JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Un
antre. Ça tient de la caverne d'Ali Baba et du restaurant
self-service. Des fonds de pizza emballés sous vide dans la
vitrine. Des pâtes et de bouteilles à vendre des deux
côtés de l'entrée. Des piles de cartons contre la
paroi. Un bar tout au fond, derrière lequel il y a la cuisine
et les fours.
On prépare votre pizza sous vos
yeux, on vous donne un numéro, vous vous asseyez. Ça
prend parfois un peu de temps, à midi, parce que toute
l'université proche déferle. Quand c'est prêt, le
patron vous appelle au micro. Michele. Un des charmes de l'endroit.
Sympathique, amusant, cultivé,
flegmatique et pas toujours très bien organisé, avec un
accent qui roule et un diplôme universitaire en poche. On
viendrait seulement pour lui.
Le troisième argument après l'ambiance et le patron, c'est la pâte à pizzas. Une
des meilleures de Genève. Et le quatrième: des prix défiant
toute concurrence.
De quoi justifier l'écriteau
pendu au-dessus du bar:
« Malgré les
apparences, La Petite Italie est décidément tendance. »
La Petite Italie, bd Carl-Vogt 80, Genève
Publié par Alain Bagnoud à 11:34:07 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (1) | Permaliens

Vous l'aurez voulu, Violaine. Pour en finir avec Georges Gabory, voici le passage où il
traite des « mauvaises moeurs » d'après Proust -
et de sa générosité. Et tant pis
pour moi, je vais encore m'attirer les foudres des
contresainte-beuvéens.
Gabory vient de corriger
les épreuves de Sodome et Gomorrhe II.
"Proust me fit porter par
Odilon, le mari de Céleste, une lettre où il me
remerciait « infiniment d'avoir pris la peine de revoir
minutieusement » ses épreuves. « Minutieusement »!
J'avais laissé bien es coquilles, le texte m'intéressait.
A la fin de sa lettre, il me demandait si les « mauvaises »
moeurs (mauvaises entre guillemets) que l'auteur d'un livre récemment
paru sur l'affaire Fualdès donnait « comme
explication de l'assassinat » étaient « des
relations avec des femmes ou des hommes ».
"Je n'en savais rien, mais je savais
que, dans l'esprit de Proust, les « mauvaises »
moeurs, chez un homme, étaient « des relations avec
des femmes ». Déformation passionnelle; des
Sodomites et des Gomorrhéennes, il en voyait partout; il
défendait Baudelaire contre Gide ; « Comment
pouvez-vous douter qu'il pratiquât, lui, Baudelaire! »
Il avait demandé à Paul Morand si je « pratiquais »,
moi aussi, comme Baudelaire ou Fualdès, comme tout le monde.
L'homosexualité l'obsédait, saphisme ou uranisme, la
forme préférée, avide de surprendre une
« conjonction » féminine, et surtout
masculine, il poursuivait son enquête, un pied dans la tombe.
"Indiscret mais généreux -
bien qu'il fût loin d'être pauvre - il m'envoyait un
billet de cinq cents francs « ci-inclus »."
Georges Gabory
Appollinaire, Max
Jacob, Gide, Malraux & Cie,
Jean-Michel Place, 1988.
Publié par Alain Bagnoud à 11:07:12 dans Proust | Commentaires (4) | Permaliens
On
doute, en lisant Le
baiser aux lépreux,
que François Mauriac, écrivain catholique, a vraiment
pour projet de défendre et illustrer la religion.
Elle
semble dans son livre une simple manière de mater et diriger
la bourgeoisie en gérant sa sexualité.
Directeur
de consciences dont on ne voit pas très bien où il les
mène, le curé manipulateur du livre ne vise qu'à
éloigner les filles des bals, empêcher les garçons
de mener des entreprises amoureuses, faire échouer les
adultères et fabriquer des mariages malheureux qui assurent
son pouvoir.
Pour empêcher que la fortune des
Péloueyre passe à un neveu anticlérical, il fait
épouser à Jean, le fils unique chétif et
ridicule, la belle Noémi. Elle n'a aucune attirance pour lui
mais elle obéit à son curé et d'ailleurs « on
ne refuse pas un Péloueyre ». Mais à vivre
avec le nabot, son dégoût s'accroît.
Jean qui en souffre part à Paris
puis, revenu, s'arrange pour attraper la tuberculose au chevet d'un
ami mourant et succombe avec générosité.
Peine perdue: elle ne peut se remarier
par la volonté du beau-père, et elle n'ose succomber
aux avances du médecin viril, par religiosité mais
aussi parce que le bourg n'accepterait pas qu'elle cesse de jouer la
veuve admirable.
Interdits provinciaux, honorabilité
bourgeoise, oppression de l'Eglise au service des principes
dominants, rien ne manque ici à l'étroitesse et à
l'étouffement.
Sinon, il y a une belle présence
des landes, des pins et des paysages du Sud-Ouest.
François Mauriac, Le baiser
au lépreux, Le livre de poche
Publié par Alain Bagnoud à 09:07:49 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
« Ce n'est pas le moindre charme d'une théorie que d'être réfutable; elle séduit par là les esprits tant soit peu subtils. Il semble que la théorie cent fois réfutée du « libre arbitre » ne doive sa survivance qu'à ce charme-là; on voit toujours reparaître quelqu'un qui se sent de force à la réfuter encore. »
Nietzsche
Par-delà le bien et le mal
Publié par Alain Bagnoud à 14:25:49 dans Citations | Commentaires (3) | Permaliens

Je vous avais parlé ici des souvenirs de Georges Gabory, ce poète oublié, ancien capitaine éminent de la rébublique des lettres, influent chez Gallimard, etc. Eh bien j'ai retrouvé le rêve dans lequel André Breton parle de lui. C'est dans Clair de Terre. Le voici:
1er des «Cinq rêves». Une vocation d'écrivain
À Georges de Chirico
Je passe le soir dans une rue déserte du quartier des
Grands-Augustins quand mon attention est arrêtée par un
écriteau au-dessus de la porte d'une maison. Cet écriteau
c'est : « ABRI » ou « À
LOUER », en tout cas quelque chose qui n'a plus cours.
Intrigué j'entre et je m'enfonce dans un couloir extrêmement
sombre.
Un personnage, qui fait dans la suite du rêve figure de
génie, vient à ma rencontre et me guide à
travers un escalier que nous descendons tous deux et qui est très
long.
Ce personnage, je l'ai déjà vu. C'est un homme qui
s'est occupé autrefois de me trouver une situation.
Aux murs de l'escalier je remarque un certain nombre de reliefs
bizarres, que je suis amené à examiner de près,
mon guide ne m'adressant pas la parole.
Il s'agit de moulages en plâtre, plus exactement : de
moulages de moustaches considérablement grossies.
Voici, entre autres, les moustaches de Baudelaire, de Germain
Nouveau et de Barbey d'Aurevilly.
Le génie me quitte sur la dernière marche et je me
trouve dans une sorte de vaste hall divisé en trois parties.
Dans la première salle, de beaucoup la plus petite, où
pénètre seulement le jour d'un soupirail
incompréhensible, un jeune homme est assis à une table
et compose des poèmes. Tout autour de lui, sur la table et par
terre, sont répandus à profusion des manuscrits
extrêmement sales.
Ce jeune homme ne m'est pas inconnu, c'est M. Georges Gabory.
La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée,
est un peu mieux éclairée, quoique d'une façon
tout à fait insuffisante.
Dans la même attitude que le premier personnage, mais
m'inspirant, par contre, une sympathie réelle, je distingue M.
Pierre Reverdy.
Ni l'un ni l'autre n'a paru me voir, et c'est seulement après
m'être arrêté tristement derrière eux que
je pénètre dans la troisième pièce.
Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s'y
trouvent un peu mieux en valeur : un fauteuil inoccupé devant
la table paraît m'être destiné; je prends place
devant le papier immaculé.
J'obéis à la suggestion et me mets en devoir de
composer des poèmes. Mais, tout en m'abandonnant à la
spontanéité la plus grande, je n'arrive à écrire
sur le premier feuillet que ces mots: La lumière...
Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second
feuillet: La lumière... et sur le troisième feuillet:
La lumière...
André Breton
Clair de terre,
1922
Publié par Alain Bagnoud à 10:17:44 dans Lectures | Commentaires (4) | Permaliens
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