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Alain Bagnoud
Ecrivain. Né
en Valais.
Vit à Genève.
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Eddie Cochran, C'mon everybody | 31 mai 2009

Publié par Alain Bagnoud à 10:17:45 dans Chansons | Commentaires (1) |

Violence | 29 mai 2009

Arthémise Gentileschi - Judith et HolopherneDonc, Sarkozy va fouiller les cartables. Ah, ça va y aller! Vous allez voir ça! Ceux qui auront des trucs dangereux, des compas et des ciseaux et des crayons trop bien taillés, tout de suite en garde à vue!
Et ce n'est pas la seule mesure du président qui sort toujours la même panoplie quand il veut gagner une élection (cette fois, c'est les européennes): il va te me les nettoyer, les banlieues! Il en a 25 sous les yeux, et ça va chauffer.
« Aucune rue, aucune cave, aucune cage d'escalier ne doit être abandonnée aux petits voyous cupides. Nous ne les laisserons pas persécuter les travailleurs honnêtes et courageux.»
Le Kärcher n'est plus de mise, ça n'a pas marché. Ce qui va se passer, c'est que des agents du fisc vont repérer les signes de richesse anormaux qui vont les mener directement aux trafiquants. Si tu as une Rolex en banlieue, tu es foutu.
Bon, c'est de la gesticulation, d'accord. Mais il y a quand même une question intéressante derrière tout ça: la violence des jeunes. Il est indéniable qu'elle a augmenté. C'est ce que dit en tout cas le prudent Département fédéral de justice et police suisse: « Les statistiques ne permettent pas aujourd’hui de tirer des conclusions exactes quant à l’ampleur de ce phénomène, car elles ne révèlent pas le "chiffre noir" de la criminalité juvénile. Mais elles laissent néanmoins apparaître que la propension des jeunes à la violence s’est effectivement amplifiée. »
La faute évidemment à un quart de siècle de libéralisme, dont le message est clair: dans une société régie par ses règles, seuls les plus forts peuvent réussir, et c'est en écrasant les faibles.
Que voulez-vous? Quand tout, et jusqu'à l'hyperprésident cité plus haut vous le proclame et vous le répète sans cesse, vous finissez par agir en conséquence.
Il est temps, donc, de rappeler une vérité essentielle, qu'avait développée dans un livre Philippe Cotter,
docteur en relations internationales. Ce qui suscite la violence est une chose simple et bien définie: le sentiment d'être humilié.
Et je ne suis pas sûr que Sarkozy et tous les va-t-en-guerre sécuritaires soient en train d'en diminuer les causes.

Philippe Cotter, Gilbert Holleufer, La vengeance des humiliés, Editions Eclectica

(Publié aussi dans Blogres.)

Publié par Alain Bagnoud à 10:41:28 dans Polémique | Commentaires (5) |

Héros | 28 mai 2009

Je le connais depuis longtemps. Gouailleur, ironique, hâbleur. Il s'est fait teindre une ligne blanche dans ses cheveux, qui court comme une crête jusqu'à l'arrière du crâne.
Sa copine est toute petite, toute ronde, un bandeau bleu sur le front, une queue de cheval derrière. Veste bleue à col rose, un sac en bandouillère serré très fort contre elle. Un peu le profil de Jean-Jacques Goldman.
Il y a de longues robes de soirée rouges dans les vitrines du magasin de modes, un chariot Clarinsde supermarché abandonné sur un trottoir. Une réclame dans une vitrine: Il est des lieux de rêve qui existent vraiment.
Ce n'est probablement pas ce que pense le petit révolté qui cogne contre les trams quand ils passent. Il attend la fermeture des portes, puis il se précipite depuis l'arrière du kiosque, frappe très fort contre une vitre. Un tram. Un autre tram. Mais il n'a pas l'air de s'amuser.
Nous regardons sans intervenir. Il vaut mieux avoir de l'estime de soi que le sens du devoir pour devenir un héros, dit-il, et je ne sais pas s'il parle de nous ou du révolté. Mais de toute façon, qui rêve encore de devenir un héros?

Publié par Alain Bagnoud à 10:46:04 dans Transports | Commentaires (0) |

Proverbe | 27 mai 2009

Impossible is not french.

Publié par Alain Bagnoud à 09:16:42 dans Proverbes | Commentaires (2) |

Tolstoï, Maître et Serviteur | 26 mai 2009

Peinture de Alexei Kondratievitch Savrassov (1830-1897)
On a bien froid en lisant
Maître et Serviteur, une autre nouvelle de Tolstoï (voir ici et ici). C'est un interminable trajet dans une tempête de neige que font le maître Vassili Andréitch et le serviteur Nikita. Ils sont dans un traîneau avec un petit cheval courageux. La neige s'accumule, le vent souffle, ils se perdent, une, deux, trois fois, tournent en rond, retournent sur leurs pas. Finalement, ils passent la nuit dans le blanc qui les recouvre.
Il existe un petit truc si vous vous trouvez dans cette situation. On dételle le cheval, on renverse la charrette de façon que les brancards soient dressés vers le ciel, on y accroche un mouchoir. Ainsi, cet espèce de drapeau dépasse quand la neige a tout recouvert. Et le lendemain, les paysans qui sont habitués dégagent les corps.
En l'occurrence, il reste un survivant. Le serviteur. Maître et cheval, eux, sont raides et gelés.
Et il y a une morale. Le maître était poussé par la cupidité et l'amour du gain, c'est ce qui les a mis dans cette situation. Il sous-paie son valet qui n'a pas le choix, roule tout le monde et ne pense qu'à l'argent. C'est un triste personnage qui accumule les tares. Il refuse l'hospitalité de gens bien intentionnés, méprise sa femme, ne pense qu'à lui, et quand, par sa faute, ils sont coincés dans la neige, il abandonne Nikita et s'enfuit avec le cheval qui le ramène finalement au traîneau.
Là, Vassili voyant que son serviteur va mourir de froid, ouvre sa pelisse, se couche sur lui, lui sauve la vie et agonise avec pour la première fois de sa vie une vraie joie, la saveur en lui de la générosité et le sentiment de l'inanité de ce qu'il visait avant.
Ah, si tous les méchants pouvaient se convertir ainsi!

Tolstoï, Maître et Serviteur, Le livre de poche

Publié par Alain Bagnoud à 08:20:31 dans Lectures | Commentaires (2) |

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