JUSTE PARU
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)

Linda Lê, Lettre morte, Christian
Bourgois éditeur
Publié par Alain Bagnoud à 09:26:17 dans Lectures | Commentaires (2) | Permaliens

Le numéro de février de la revue littéraire Coaltar (http://www.coaltar.net/) est en ligne. Au sommaire:
Editorial
Marina Salzmann
Légendes
Marina
Salzmann
Philippe Renaud
Kate Deléaval
Yona
Chavanne
Jean-Jacques Bonvin
Histoire
d'un drôle
Cyril Kaiser
Clé
Alexandre
Friederich
2
Marc
Van Dongen
Nomades
Eric
Masserey
L'Œil
est une bouche impossible à assouvir :
Jan
vankmajer
Bernard Bourrit
Tunnal
Colette
& Günther Ruch
Evolutif
Jean-Jacques
Bonvin
Publié par Alain Bagnoud à 13:49:34 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Et voici un deuxième extrait important du Journal de Gide qui parle de Proust. (Le premier est ici .) C'est la page 693 de la Pléiade, on est en 1921, un mercredi.
Hier soir, j'allais monter me
coucher lorsque retentit un coup de sonnette. C'est le chauffeur de
Proust, le mari de Céleste, qui me rapporte l'exemplaire de
Corydon que je prêtais à Proust le 13 mai, et qui
propose de m'emmener, car Proust va un peu mieux et me fait dire
qu'il peut me recevoir, si toutefois cela ne me dérange pas de
venir. Et sa phrase est beaucoup plus longue et plus compliquée
que je ne la cite; je pense qu'il l'avait apprise en route, car,
comme je l'avais d'abord interrompu, il l'a reprise pour la réciter
d'une haleine. Céleste, de même, lorsqu'elle m'avait
ouvert la porte l'autre soir, après avoir exprimé les
regrets qu'avait Proust de ne pouvoir me recevoir, ajoutait:
« Monsieur prie Monsieur Gide de se convaincre qu'il pense
incessamment à lui. » (J'ai noté la phrase
aussitôt.)
Longtemps j'ai pu douter si Proust
ne jouait pas un peu de sa maladie pour protéger son travail
(ce qui me paraissait très légitime); mais hier, et
déjà l'autre jour, j'ai pu me convaincre qu'il était
réellement très souffrant. Il dit rester des heures
durant sans même pouvoir remuer la tête; il reste couché
tout le jour, et de longues suites de jour. Par instants il promène
le long des ailes du nez le tranchant d'une main qui paraît
morte, aux doits bizarrement raides et écartés et rien
n'est plus impressionnant que ce geste maniaque et gauche, qui semble
un geste d'animal ou de fou.
Nous n'avons, ce soir encore, guère
parlé que d'uranisme; il dit se reprocher cette « indécision »
qui l'a fait, pour nourrir la partie hétérosexuelle de
son livre, transposer « à l'ombre des jeunes
filles » tout ce que ses souvenirs homosexuels lui
proposaient de gracieux, de tendre et de charmant, de sorte qu'il ne
lui reste plus pour Sodome que du grotesque et de l'abject. Mais il
se montre très affecté lorsque je lui dis qu'il semble
avoir voulu stigmatiser l'uranisme; il proteste; et je comprends
enfin que ce que nous trouvons ignoble, objet de rire ou de dégoût,
ne lui paraît pas, à lui, si repoussant.
Lorsque je lui demande s'il ne nous
présentera jamais cet Eros sous des espèces jeunes et
belles, il me répond que, d'abord, ce qui l'attire ce n'est
presque jamais la beauté et qu'il estime qu'elle n'a que peu à
voir avec le désir - et que, pour ce qui est de la jeunesse,
c'était ce qu'il pouvait le plus aisément transposer
(ce qui se prêtait le mieux à une transposition).
Publié par Alain Bagnoud à 13:48:03 dans Proust | Commentaires (1) | Permaliens
Chose promise, chose due: voici l'article du Courrier dont je vous parlais ici.
AB
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D'UN MONDE A L'AUTRE
Par ANNE PITTELOUD
Après La Leçon de choses en un jour, qui racontait l'entrée d'un enfant
dans l'âge de raison, le Valaisan Alain Bagnoud se concentre sur les
contradictions et les émois de l'adolescence dans son septième roman,
Le Jour du dragon. Ici aussi, l'action se déroule sur une journée,
initiatique: pendant la Saint-Georges, jour de fête dans ce petit
village montagnard, le jeune narrateur va vivre de nouvelles
expériences premiers pas dans la fanfare, premier baiser, rencontre
avec un peintre citadin, première boum et premier joint , autant
d'étapes rituelles vers une émancipation désirée. On est au début des
années 1970, et aux bouleversements de l'adolescence s'ajoutent ceux de
l'époque: tiraillé entre catholicisme et bouddhisme, fendant et
haschich, fanfare et rock, conformisme et rébellion, le jeune homme se
cherche dans le regard des autres ses deux copains, la famille, la
communauté... Un entre-deux inconfortable mais riche d'émotions, décrit
avec finesse. Poursuivant son entreprise autobiographique, Alain
Bagnoud ressuscite une société paysanne ressentie comme étouffante par
le narrateur, en esquissant une foule de thèmes: traditions archaïques
ainsi de ces deux clans qui s'opposent par le biais de leurs fanfares , émergence des promoteurs et de la spéculation,
combines politiques et misogynie, obligations sociales rigides, pouvoir
de la religion... Mais c'est l'homme d'aujourd'hui qui raconte: cette
distance lui permet de donner vie à ce monde ancien avec tendresse,
sans juger, dans des scènes savoureuses; elle favorise aussi l'ironie
envers celui qu'il était ce garçon lâche et maladroit fasciné par les
nouvelles valeurs mais pétri de tabous, qui change d'avis au gré des
opinions des autres, s'en désole, se sent seul et nulle part à sa
place... Le Jour du dragon mêle langage parlé des villageois et
envolées littéraires du narrateur, rêveur, grand lecteur, qui prendra
conscience de sa vocation face aux étoiles: il ressent alors une
«exaltation vague et mal définie», un sentiment d'appartenance au-delà
des jeux sociaux, et le désir de s'emparer «du souffle du dragon, de sa
puissance, de son pouvoir». Car le dragon n'est pas seulement l'animal
terrassé par Saint-Georges: il représente «le symbole de la vie
intérieure, de la créativité, de la profondeur qui est en nous»,
explique Sinerrois, le peintre, aux trois amis médusés.
Publié par Alain Bagnoud à 12:52:39 dans Le Jour du dragon | Commentaires (0) | Permaliens
Notre
ami Pascal Rebetez a un talent pour donner des mots à ceux qui n'ont
pas l'habitude de parler. Les amateurs de théâtre se rappellent
probablement sa pièce fulgurante et aérolithique montée par le Poche en
2005: Les mots savent pas dire, dans une mise en scène de Philippe Sireuil. Une histoire inspirée par un fait divers.
Quand
sa mère meurt, dans une ferme des Pyrénées, Jeannot refuse qu'on
l'emmène au cimetière et il l'inhume sous l'escalier de la cuisine avec
une pelote de laine, des aiguilles à tricoter et une bouteille de vin.
Pendant cinq mois, cloitré dans la maison avec sa sœur, il grave sur
le plancher de sa chambre un texte déstructuré et paranoïaque puis il
meurt d'inanition. Ce n'est qu'après le décès de sa sœur vingt ans plus
tard qu'on découvrira Le plancher de Jeannot, une œuvre d'art brut étonnante.
Il y avait eu avant ça une autre pièce inspirée du réel. Le meilleur du Monde,
imaginée d'après la trajectoire de Willi Favre, né aux Diablerets et
médaillé d'argent en slalom géant aux Jeux olympiques de Grenoble en
1968. Une montée vers la gloire puis une plongée vers les enfers.
Et encore avant, en 1987, Marie Coquelicot, créé au Festival de la Bâtie.
C'est
ce texte qu'on peut réentendre au Théâtre Saint-Gervais jusqu'au 8
mars, dans la bouche d'Isabelle Maurice, qui a voulu faire revivre ce
monologue d'une femme simple. Elle s'est pour ça entourée de Muriel
Décaillet dont la scénographie évoque l'enchevêtrement,
« enchevêtrement des fils, des rituels, des tourbillons, des errances,
des emballages et déballages de tout un chemin de vie chaotique », dit
le texte de présentation, et de Pierre Miserez qui signe une mise en
scène peut-être un peu éclatée.
Marie
Coquelicot est elle aussi inspirée d'un personnage qui a existé. Sa
famille était voisine de celle de Pascal Rebetez qui était servant de
messe à l'enterrement du fils handicapé et se souvient encore du père
se jetant sur le cercueil. Il a imaginé la trajectoire de la sœur,
forcément sordide. Inceste, coups, placement en Suisse allemande dans
une ferme, mariage malheureux, coucheries, déceptions multiples...
Mais
il ne s'agit pas que d'une suite de malheurs. Le personnage de Marie
Coquelicot ne se résigne pas, elle affronte, et les péripéties qu'elle
raconte se teintent parfois d'humour dans la bouche d'Isabelle Maurice
qui en fait une résistante.
Marie Coquelicot, Théâtre St-Gervais Genève, rue du Temple 8, jusqu'au 8 mars, représentations à 20h30 sauf le dimanche à 18h et le 8 mars à 15h30. Relâche le 23 février et le 2 mars.
(Publié aussi dans Blogres .)
Publié par Alain Bagnoud à 11:45:09 dans Théâtre | Commentaires (10) | Permaliens
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