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Sexe et passé | 27 août 2009

Nu dormant, par Zinaida Serebryakova, 1921
Description de la nudité d'Albertine, par Marcel Proust: «  Ses deux petits seins haut remontés étaient si ronds qu'ils avaient moins l'air de faire partie intégrante de son corps que d'y avoir mûri comme deux fruits; et son ventre (dissimulant la place qui chez l'homme s'enlaidit comme du crampon resté fiché dans une statue descellée) se refermait, à la jonction des cuisses, par deux valves d'une courbe aussi assoupie, aussi reposante, aussi claustrale que celle de l'horizon quand le soleil a disparu. » (La Prisonnière)
Frappante évocation du sexe. Extérieur chez l'homme, étranger à son corps, connotant une blessure ou une violence subie (il est fiché dans la chair comme du fer dans une statue). Et ce mot de crampon, qui évoque une pièce de métal dotée d'une ou plusieurs pointes, mais aussi l'importun, quelque chose d'ennuyeux dont on ne peut pas se débarrasser, qui s'accroche, obsède.
Au contraire des deux valves féminines: le calme, le repos, l'assoupissement. Au-delà de l'évocation évidente du mot vulve, elles rappellent aussi autre chose: des coquillages et par analogie ces biscuits moulés justement comme des coquillages, les madeleines. Associations d'idées qui mènent de la femme à la mémoire en passant par la pécheresse Sainte Madeleine.
Le sexe de l'homme aussi renvoie au passé. La statue. Mais c'est une image dure qui nous en est donné. Statue descellée, mutilée, percée. Passé fragmenté, obsédant, blessé.
Je ne peux m'empêcher en évoquant ces deux passés de penser aux deux mémoires, involontaire et volontaire.
« Pour moi, la mémoire volontaire, qui est surtout une mémoire de l'intelligence et des yeux, ne nous donne du passé que des faces sans vérité ; mais qu'une odeur, une saveur retrouvées, dans des circonstances toutes différentes, réveille en nous, malgré nous, le passé, nous sentons combien ce passé était différent de ce que nous croyions nous rappeler, et que notre mémoire volontaire peignait, comme les mauvais peintres, avec des couleurs sans vérité. »
(Entretien avec Marcel Proust paru dans le Temps, 1913)

Publié par Alain Bagnoud à 11:55:31 dans Proust | Commentaires (0) |

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