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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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Comme promis hier, voici l'un des articles dont je parlais, paru le 14 février dans 24 Heures et repris aujourd'hui dans Les carnets de JLK. L'entretien est ici en version intégrale, comme dans ces derniers (il était un peu raccourci dans la version papier du quotidien).
AB
Le Valais de coeur d'Alain Bagnoud
Par Jean-Louis Kuffer
ENTRETIEN L'écrivain quasi quinqua revient avec Le Jour du dragon, très vivante évocation autobiographique de la bascule des «seventies», à Chermignon.
Alain Bagnoud, issu d'une tribu valaisanne comme les a peintes Maurice Chappaz dans son Portrait des Valaisans,
a connu de l'intérieur cette société que le sociologue Uli Windisch
étudia, à Chermignon, dans un essai au titre significatif, Lutte de clans, lutte de classes. C'est là que Bagnoud est né, en 1959, et que se déroulait déjà La Leçon de choses en un jour, parue en 2006, épatante chronique d'un adieu à l'enfance. Avec Le Jour du dragon,
l'initiation sociale de l'adolescent se prolonge entre fanfare, messe
et potes, débats politiques et surboum, premier baiser et premier joint...
- Qu'est-ce quoi vous a poussé à cette double entreprise autobiographique ?
- C'est l'âge... La maturité m'a fait m'interroger sur mon passé et a
donné un autre sens aux questions qu'on se pose tous, il me semble:
Qu'est-ce que je suis? Qu'est-ce qu'il y a en moi de semblable aux
autres? De différent? Qu'est-ce qui me relie aux hommes et qu'est-ce
qui me sépare d'eux? L'autobiographie, ça permet de chercher assez
directement des réponses à ça. De confronter celui qu'on croit avoir
été avec les circonstances, de se demander en quoi elles nous ont
formés et en quoi on a pu échapper aux déterminismes. De voir ce qui
est commun en nous à toutes les périodes. Donc de rechercher qui on est.
- Est-ce que c'est un moyen d'atteindre une vérité ?
- De la reconstituer pléutôt. Ou alors de la constituer. On se recrée
par la mémoire, on se réécrit un destin ou une existence par la forme
qu'on lui donne en l'utilisant comme matériel d'écriture, en la
modifiant forcément. On se resaisit de soi-même, c'est comme si on se
refaisait, si on s'appropriait. De nouveau. Et puis il y a la question
de la vocation.
- La question de savoir pourquoi l'on devient écrivain?
- Oui. Cette envie est peut-être assez fréquente, mais enfin, ça me
stupéfie toujours que certains y arrivent. Parce que c'est difficile,
vous le savez, il y a beaucoup plus d'appelés que d'élus. C'est un
appel, mais aussi un travail, et il y a une position à prendre par
rapport à soi-même et un rapport avec la langue à trouver. Ce n'est
jamais donné. Il y a une maturation à faire. J'aimerais comprendre
comment j'ai cherché ma voie dans le langage.
- En quoi la communauté que vous décrivez a-t-elle changé depuis les années que vous évoquez ?
- Les différences sont énormes. Moi, je suis né dans un petit village
de 170 habitants où tout le monde connaissait les grands-parents, les
arrières-grands-parents de chacun. On était tous plus ou moins cousins,
au deuxième, troisième degré. Cette homogénéité a disparu. Beaucoup de
filles et de fils sont partis, et des inconnus ont acheté des maisons.
La communauté est très amincie. Avec cet amincissement, il y a toute
une idéologie, des normes, des obligations qui se sont évaporées. Et
puis il y a eu une transformation historique. Mes grands-parents
étaient nés presque encore au Moyen Age: ils soignaient des terres pour
d'autres, avaient peu d'outils, pas d'argent, ne connaissaient rien de
l'extérieur...
- Quelles ont été les difficultés techniques que vous avez rencontrées pour ces deux récits ?
- La composition d'abord. Il fallait s'arranger pour que ça ne soit pas
un simple recueil de souvenirs disparates. C'est pour ça que j'ai donné
à chaque livre le cadre d'une journée, en tâchant de donner une
direction, de hiérarchiser le texte pour que ça avance dans une
direction précise. Et puis, autre difficulté: le langage. La nature
même de ce qui était évoqué, ce monde villageois, je ne voulais pas en
donner une image savante ou méprisante ou extérieure. Ça m'a incité à
simplifier, à adopter un ton neutre, souvent oral, un peu amusé
parfois. En tout cas pas savant ou exagérément littéraire.
- Entendez-vous développer plus avant ce « tableau » de votre pays ?
- Oui. Le projet initial, c'était un cycle de sept livres qui se
passaient tous les sept ans. Bon, ça ne va pas se faire, en tout cas
pas sous cette forme. Parce que si les âges de sept, quatorze et
vingt-et-un ans tombent bien pour représenter l'enfance, l'adolescence
et la jeunesse, ça se gâte après. Pour l'instant, je travaille au
troisième volet. Le passage à la grande ville et à l'université. Après,
on verra.
- Comment votre entourage (et le Valais) a-t-il reçu ces deux ouvrages ?
- Étonnamment bien. J'avais un peu d'appréhension, même si j'avais fait
lire les textes à ma famille. Il y a quand même des attaques franches
contre un système local pas très transparent et des personnages qui
pourraient se reconnaître. Mais les gens ont apprécié. Par nostalgie en
partie, peut-être, mais aussi parce que nous partageons le même humour,
et qu'il fait passer bien des choses.
- Quel est, pour vous
personnellement, l'héritage de Maurice Chappaz, et quels autres auteurs
vous tiennent-ils lieu de « guides » éventuels ?
-
Chappaz, quand j'étais adolescent, c'était le maître, l'exemple à
suivre. Cette langue dense, forte, solaire. Cette présence dans le
canton. Ce mélange de thèmes locaux et universel. Il montrait qu'on
pouvait parler d'un lieu sans verser dans le régionalisme ou la
complaisance. Sinon, il y a des écrivains que je relis constamment.
Ramuz, Céline, Stendhal. Proust surtout.
- Qu'avez-vous à cœur de transmettre ?
- Peut-être qu'il faut refuser de parler les langages convenus qu'on
essaie de nous imposer. Tout conspire à nous emprisonner, à nous
rapetisser. Langage de la pub, celui des entreprises, celui des
idéologies, celui des groupes, des communautés. Il faut voir plus loin,
notamment dans les livres. En les fréquentant, il me semble que chacun
peut trouver sa propre langue, dans laquelle il peut se réaliser, qui
peut lui permettre de dire ce qu'il a de personnel, de singulier. Et je
ne parle pas ici seulement pour ceux qui veulent écrire, mais pour tout
le monde...
Un dragon à pattes d'éléphant
Après la chronique quasiment « exotique » de La Leçon de choses en un jour,
évoquant une enfance villageoise de la fin des années 60, Alain Bagnoud
aborde, avec Le jour du dragon, correspondant aux festivités
initiatiques de la Saint-Georges, une matière personnelle et collective
beaucoup plus délicate à traiter : une adolescence en province, d'une
musique à l'autre : entre trompette de fanfare et guitare électrique.
Dire la mutation de toute une société à travers la mue d'un ado
touchant à l'âge d'homme, et le dire en restituant à la fois le langage
de la tribu et les nouvelles façon de parler correspondant au vent
nouveau soufflant d'Amérique, n'est pas une sinécure pour qui veut
échapper à la fois aux clichés et au documentaire sociologique. Le tout
est de trouver la bonne distance et le ton juste, à quoi parvient Alain
Bagnoud avec une sorte de générosité souriante, mais jamais sucrée, de
malice et d'honnêteté, autant que de netteté dans la peinture.
Slalomer, en un jour, entre fanfare du clan doré (qui fait la pige aux
argentés, ces nuls...) et copains à récentes collections de 33tours,
paternel excité par sa première voiture et tonton bâtisseur, pudeurs de
puceau et mécaniques roulées à l'instar des plus délurés, fidélité
familiale et tentation de rejoindre la boum ou l'atelier de tel artiste
bohème tout cela ne va pas de soi dans un récit suivi. Or Alain
Bagnoud, jouant à merveille de l'alternance des temps et des points de
vue, y parvient avec autant de naturel que d'ironique et tendre
empathie.
Alain Bagnoud. Le Jour du dragon. L'Aire, 264p.
Portrait d'Alain Bagnoud: Pascal Frautschi.
Publié par Alain Bagnoud à 14:37:14 dans Le Jour du dragon | Commentaires (5) | Permaliens
23-09-2009 18:55
De ab Sujet:
thanks
20-09-2009 20:08
De Nicolas Esse Sujet:
Le Jour du dragon Url: [Liens]
16-02-2009 21:43
De ab Sujet:
Calamity
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