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Alain Bagnoud
Ecrivain. Né
en Valais.
Vit à Genève. (Contact)


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Belle de jour, par Joseph Kessel | 30 avril 2009

Deneuve en Belle e jour pour BunuelBelle de Jour, le grand film de Bunuel avec Catherine Deneuve, est tiré d'un livre.
Je l'ignorais avant de tomber, dans une boîte du marché aux puces de Plainpalais, sur le roman de Joseph Kessel.
Aussitôt vu, aussitôt acheté (un franc), et presque aussitôt lu. Ce n'est pas très long: 170 pages.
Vous vous souvenez du film: une jeune bourgeoise claire, lumineuse et frigide trouve la satisfaction sexuelle en se prostituant dans les maisons de passe. Elle trouve le frisson dans le dégoût, l'humiliation, la bestialité du désir masculin. Puis elle se lie avec un voyou et se retrouve dans une situation menaçante par rapport à son mari, qu'elle aime, qu'elle ne veut ni blesser ni quitter.
Malgré son écriture d'un classicisme un peu sec, Kessel excelle à montrer l'évolution de cette oie blanche, à suggérer ses troubles, à analyser sa trajectoire. Il s'agit en somme de l'étude d'un cas comme les naturalistes en faisaient. Un portrait nuancé, juste, troublant.
Puis tout se gâte, à la fin. Mais pourquoi notre auteur veut-il à toute force introduire une morale dans son texte? On se le demande en lisant les pesantes et lamentables dernières pages, qui content la punition de Séverine, lourdement symbolique. Son voyou d'amant veut tuer un homme qui menace de tout révéler au mari, mais maladroit, c'est ce dernier qu'il frappe, et voici le pauvre homme diminué dans son intelligence et dans son corps, la moitié inférieure de son corps morte, devenu impuissant (Kessel insiste, au cas où vous n'auriez pas bien compris), et la belle Séverine se transforme en garde-malade dévouée, malheureuse, qui en plus ne peut s'empêcher de tout confesser au mari ignorant...

Joseph Kessel, Belle de Jour, Folio

Publié par Alain Bagnoud à 12:01:44 dans Lectures | Commentaires (4) |

Proverbe | 29 avril 2009

Qui trop embrase mal éteint.

Publié par Alain Bagnoud à 08:30:40 dans Proverbes | Commentaires (2) |

Goncourt, Zola, Dreyfus et la Femme italienne | 28 avril 2009

La dégradation de DreyfussAu moins, avec Edmond de Goncourt, il y a peu de surprises. On sait où il en est, on voit où il se situe. Au centre du monde, mais un peu aigri. Débinant tout le monde, cherchant sans cesse l'angle d'attaque, trouvant comment rabaisser les collègues.
Mais c'est une juste vengeance. Parce qu'en France, il n'est pas reconnu à sa juste valeur. A l'étranger, ah, à l'étranger c'est autre chose. Il y a de la ferveur. On lui conte des anecdotes qu'il s'empresse de reproduire dans son Journal. C'est à croire que la jeunesse, les femmes, les amateurs de littérature de l'Europe entière le vénèrent. Mais pas la France. La France, cette faquine, cette maraude, cette populacière, cette républicaine, la France lui préfère Zola.
Aussi le lecteur du Journal attend-il avec beaucoup d'intérêt l'affaire Dreyfus. Pas pour connaître la position de Goncourt. C'est du tout cuit déjà. Il hait autant les juifs que ses grands amis les Daudet, le père Alphonse et le fils Léon, qui sera un ponte de l'Action Française. D'ailleurs, à peine parle-t-on de Dreyfus qu'Edmond et toute la bande de son grenier déplorent qu'on ne le fusille pas sur le champ. Dreyfus dont entre parenthèses Goncourt n'est pas sûr de la culpabilité.
Non, si j'attends avec impatience la suite de l'histoire, c'est pour voir comment ça va se passer entre Zola et Edmond. Quand l'affaire débute, ils sont à peu près rabibochés. Zola revient de Rome où il a pris des notes pour son roman sur la ville, et on ironise beaucoup dans le grenier sur le fait qu'il aurait consacré trois jours à l'étude de la femme italienne.
Ce n'est pas graveleux, Zola était accompagné de madame, l'officielle, pas sa maîtresse. Mais il veut entreprendre sur la Femme italienne une étude scientifique comme les naturalistes en faisaient, sur l'Homme de lettres, sur la Putain, sur l'Hystérique, sur la Religieuse, etc. Il y fallait une somme d'observations semblables à celles du savant plongé dans ses expériences.
Alors Zola, tellement peu sérieux, qui nous fait Germinal après une seule descente à la mine, songez comment il va nous la bâcler, l'affaire Dreyfus! Je me réjouis d'entendre Edmond nous expliquer tout ça. Zola et les juifs. Ça a dû lui faire bien plaisir. Ça a dû lui expliquer le succès de son concurrent. Enfin je présume, je suppose, je n'ai pas encore lu. Mais je subodore du délicieux. N'ayez pas peur, je vous tiens au courant.

Publié par Alain Bagnoud à 08:45:30 dans Lectures | Commentaires (0) |

Scapin-Porras à Carouge: bonheurs | 27 avril 2009

ScapinLa jubilation qui me tenait lorsque je suis sorti de ce spectacle, cette jubilation qui m'avait tenu pendant tout le spectacle, elle a probablement des causes diverses, mais on peut les réunir dans un mot.
Tout est heureux dans Les Fourberies de Scapin vu par Omar Porras. Ce qui fait que finalement, par contagion en quelque sorte, et de façon quasiment nécessaire, tout le monde est heureux.
1) Les personnages de Molière: les amoureux se marient, les père et mère (Porras féminise Géronte) retrouvent leurs filles, les fourbes pardonnés se sont bien amusés et ont joui de leurs tours.
2) Les acteurs: à cause du triomphe que rencontre la pièce, sans doute, mais plus fondamentalement aussi, sans doute. Il n'est pas souvent donné à de jeunes comédiens de pouvoir vivre le théâtre avec une telle intensité, et le bonheur qu'ils en éprouvent est contagieux.
3) Les spectateurs: ravis, exultant, gonflés finalement d'énergie, d'amour de la vie et d'envie de théâtre. Encore, encore! Stupéfiés par l'inventivité de la mise en scène, les ressorts comiques exploités à plein, la langue de Molière servie, comme exposée et faisant mouche dans tous ses effets, par le décor, les masques et les costumes, l'ambiance parodique des années cinquante genre Deschiens de mauvais goût, cet intérieur d'un bistrot où se joue la comédie de la vie...
On sait comment l'affaire s'est faite. Avide de renouveau et de jeunesse, Porras a fait courir le bruit qu'il cherchait des acteurs neufs, et 300 CV d'un peu partout en Europe ont afflué. Il en a gardé 100, puis a organisé des ateliers, et a finalement réuni 9 jeunes talents Enfin selon, paraît-il, la méthode habituelle du metteur en scène, tous ont appris tous les personnages, aucun rôle n'a été attribué pendant deux mois, et c'est tout à la fin que la distribution s'est faite.
Ça c'est l'anecdote. On s'en fiche.
L'important, c'est ce qu'on sait à la fin, quand on sort du spectacle: le théâtre, c'est magnifique, la vie vaut la peine d'être vécue, la joie peut être partout, le bonheur n'est pas réservé aux riches, aux beaux, aux forts, le bonheur n'est pas mièvre, dégoulinant, soporifique, mou, il est énergique, volontaire, actif, excitant. Et surtout, il est pour tous: les mal foutus, les pauvres, les ridicules, les avares, les maladroits, les coincés aussi. Bref: il est grand, le bonheur (et Porras est son prophète).

Les Fourberies de Scapin, d'après Molière, Mise en scène d'Omar Porras
Par le Teatro Malandro, Création, du 21 avril au 10 mai 2009, Théâtre de Carouge, Salle François-Simon (Rue ancienne 39)

Publié par Alain Bagnoud à 13:06:43 dans Théâtre | Commentaires (3) |

J'ai l'impression qu'André est mort dans les toilettes, à Saint-Gervais | 25 avril 2009

J'ai l'impression qu'André est mort dans les toilettes parle de mort, rien que de mort. Ouh là, là, pensez-vous, on ne va pas s'amuser! Hé bien si!
Bon, je ne vous cache pas qu'il y a quelques moments sombres, tristes, recueillis, angoissés, profonds, mais on rit beaucoup à cette suite de sketches liés par le thème de la mort. Hélène Cattin, Sandra Gaudin et Christian Scheidt, fondateurs et membres de la compagnie Un Air de Rien, travaillent en effet selon le principe du collectif: pour l’écriture théâtrale, la sonorisation, la réalisation des films, le jeu et la mise en scène.
Ici, je cite les sources:  « Les auteurs de ce spectacle ont écrit, mais également puisé dans un matériel fait de témoignages, de recherches scientifiques, de textes philosophiques et poétiques, de scènes écrites, de canevas muets et de thèmes d’improvisation afin de mettre en lumière avec humour notre légitime et absurde besoin de sens. »
C'est irrégulier mais ça fonctionne, dans une esthétique légèrement ironique et une sobriété de moyens scéniques juste. Le soir où j'y suis allé, il y avait une classe de jeunes ados dans la salle et je craignais le pire. On sait ce que c'est que la discipline de ces chères têtes blondes lâchées dans une salle obscure avec tous les copains à épater. Mais après un début mouvementé, les ados ont été happés par le spectacle, et ont participé au mouvement avec une belle spontanéité et cet enthousiasme si énergique qui est leur marque. Preuve s'il en fallait une que le spectacle a une grande force de capture, pour tous publics.
C'est avec Pierre-Isaïe Duc, Jean-Luc Farquet, Sandra Gaudin, Céline Goormaghtigh, Isabelle Sarment-Migraine, Christian Scheidt.Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu'au 29 avril, http://www.saintgervais.ch/

Et en marge du spectacle, le théâtre Saint-Gervais Genève  propose un CAFE MORTEL en compagnie du sociologue Bernard Crettaz et des acteurs de la troupe ce samedi 25 avril dès 17h au Café Gavroche !
réservations au 022 908 20 20

Publié par Alain Bagnoud à 10:21:26 dans Théâtre | Commentaires (2) |

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