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Alain Bagnoud
Ecrivain. Né
en Valais.
Vit à Genève.
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Sujets | 27 février 2009

brun_de_versoix.jpgLes technologies nous rendent plus près de Dieu, dit-il. Les technologies sont comme des outils spirituels.
Il a une coiffure moutonneuse et une moustache. Veston en velours côtelé brun, blue jeans et chaussures pointues. La dame qui l'écoute est beaucoup plus âgée, avec un col de fourrure, une écharpe rose, des lunettes progressives et un grand chapeau noir.
Elle lui répond par petites rafales comme on tire à la mitraillette. lls sont presque seuls dans une grande confiserie à la paroi du fond entièrement dorée. Des prix chers. Beaucoup de personnel.
Mon crayon s'émousse mais je retrouve sa mine en le tournant un peu entre mes doigts. Un Caran d'Ache rouge avec, sur la tranche: Etat de Genève. Je me demande quelle peut bien avoir été son histoire avant d'aboutir dans ma main.
Mais où trouves-tu des sujets? m'a demandé jadis une longue dame fine qui veut écrire et qui ressemble à ma défunte tante Alice, morte d'un cancer.
Dans la moto orange qui passe. Dans le stop tracé au bout de la rue. Dans cette affiche pour le Kiddie club hause, qui propose des anniversaires, des cours et du coaching pour les enfants. Dans ce communiqué de presse du Musée d'art et d'histoire qui annonce l'acquisition d'un Louis-Auguste Brun, dit Brun de Versoix, montrant la Promenade du comte d'Artois et de son épouse en cabriolet (1782)...

Publié par Alain Bagnoud à 09:20:29 dans Transports | Commentaires (3) |

La Métamorphose, par Franz Kafka | 26 février 2009

Image de Allan Jones Quand on ouvre le livre, tout est fait. « Lorsque Gregor Samsa s'éveilla un matin, au sortir de rêves agités, il se trouva dans son lit métamorphosé en un monstrueux insecte. »
Le brave garçon accepte tout de suite cet état de fait. Il vivait une vie tellement insupportable ! Exploité par un patron exigeant chez qui il travaillait pour rembourses la dette de son père. (Ah ! Franz et le papa Kafka. Il s'appelait Hermann !) Roulé par sa famille qu'il entretient et qui fait des économies sur son dos. (Le père, la mère, la sœur, double de la famille K.) Hanté par le devoir et l'amour des siens. Privé de sommeil. Sevré de plaisir. Obsédé par son travail. Pas étonnant que Gregor le trop tendre se fasse une carapace pour se protéger !
Un ventre bombé, brun, divisé par des arceaux rigides, des antennes, de nombreuses pattes grêles... Voilà la bête ! Pour le reste, l'écrivain fait confiance à l'imagination du lecteur et refuse qu'on dessine son cafard. Avec raison.
Voyez le cinéma fantastique ou de terreur. Les dimensions, l'échelle et l'étrangeté des monstres nous sont donnés par une tentacule, une mâchoire, un détail. Sitôt qu'on les voit en entier, ils perdent de leur aspect effrayant, pathétique ou intrigant. Et nous perdrions peut-être ainsi, nous, lecteurs, toute l'empathie que nous éprouvons nécessairement pour le pauvre Gregor Samsa, dont le roman raconte non pas la transformation, mais l'existence ultérieure. Où comment une famille moyenne réagit face à l'anormalité. Jusqu'à la mort du fils. Une délivrance pour tous.

Publié par Alain Bagnoud à 11:18:01 dans Republication | Commentaires (1) |

Linda Lê, Lettre morte | 25 février 2009

 Linda Lê par Olivier Roller Deuil, larmes et ressassement. Le même jour la narratrice du livre a perdu son père et rompu avec son amant. Elle entreprend un long soliloque où elle remue ses pertes, fait renaître son père en elle, accable son amant, Morgue, cet homme coupable de ne pas savoir répondre à un amour absolu.
Un drôle de type que ce Morgue. Un intellectuel hautain, égoïste, prétentieux, matérialiste, manipulateur, tellement ignoble qu'on se demande ce que la narratrice avait pu lui trouver, avant leur rupture.
En tout cas, pour elle, il est le seul responsable de leur échec amoureux et se révèle en absolue opposition avec le père, figure idéalisée de l'amour absolu.
Ce double deuil ne veut pas être résolu. La narratrice le ressasse avec délectation, jouissant de son amertume, de la souffrance qu'elle lui propose, et qui semble à l'unisson d'une douleur essentielle.
Peut-être celle qui nait du déchirement de pays, de langue. Le père vietnamien représente le pays de l'enfance et sa langue, disparus corps et bien pour la fille qui écrit en français. Morgue au contraire incarne la langue française, sa séduction, et sa résistance passive, l'incapacité de cette langue à accepter complètement la narratrice, à se mettre complètement à son service.
Linda Lê a une belle écriture, sèche, rapide, musicale, hypnotique et personnelle, dans laquelle on reconnaît ici et là l'influence de Thomas Bernhard.
C'est un écrivain intéressant, Linda Lê. J'en avais déjà parlé ici à propos de son livre Calomnies, dans lequel, d'ailleurs, on trouve déjà, six ans auparavant, des personnages et des thèmes de Lettre morte.

Linda Lê, Lettre morte, Christian Bourgois éditeur

Publié par Alain Bagnoud à 09:26:17 dans Lectures | Commentaires (2) |

Coaltar, numéro de février | 24 février 2009


Le numéro de février de la revue littéraire Coaltar (http://www.coaltar.net/) est en ligne. Au sommaire:

Editorial
Marina Salzmann

Légendes
Marina Salzmann
Philippe Renaud
Kate Deléaval
Yona Chavanne
Jean-Jacques Bonvin

Histoire d'un drôle
Cyril Kaiser

Clé
Alexandre Friederich

2
Marc Van Dongen

Nomades
Eric Masserey

L'Œil est une bouche impossible à assouvir :
Jan Švankmajer

Bernard Bourrit

Tunnal
Colette & Günther Ruch

Evolutif
Jean-Jacques Bonvin

Publié par Alain Bagnoud à 13:49:34 dans Lectures | Commentaires (0) |

Gide et Proust 2 | 23 février 2009

Et voici un deuxième extrait important du Journal de Gide qui parle de Proust. (Le premier est ici .) C'est la page 693 de la Pléiade, on est en 1921, un mercredi.
Agostinelli et Odilon Albaret

Hier soir, j'allais monter me coucher lorsque retentit un coup de sonnette. C'est le chauffeur de Proust, le mari de Céleste, qui me rapporte l'exemplaire de Corydon que je prêtais à Proust le 13 mai, et qui propose de m'emmener, car Proust va un peu mieux et me fait dire qu'il peut me recevoir, si toutefois cela ne me dérange pas de venir. Et sa phrase est beaucoup plus longue et plus compliquée que je ne la cite; je pense qu'il l'avait apprise en route, car, comme je l'avais d'abord interrompu, il l'a reprise pour la réciter d'une haleine. Céleste, de même, lorsqu'elle m'avait ouvert la porte l'autre soir, après avoir exprimé les regrets qu'avait Proust de ne pouvoir me recevoir, ajoutait: « Monsieur prie Monsieur Gide de se convaincre qu'il pense incessamment à lui. » (J'ai noté la phrase aussitôt.)
Longtemps j'ai pu douter si Proust ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail (ce qui me paraissait très légitime); mais hier, et déjà l'autre jour, j'ai pu me convaincre qu'il était réellement très souffrant. Il dit rester des heures durant sans même pouvoir remuer la tête; il reste couché tout le jour, et de longues suites de jour. Par instants il promène le long des ailes du nez le tranchant d'une main qui paraît morte, aux doits bizarrement raides et écartés et rien n'est plus impressionnant que ce geste maniaque et gauche, qui semble un geste d'animal ou de fou.
Nous n'avons, ce soir encore, guère parlé que d'uranisme; il dit se reprocher cette « indécision » qui l'a fait, pour nourrir la partie hétérosexuelle de son livre, transposer « à l'ombre des jeunes filles » tout ce que ses souvenirs homosexuels lui proposaient de gracieux, de tendre et de charmant, de sorte qu'il ne lui reste plus pour Sodome que du grotesque et de l'abject. Mais il se montre très affecté lorsque je lui dis qu'il semble avoir voulu stigmatiser l'uranisme; il proteste; et je comprends enfin que ce que nous trouvons ignoble, objet de rire ou de dégoût, ne lui paraît pas, à lui, si repoussant.
Lorsque je lui demande s'il ne nous présentera jamais cet Eros sous des espèces jeunes et belles, il me répond que, d'abord, ce qui l'attire ce n'est presque jamais la beauté et qu'il estime qu'elle n'a que peu à voir avec le désir - et que, pour ce qui est de la jeunesse, c'était ce qu'il pouvait le plus aisément transposer (ce qui se prêtait le mieux à une transposition).

Publié par Alain Bagnoud à 13:48:03 dans Proust | Commentaires (1) |

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