Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

La Petite Italie | 05 février 2009

 pizzaUn antre. Ça tient de la caverne d'Ali Baba et du restaurant self-service. Des fonds de pizza emballés sous vide dans la vitrine. Des pâtes et de bouteilles à vendre des deux côtés de l'entrée. Des piles de cartons contre la paroi. Un bar tout au fond, derrière lequel il y a la cuisine et les fours.
On prépare votre pizza sous vos yeux, on vous donne un numéro, vous vous asseyez. Ça prend parfois un peu de temps, à midi, parce que toute l'université proche déferle. Quand c'est prêt, le patron vous appelle au micro. Michele. Un des charmes de l'endroit.
Sympathique, amusant, cultivé, flegmatique et pas toujours très bien organisé, avec un accent qui roule et un diplôme universitaire en poche. On viendrait seulement pour lui.
Le troisième argument après l'ambiance et le patron, c'est la pâte à pizzas. Une des meilleures de Genève. Et le quatrième: des prix défiant toute concurrence.
De quoi justifier l'écriteau pendu au-dessus du bar:
« Malgré les apparences, La Petite Italie est décidément tendance. »

La Petite Italie, bd Carl-Vogt 80, Genève

Publié par Alain Bagnoud à 11:34:07 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (1) |

Mauvaises moeurs | 04 février 2009

La destruction de Sodomme et gomorrhe, par John Martin, 1832
Vous l'aurez voulu, Violaine. Pour en finir avec Georges Gabory, voici le passage où il traite des « mauvaises moeurs » d'après Proust - et de sa générosité.  Et tant pis pour moi, je vais encore m'attirer les foudres des contresainte-beuvéens.
Gabory vient de corriger les épreuves de Sodome et Gomorrhe II.

"Proust me fit porter par Odilon, le mari de Céleste, une lettre où il me remerciait « infiniment d'avoir pris la peine de revoir minutieusement » ses épreuves. « Minutieusement »! J'avais laissé bien es coquilles, le texte m'intéressait. A la fin de sa lettre, il me demandait si les « mauvaises » moeurs (mauvaises entre guillemets) que l'auteur d'un livre récemment paru sur l'affaire Fualdès donnait « comme explication de l'assassinat » étaient « des relations avec des femmes ou des hommes ».
"Je n'en savais rien, mais je savais que, dans l'esprit de Proust, les « mauvaises » moeurs, chez un homme, étaient « des relations avec des femmes ». Déformation passionnelle; des Sodomites et des Gomorrhéennes, il en voyait partout; il défendait Baudelaire contre Gide ; « Comment pouvez-vous douter qu'il pratiquât, lui, Baudelaire! » Il avait demandé à Paul Morand si je « pratiquais », moi aussi, comme Baudelaire ou Fualdès, comme tout le monde. L'homosexualité l'obsédait, saphisme ou uranisme, la forme préférée, avide de surprendre une « conjonction » féminine, et surtout masculine, il poursuivait son enquête, un pied dans la tombe.
"Indiscret mais généreux - bien qu'il fût loin d'être pauvre - il m'envoyait un billet de cinq cents francs « ci-inclus »."

                                                                             Georges Gabory
                                                           Appollinaire, Max Jacob, Gide, Malraux & Cie,
                                                                          Jean-Michel Place, 1988.

Publié par Alain Bagnoud à 11:07:12 dans Proust | Commentaires (4) |

Le baiser au lépreux par François Mauriac | 03 février 2009

François MauriacOn doute, en lisant Le baiser aux lépreux, que François Mauriac, écrivain catholique, a vraiment pour projet de défendre et illustrer la religion.
Elle semble dans son livre une simple manière de mater et diriger la bourgeoisie en gérant sa sexualité.
Directeur de consciences dont on ne voit pas très bien où il les mène, le curé manipulateur du livre ne vise qu'à éloigner les filles des bals, empêcher les garçons de mener des entreprises amoureuses, faire échouer les adultères et fabriquer des mariages malheureux qui assurent son pouvoir.
Pour empêcher que la fortune des Péloueyre passe à un neveu anticlérical, il fait épouser à Jean, le fils unique chétif et ridicule, la belle Noémi. Elle n'a aucune attirance pour lui mais elle obéit à son curé et d'ailleurs « on ne refuse pas un Péloueyre ». Mais à vivre avec le nabot, son dégoût s'accroît.
Jean qui en souffre part à Paris puis, revenu, s'arrange pour attraper la tuberculose au chevet d'un ami mourant et succombe avec générosité.
Peine perdue: elle ne peut se remarier par la volonté du beau-père, et elle n'ose succomber aux avances du médecin viril, par religiosité mais aussi parce que le bourg n'accepterait pas qu'elle cesse de jouer la veuve admirable.
Interdits provinciaux, honorabilité bourgeoise, oppression de l'Eglise au service des principes dominants, rien ne manque ici à l'étroitesse et à l'étouffement.
Sinon, il y a une belle présence des landes, des pins et des paysages du Sud-Ouest.

François Mauriac, Le baiser au lépreux, Le livre de poche

Publié par Alain Bagnoud à 09:07:49 dans Lectures | Commentaires (0) |

Théories | 02 février 2009

« Ce n'est pas le moindre charme d'une théorie que d'être réfutable; elle séduit par là les esprits tant soit peu subtils. Il semble que la théorie cent fois réfutée du « libre arbitre » ne doive sa survivance qu'à ce charme-là; on voit toujours reparaître quelqu'un qui se sent de force à la réfuter encore. »

                                                                             Nietzsche
                                                                   Par-delà le bien et le mal

Publié par Alain Bagnoud à 14:25:49 dans Citations | Commentaires (3) |

Quand André Breton rêve de Georges Gabory | 01 février 2009

Giorgio de Chirico, Piazza d'Italia

Je vous avais parlé ici des souvenirs de Georges Gabory, ce poète oublié, ancien capitaine éminent de la rébublique des lettres, influent chez Gallimard, etc. Eh bien j'ai retrouvé le rêve dans lequel André Breton parle de lui. C'est dans Clair de Terre. Le voici:


1er des «Cinq rêves». Une vocation d'écrivain
                                                                       À Georges de Chirico

Je passe le soir dans une rue déserte du quartier des Grands-Augustins quand mon attention est arrêtée par un écriteau au-dessus de la porte d'une maison. Cet écriteau c'est : « ABRI » ou « À LOUER », en tout cas quelque chose qui n'a plus cours. Intrigué j'entre et je m'enfonce dans un couloir extrêmement sombre.
Un personnage, qui fait dans la suite du rêve figure de génie, vient à ma rencontre et me guide à travers un escalier que nous descendons tous deux et qui est très long.
Ce personnage, je l'ai déjà vu. C'est un homme qui s'est occupé autrefois de me trouver une situation.
Aux murs de l'escalier je remarque un certain nombre de reliefs bizarres, que je suis amené à examiner de près, mon guide ne m'adressant pas la parole.
Il s'agit de moulages en plâtre, plus exactement : de moulages de moustaches considérablement grossies.
Voici, entre autres, les moustaches de Baudelaire, de Germain Nouveau et de Barbey d'Aurevilly.
Le génie me quitte sur la dernière marche et je me trouve dans une sorte de vaste hall divisé en trois parties.
Dans la première salle, de beaucoup la plus petite, où pénètre seulement le jour d'un soupirail incompréhensible, un jeune homme est assis à une table et compose des poèmes. Tout autour de lui, sur la table et par terre, sont répandus à profusion des manuscrits extrêmement sales.
Ce jeune homme ne m'est pas inconnu, c'est M. Georges Gabory.
La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée, est un peu mieux éclairée, quoique d'une façon tout à fait insuffisante.
Dans la même attitude que le premier personnage, mais m'inspirant, par contre, une sympathie réelle, je distingue M. Pierre Reverdy.
Ni l'un ni l'autre n'a paru me voir, et c'est seulement après m'être arrêté tristement derrière eux que je pénètre dans la troisième pièce.
Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s'y trouvent un peu mieux en valeur : un fauteuil inoccupé devant la table paraît m'être destiné; je prends place devant le papier immaculé.
J'obéis à la suggestion et me mets en devoir de composer des poèmes. Mais, tout en m'abandonnant à la spontanéité la plus grande, je n'arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots: La lumière...
Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second feuillet: La lumière... et sur le troisième feuillet: La lumière...


                                                                                  André Breton
                                                                                  Clair de terre
, 1922

Publié par Alain Bagnoud à 10:17:44 dans Lectures | Commentaires (4) |

<< |1| 2| 3| 4|

Rechercher

Archives

Février

DiLuMaMeJeVeSa
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728

Compteur

Depuis le 14-09-2006 :
6223613 visiteurs
Depuis le début du mois :
43772 visiteurs
Billets :
1230 billets

FreeCompteur Live

libstat


statistiques

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03