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Alain Bagnoud
Ecrivain. Né
en Valais.
Vit à Genève.
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Anne ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? | 30 janvier 2009

Dark_City_by_DaStafiZ.jpgIl y a certains matins comme ça où le monde nous parle. On a feuilleté les journaux, on a eu les nouvelles.
Un nouveau World Economic Forum à Davos décortique a posteriori la crise de la finance mondiale. Tout était prévisible : les "subprimes", la consommation excessive, l'endettement trop élevé, des analyses des risques trop lâches et des réglementations trop médiocres conduisaient forcément à la débâcle, explique-t-on aujourd'hui. Mais, bon, étrangement, on n'a rien vu venir.
De l'autre côté, en France, des millions de manifestants préviennent le président du pouvoir d'achat, lui signalent qu'ils trouvent tout de même un peu gonflé, après toutes ses promesses et ses slogans, que les revenus du capital soient plus valorisés que ceux du travail et qu'ils vivent moins bien, avec moins d'argent et moins de liberté individuelle. Bon, vous me direz, c'est bizarre qu'ils n'aient rien vu venir. Tout était prévisible: quand on élit un président de cet acabit...
Ici en Suisse, un sondage parle des intentions des citoyens. On va bientôt voter pour savoir si le peuple est d'accord d'étendre la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne à la Bulgarie et à la Roumanie. Les enjeux sont expliqués, les conséquences annoncées, les spécialistes font le point (ici). Il semble que les suites soient prévisibles.
Et pourtant, selon l'étude de l'Institut gfs.berne, si la moitié (50%) des sondés est favorable à la reconduction et à l'extension de l'accord, 43% des Suisses sont prêts à dire non le 8 février et il reste 7% d'indécis.
Faisons l'hypothèse que les citoyens refusent la libre circulation. Ça peut arriver. On sait en gros ce qui va alors se passer.
Eh bien je fais le pari que dans ce cas, on expliquera bientôt partout qu'on n'a rien vu venir.

(Publié aussi dans Blogres .)

Publié par Alain Bagnoud à 10:36:40 dans Polémique | Commentaires (4) |

Appollinaire, Max Jacob, Gide, Malraux, Proust, vus par Georges Gabory | 29 janvier 2009

Max Jacob, par Modigliani
Qui a entendu parler de Georges Gabory (1899-1978)? Il a pourtant été considéré entre 1917 et 1929 comme un jeune poète brillant, promis à une grande carrière. Il est devenu avant ses trente ans un rouage important du milieu littéraire, lecteur chez Gallimard où il était influent, auteur d'essais sur André Gide, Proust, Kisling, cité dans un rêve de Breton comme une sorte de fonctionnaire des lettres.
Puis après 1930, plus rien ou presque. Un recueil de poèmes, Mesures pour mesures, chez Firmin-Didot en 1981, et un recueil de souvenirs que je viens de lire, Appollinaire, Max Jacob, Gide, Malraux & Cie, chez Jean-Michel Place en 1988.
Pourquoi ce silence et cet éloignement du monde des lettres? Gabory ne le dit pas. Tout au plus explique-t-il que c'est un professeur américain, venu recueillir ses anecdotes de retraité, en 1962, qui l'a incité à les écrire.
On se trouve donc avec ce livre, n'est-ce pas, dans le côté Sainte-Beuve de la littérature. Des indiscrétions sur les auteurs, censés permettre de mieux cerner leur œuvre, ou tout simplement destinées à donner des aliments à notre curiosité. Le côté people de l'écriture.
Mais enfin, c'est très intéressant. Gabory a une plume virevoltante, il ne s'appesantit pas, il place ses faits avec légèreté, les émaille de bons mots et de calembours, désireux quand même, selon ses affirmations, de restituer l'image de cette génération au lendemain de la Grande guerre. C'est qu'il a connu tout le monde. Apollinaire, Max Jacob, Gide, Proust, Derain, Juan Gris, Breton, Aragon, Radiguet, Cocteau, Artaud, Reverdy, et André Malraux dont il fut un ami vraiment proche avant de se brouiller avec lui.
Le résultat bien sûr est décevant et excitant. Si Gabory ne révèle rien de fondamental, il se montre volontiers indiscret, s'intéresse de près à la sexualité de ses amis, et suggère deux ou trois ambivalences, chez Malraux par exemple, ou chez Proust, qui avait une définition toute particulière des « mauvaises mœurs ». On se sent donc un peu voyeur ou commère en regardant ces auteurs vus par un contemporain. Mais tout de même, l'évocation légère de cette époque, de ces gens, de ce monde aux mœurs ambiguës, la recréation de cette ambiance historique, c'est assez champagne!

Georges Gabory, Appollinaire, Max Jacob, Gide, Malraux & Cie, Jean-Michel Place, 1988.

Publié par Alain Bagnoud à 11:32:51 dans Lectures | Commentaires (1) |

William Irish, La sirène du Mississipi, Le livre de poche | 28 janvier 2009

La sirène du misssissippiC'est un avatar d'une l'histoire récurrente. Le brave type sur le retour séduit par une jeune salope.
Ici, il s'appelle Louis Durand. Il a 37 ans, possède une maison d'importation de café à La Nouvelle-Orléans et 100'000 dollars d'économies (on est en 1880 et c'est une somme). Et le voici fiancé par correspondance à une vieille fille de son âge qui habite Saint-Louis.
Mais il s'en passe des choses sur les bateaux à aubes du Mississipi, un no man's land plutôt louche. Celle qui arrive par le fleuve est finalement une jeune fille dans la vingtaine, d'un sexy sidérant.
Elle le prie de l'excuser pour la tromperie dont elle est coupable. Elle a expédié la photo de sa vieille tante afin de l'éprouver. Durand la croit, en tombe follement amoureux, l'épouse. Bien évidemment, elle n'est pas celle qu'il croit et une spirale infernale va suivre.
Pour le suspense, on ne révélera pas tous ce qu'elle lui fait subir, dans ce roman noir où le héros bourgeois et naïf sombre dans le crime pour l'amour d'une garce excitante qui le manipule avant de l'empoisonner. Mais il y a un happy end. Enfin, c'est selon.
Rebondissements, tension continue, caractères bien dessinés, euphémismes suggestifs, écriture classique. Bravo Irish (1903-1958)! Difficile de lâcher le livre une fois qu'on l'a commencé.
Truffaut l'a d'ailleurs adapté au cinéma et c'est à lui que le roman doit désormais de s'appeler La sirène du Mississipi: il avait été publié une première fois sous le titre Valse dans les ténèbres (1947).

William Irish, La sirène du Mississipi, Le livre de poche

Publié par Alain Bagnoud à 09:49:44 dans Polémique | Commentaires (2) |

Coaltar, janvier 09 | 27 janvier 2009

Dessin de Gérald Rast
Le numéro Coaltar de janvier est en ligne, illustré par Gérald Rast .
On y trouve bien des choses intéressantes. Pascal Antonietti décrit l'endroit près de Gênes où son aïeul a débarqué de Corse en 1788. Fabienne Raphoz s'intéresse de près à la colombe. Yona B. Chavanne explique les prémices du déménagement de son ami Avven. Eric Masserey raconte l'histoire de son grand-oncle, émigrant vers l'Argentine où il mourut en 1928.
Bien d'autres textes encore, de Marc Van Dongen, Yves Robert, Elicio Delicado, Véronique Folmer, Heike Fielder, Jean-Jacques Bonvin. U
ne vidéo de Heike Fielder. Et un éditorial de votre serviteur.
Dans Coaltar: revue littéraire, http://www.coaltar.net/.

Publié par Alain Bagnoud à 09:01:13 dans Lectures | Commentaires (2) |

Offensive des Nazgûl | 26 janvier 2009

Les Nazgûl du film

Il a les cheveux et la moustache noires mais la barbe blanche. Il commence par expliquer longuement que son expérience et sa pratique l'ont amené à abandonner les exposés ex-cathedra au profit d'échanges interactifs. Une manière d'avouer qu'il n'a pas préparé sa conférence. Puis il erre dans de longues digressions anecdotiques.
Sur un banc, à l'extérieur, une dame revêche. Cheveux bruns courts avec des mèches, une main sur le genou, l'autre sur le cou, tête penchée, pieds écartés, genoux serrés. Les affiches du musée annoncent des vues reconstituées de la préhistoire.
Le collège moderne est face au bâtiment ancien tout noirci par le temps avec de petites fenêtres et des pignons. Une grande statue molle et floue trône au centre du parc proche. Des enfants y grimpent comme sur un cheval et se prennent pour les cavaliers Nazgûl du Seigneur des anneaux. De mon temps, c'étaient les mousquetaires.
N
euf hommes ayant chacun reçu un Anneau de pouvoir au cours du Second Âge contre Athos, Portos, Aramis et D'Artagnan. Combat homérique. Le vainqueur est déjà connu: le rêve.

Publié par Alain Bagnoud à 09:38:53 dans Transports | Commentaires (2) |

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