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J.M. Coetzee, Elisabeth Costello | 31 août 2009

J.M.coetzee

J’avais déjà rencontré Elisabeth Costello dans un roman ultérieur de Coetze où elle apparaissait en tant que personnage secondaire : L'homme ralenti. Ici, elle est l’héroïne principale du roman éponyme. Un personnage qui produit sur son fils le même effet qu’on peut généraliser : « Elle l’ébranle ; c’est probablement l’effet qu’elle produit sur d’autres lectCoetzeeurs également. C’est probablement la raison pour laquelle, en ce monde, elle existe. »
Ebranlé, on l’est en effet à accompagner cette romancière vieillissante connue pour avoir publié des années plus tôt un livre sur Molly Bloom, l’héroïne de Joyce. On la suit à l’occasion de huit discours qu’elle prononce dans des colloques, des conférences, ou à propos de prix qu’elle reçoit.
Jusqu’à la scène finale, une fable où Costello, pour franchir une porte vers l’au-delà, doit expliquer ses croyances, et affirme que l’écrivain n’en a pas, ne doit pas en avoir, qu’elles sont gênantes pour lui. Qu’il doit être un secrétaire de l’invisible, à l’écoute des voix qui lui parviennent. Toutes les voix, autant celles des victimes de des bourreaux. (Et au-dessus d'elles: la voix détachée, cruelle, impitoyable et sensible à la fois de Coetze.)
Chaque discours est l’occasion de nous faire part d’opinions tranchées. Elisabeth Costello compare les abattoirs d’animaux aux camps de la mort d’Auschwitz. Questionne l’oralité du roman en Afrique et son statut. Se pose des questions sur le réalisme, le pouvoir de l’écriture, la mort.
Tout ça fait un livre étrange, ironique, fort, dérangeant, qui s’interroge sur les pouvoirs de l’écriture littéraire.

J.M. Coetzee, Elisabeth Costello, Seuil

Publié par Alain Bagnoud à 09:34:25 dans Lectures | Commentaires (5) |

Décidément | 28 août 2009

wwwDécidément, je suis ravi de retrouver ce blog. Un peu de recul fait du bien, évidemment, et on peut se passer des meilleures choses de la vie.
Il est possible de fonctionner sans amour, sans amis, sans chansons, sans vin, sans soleil, et en mangeant uniquement des légumes verts. Il paraît même que notre santé serait meilleure. Santé physique en tout cas. Je parle des légumes verts. Bon.
On peut vivre sans blog aussi. C'est ce que j'ai fait pendant cet été. J'avais besoin d'un peu de repos, il y a tout de même deux ans que le mien me prend un peu de temps chaque jour. Pourtant il ne s'agit pas d'une corvée. J'aurais abandonné déjà.
Mais franchement, quand on est (comme je m'obstine à le faire) plusieurs heures par jour à bêcher des textes qui font des deux cents, trois cents pages, c'est un plaisir de s'interrompre un moment et de noter une ou deux impressions en quelques lignes. C'est une motivation de se demander en fermant un livre ce qu'on en a pensé, de formuler ses jugements subjectifs et de les oser quelque part. C'est une satisfaction d'avoir de temps à autre un commentaire.
D'ailleurs, mes excuses à ceux qui en ont fait cet été. Je n'y ai pas répondu. Ah, ces vacances! Ça va changer. Ferme résolution. Nous allons recauser désormais!
Bref, je me sens tout frétillant. On va voir ce qu'on va voir! Préparez-vous. Dès demain ce sera du lourd: peut-être Céline. Pas celle de Hugues Aufray, non. Celui du Voyage...

Publié par Alain Bagnoud à 09:07:02 dans Journal | Commentaires (2) |

Sexe et passé | 27 août 2009

Nu dormant, par Zinaida Serebryakova, 1921
Description de la nudité d'Albertine, par Marcel Proust: «  Ses deux petits seins haut remontés étaient si ronds qu'ils avaient moins l'air de faire partie intégrante de son corps que d'y avoir mûri comme deux fruits; et son ventre (dissimulant la place qui chez l'homme s'enlaidit comme du crampon resté fiché dans une statue descellée) se refermait, à la jonction des cuisses, par deux valves d'une courbe aussi assoupie, aussi reposante, aussi claustrale que celle de l'horizon quand le soleil a disparu. » (La Prisonnière)
Frappante évocation du sexe. Extérieur chez l'homme, étranger à son corps, connotant une blessure ou une violence subie (il est fiché dans la chair comme du fer dans une statue). Et ce mot de crampon, qui évoque une pièce de métal dotée d'une ou plusieurs pointes, mais aussi l'importun, quelque chose d'ennuyeux dont on ne peut pas se débarrasser, qui s'accroche, obsède.
Au contraire des deux valves féminines: le calme, le repos, l'assoupissement. Au-delà de l'évocation évidente du mot vulve, elles rappellent aussi autre chose: des coquillages et par analogie ces biscuits moulés justement comme des coquillages, les madeleines. Associations d'idées qui mènent de la femme à la mémoire en passant par la pécheresse Sainte Madeleine.
Le sexe de l'homme aussi renvoie au passé. La statue. Mais c'est une image dure qui nous en est donné. Statue descellée, mutilée, percée. Passé fragmenté, obsédant, blessé.
Je ne peux m'empêcher en évoquant ces deux passés de penser aux deux mémoires, involontaire et volontaire.
« Pour moi, la mémoire volontaire, qui est surtout une mémoire de l'intelligence et des yeux, ne nous donne du passé que des faces sans vérité ; mais qu'une odeur, une saveur retrouvées, dans des circonstances toutes différentes, réveille en nous, malgré nous, le passé, nous sentons combien ce passé était différent de ce que nous croyions nous rappeler, et que notre mémoire volontaire peignait, comme les mauvais peintres, avec des couleurs sans vérité. »
(Entretien avec Marcel Proust paru dans le Temps, 1913)

Publié par Alain Bagnoud à 11:55:31 dans Proust | Commentaires (0) |

Amours, etc | 26 août 2009

Amours, délices et orgues sont masculines au singulier.

                                                   Cendrars, L'homme foudroyé

Publié par Alain Bagnoud à 09:11:23 dans Citations | Commentaires (0) |

Philippe Djian, Zone érogène | 25 août 2009

Philippe DjianQuand on lit Djian, on se dit qu'être écrivain est le plus beau métier du monde. Qu'est-ce qu'être écrivain en effet? L'écrivain vit au bord de la mer, dans une station démodée. Il picole, il écoute de la musique, il va dans des bars et des soirées. Quoi qu'il fasse, il s'imagine être devant un public et joue son rôle.
Quand ça le prend, il écrit. Sinon, il se retrouve avec des filles magnifiques qui n'ont qu'une envie: se déshabiller pour prendre des douches et des bains devant son nez. Puis il les enfile.
Oui, c'est un terme du vocabulaire Djian. On en trouve de nombreux synonymes dans Zone érogène. Parce que ça baise beaucoup, un écrivain. Des mineures, des femmes de cinquante-sept ans, des critiques littéraires, la femme qu'on aime...
Celle-là, bien sûr, vous fait des misères. C'est parce qu'elle est en concurrence avec l'écriture, et qu'elle le supporte mal. Elle voudrait qu'on s'occupe d'elle, elle déplore de n'être qu'une machine à baiser.
L'écrivain, lui, veut écrire, et qu'on lui fiche la paix. Il n'a pas grand chose à raconter, mais ça ne le préoccupe pas. L'important, c'est son style.
Eh bien justement, quel est-il, ce style dont Djian est si fier? Un style oral, on le sait. Pas de ne dans les phrases négatives, un vocabulaire de la rue, la recherche d'un rythme. Un peu, toutes proportions gardées, ce que Céline avait fait à son époque. Quoique les références de Djian soient plutôt du côté de la littérature américaine des Fante ou Bukowski. Comme eux, il se met en scène (par exemple, son personnage s'appelle Philippe Djian).
Ça se lit plutôt bien d'ailleurs, même s'il n'y a pas d'intrigue à proprement parler. L'histoire est un simple prétexte. Ça ne gêne presque pas. On termine quand même le livre. A cause de l'ambiance moite, blues et dérivante, que Djian excelle à créer. Parce que, surtout, c'est un vrai travail d'écriture.
Et aussi parce qu'on rêve d'être l'écrivain dont il parle. Celui, vous savez bien, qui regarde ces filles magnifiques sous la douche et qui, après...

Philippe Djian, Zone érogène, J'ai lu

Publié par Alain Bagnoud à 13:35:52 dans Lectures | Commentaires (0) |

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