
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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Avec Je t'écris pour voir, Pascal Rebetez poursuit l'œuvre entreprise par Un voyage central (L'Hèbe 2006).
Le principe de ces deux recueils est simple: l'auteur écrit des lettres à ses proches depuis les pays lointains où il séjourne. La forme ainsi trouvée permet d'unir notes de voyage, autobiographie, souvenirs personnels, considérations générales, réflexions, choses vues.
Rédigées en des lieux divers, ou les évoquant (Hanoi, Locarno, Cadaquès, New York, Volvograd...) ces missives sont adressées à l'ex, au petit-fils, à la fille danseuse, à la mère, au père, à un voleur. On y apprend quelques anecdotes croustillantes.
Un exemple, pour vous donner envie: saviez-vous que notre auteur a volé un Warhol dans une galerie de New York, qu'il l'a fait sortir clandestinement des Etats-Unis, avant de se le faire piquer 30 ans plus tard par un monte-en-l'air historien de l'art?
Quelques autres souvenirs sont entrelacés dans ces textes, et un peu de nostalgie. Celle d'un espoir passé où l'on pouvait croire encore à la fusion des êtres et à l'harmonie du monde.
Elle donne sa nécessité au recueil, qu'on lit comme la description d'un être seul, seul parmi les autres, seul malgré les autres. Rebetez démontre la difficulté de la relation en exposant un processus de communication qui vise à créer un lien, mais qui ne parvient pas tout à fait à ouvrir entièrement l'individu à ses semblables.
Mais ce n'est pas un livre amer. On y trouve aussi une célébration de l'amitié, des liens choisis, une tendresse pour les autres, un amour de la vie, un plaisir jouissif de la découverte, du vagabondage, de l'aventure, et pas mal d'exotisme qui confronte l'ailleurs et l'ici et leur donne du relief.
Pascal Rebetez, Je t'écris pour voir, L'Hèbe
Publié par Alain Bagnoud à 10:36:36 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
"Faire aisément ce que d'autres trouvent difficile à réaliser, c'est le talent, faire ce qui est impossible au talent, c'est le génie."
Henri Frédéric Amiel
Journal, décembre 1865
Publié par Alain Bagnoud à 10:23:41 dans Citations | Commentaires (0) | Permaliens

Jusqu'à la mort se compose en fait de deux longues nouvelles. La première se passe en 1095. La femme de Guillaume de Touron est morte, et c'est pour cette raison, entre autres, qu'il décide de partir en croisade.
Il réunit donc une petite trouve qui se met en route. Elle n'atteindra jamais Jérusalem. L'hiver l'arrête dans un couvent abandonné à cause de la peste. Là, les croisés meurent de froid, de faim, de folie, se perdent dans la neige en fuyant...
Mais entre temps, ils ont tué des Juifs. Tous ceux qu'ils rencontraient: marchand isolé, villageois qu'on torture et dont on brûle les villages et les livres sacrés...
Pourtant ça ne sert à rien. Si tout va mal, si l'expédition se délite, c'est, savent-ils, qu'il y a un Juif caché parmi eux. Les croisés s'épient pour le démasquer. En vain. Le Juif, en fait, est en eux.
C'est ce que découvre enfin Guillaume de Touron. Pour tuer ce Juif qui le persécute, qui le perd, il finit par se traverser le corps de sa lance.
Tout autre chose dans la deuxième nouvelle, Un amour tardif, qui se passe à la fin des années 1960. Le texte est sous la forme d'une lettre. On ne devine son destinataire que tout à la fin. Il faut dire qu'il a changé en cours de rédaction.
Son auteur est un ancien commissaire adjoint en URSS au début des années 20. Chraga Unger est devenu conférencier en Israël. Il va d'un kibboutz à l'autre pour dénoncer le double antisémitisme russe, populaire et officiel. Malade de peur, de solitude et de paranoïa, il attend l'arrivée des soviétiques qui vont envahir Israël par la mer...
Ces deux longues nouvelles sont liées, malgré leurs sujets différents. Elles se répondent. Ecrites dans une langue dépouillée et forte, elles traitent toutes deux de la mort, de la haine, du racisme, de la peur de l'autre, du fanatisme et de la solitude. On n'en sort pas indemne.
Amos Oz, Jusqu'à la mort, Point seuil
Publié par Alain Bagnoud à 11:30:36 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Conférence. La dame, une psychanalyste au pull rose, parle de la résilience. La résilience réside à l’intérieur de chacun de nous. Ma voisine est charmante. Des cheveux bouclés, une silhouette parfaite, un visage fin. Des chaises sont empilées contre le mur, une horloge de gare contre la paroi, des tuyaux parallèles au plafond, argentés pour faire joli. L
a psychanalyste déclare qu’elle n’aime pas s’entendre parler. Une déclaration qui me semble logique.
Je regarde les chaussures sous les tables, baskets, escarpins, sandales, souliers plats et vernis. Incongrue, une paire de bottines lacées haut, à plate-formes, avec des talons très pointus, le genre qu’on met avec des combinaisons en latex, aux pieds d’une dame plutôt épaisse, vêtue sobrement, au bon visage rond avec une frange droite, et qui sourit tout le temps.
Puis une femme vient nous raconter qu’on l’a poussée à devenir horlogère et que finalement, par la force des circonstances, elle s'est retrouvée prof de géo.
Publié par Alain Bagnoud à 09:42:32 dans Transports | Commentaires (4) | Permaliens
Paru en 1971, La Saison des Mirages est le deuxième tome de La Lettre à l'Imaginaire, suite littéraire de longue haleine qui occupe Germain Clavien depuis une quarantaine d'années, désormais. Ce travail, de type autobiographique, mêle le roman, la chronique, le journal, le récit, le souvenir, dans une suite qui a l'ambition finale de dire l'essentiel de la vie de l'auteur.La Saison des Mirages est précisément daté: d'avril à décembre 1963. Notre écrivain, ou plutôt son double, Bertrand Ardou, s'installe à Paris, cherche un éditeur et essaie de dénouer sa vie sentimentale.
C'est peut-être ce dernier aspect qui est le plus important du livre: l'amour dans ses diverses formes. Bertrand Ardou s'y pose la question de la compagne qui lui conviendrait, et erre entre différentes liaisons, platonique, sexuelle, fraternelle... On parle beaucoup pour démêler les choses, Ardou ayant posé comme principe qu'il faut être franc, dire ce qu'on ressent, expliquer ses désirs et analyser son cœur.
Derrière ce livre, il y a toute une recréation des années 60 et des questions qu'on s'y posait sur les relations entre hommes et femmes. Depuis lors, le débat a tellement changé que les points de vue de cette époque nous semblent désormais exotiques. La liberté de ton et la franchise qui y régnaient, cette souplesse et cette sensualité nous montrent par contraste que les relations se sont désormais figées en quelques modèles simplistes.
Vous savez lesquels. Il suffit de lire les magazines féminins.
Germain Clavien, La Saison des Mirages, Editions L'Age d'Homme
Publié par Alain Bagnoud à 10:56:06 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
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