ont pas aimé ce qu'Edmond a dit d'elles dans le Journal. D'ailleurs, on le sait bien, toutes ces amies de journalistes sont à peu près juives ou furieuses de n'avoir pu jouer dans la pièce, quand ce n'est pas les deux.
Comble de tout, le public lui non plus ne suit pas. Résultat: la salle se vide, la pièce tombe.
Comme quoi, me dis-je, il y a parfois une morale dans l'univers.

Publié par Alain Bagnoud à 09:01:00 dans Lectures | Commentaires (0) |

Marinette Matthey, Au plaisir de dire | 11 septembre 2009

Marinette%20MattheyParSabine%20Papilloud_3.jpgLe livre de Marinette Matthey devait susciter la polémique. Evidemment. On en a un exemple ici: lisez les commentaires qui suivent l'article d'Antonin Moeri sur Au plaisir de dire.
Une socio-linguiste qui tente d'expliquer par sa biographie comment on en vient à adopter un point de vue distancié sur les langues prête le flanc aux attaques. Surtout si en plus, elle défend la simplification de l'orthographe.
Il y a bien d'autres choses dans les chroniques rassemblées par Marinette Matthey, précédemment parues dans des journaux. Elles sont passionnantes, vives, parfois provocatrices, taillées pour le grand public. Je cite les thèmes principaux du livre. Nouvelles technologies et écriture. Les femmes dans la langue. Les mots du politique. Langues des uns, langues des autres. L'école. Histoire de mots.
De quoi alimenter bien d'autres débats. Sur la langue et les femmes, par exemple. Ou la langue et le politique. L'auteure (elle tient à ce e caudal pour des raisons que son livre explique) par exemple montre que le lexique dépend des idéologies. Que la langue est donc au service des groupes dominants. C'est convaincant.
Il y aurait des choses à dire là-dessus, mais évidemment, la polémique se focalise surtout sur l'orthographe, considérée comme un tableau de maître par des gens crispés qui n'ont manifestement aucune notion de l'histoire de la langue. Personnellement, je ne vois pas en quoi le fait d'écrire maitre au lieu de maître appauvrit plus la langue que le fait d'écrire connaissait au lieu de connaissoit. C'est évidemment l'usage qui doit primer.
Mais là où je me démarque du livre, c'est quand je vois que Marinette Matthey, en tant que linguiste, ne considère la langue qu'en fonction de la communication. Deux ou plusieurs interlocuteurs échangent des phrases et se comprennent. Pas d'équivoque entre eux. Tout est ouvert. Voilà l'idéal.
La littérature, chose qui m'intéresse surtout, ce n'est pas cela. Les chefs-d'œuvre disent plus que ce qu'on peut comprendre. Il y a toujours en eux un substrat d'ombre, d'obscurité. Nous les relisons encore et encore, nous découvrons de nouvelles choses. Je ne suis pas en situation de communication égalitaire avec Proust ou Céline. Les grands auteurs repoussent la frontière de l'indicible. Je ne les comprends pas, pas totalement, mais ce que je comprends, c'est que leur langue est plus grande que la mienne et dit plus que la mienne...

Marinette Matthey, Au plaisir de dire, L'Aire

Publié par Alain Bagnoud à 08:57:32 dans Lectures | Commentaires (5) |

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