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Les antinomies d'Etienne Dumont | 23 janvier 2009

affiche-dumont-SITE.jpg

C'est l'événement genevois du jour! La sortie indispensable du week-end! Tout ce qui compte dans la république sera là. Vous aussi, sans doute, pour découvrir les portraits d'Etienne Dumont à la Galerie Krysal, œuvres de 12 photographes.
Etienne Dumont, 60 ans, fils de bonne famille, journaliste sans complaisance et tatoué. Une figure de Genève, estimé, haï, critiqué, contemplé, admiré. De ces gens qui, comme on dit, « ne laissent pas indifférents ».
Il a commencé par un petit tatouage dans les années 60. Puis un autre. Faits désormais par le Lausannois Dominique Lang, ils ont petit à petit envahi tout son corps et son visage. Comme Dumont cicatrise «vite et bien», il se lance aussi dans le piercing: des anneaux sous la peau des mains, un labret, (hublot transparent) entre la lèvre et le menton, des cercles dans les lobes des oreilles, tout ce que son corps supporte. Il a dû ainsi enlever une barrette de son nez dont les parois se séparaient, ainsi qu'un des cornes en silicone qu'il avait sous la peau de son crâne pour cause de nécrose foudroyante l'an dernier.
On peut bien sûr s'interroger, et tout le monde le fait, sur les motivations du personnage. Ce qui m'intéresse plutôt, moi, c'est l'axe des contradictions dans lequel cette transformation le place.
La beauté / la laideur. L'exhibitionnisme/ la pudeur. La visibilité / le masque. La création / la destruction. L'étalage / l'effacement. L'apparence / l'intériorité. Le narcissisme / la haine de soi. La jeunesse éternelle / la décrépitude.
La démarche d'Etienne Dumont le met au centre de toutes ces antinomies, dans une oscillation perpétuelle entre elles, une interrogation renouvelée. Une sorte de quête personnelle, vertigineuse, qui impose violemment aux autres des questions inévitables.
Et les photographies? Je ne les ai pas encore vues. Mais on peut les découvrir ce soir de 18h à 21h pendant le vernissage. L'exposition aura lieu demain, samedi 24 janvier (10h-18h) et après-demain, dimanche 25 janvier 2009 (14h-17h).

Etienne Dumont, 60 ans, 12 photographes.zalmai ahad/vincent camel/alan humerose/michel israelian/steeve iunker/max jacot/isabelle meister/philippe pache/thierry parel/jean revillard/francis traunig/olivier vogelsang
Galerie Krysal, 25 rue du Pont-Neuf, Carouge

(Publié aussi dans Blogres )

Publié par Alain Bagnoud à 09:54:57 dans Expositions | Commentaires (4) |

Où on parle de mon livre à la radio | 22 janvier 2009

Le Jour du dragonVoici le lien pour Lectures croisées, l'émission du jour d'Entre les lignes (sur Espace 2 ), qui est passée à 11 heures et qu'on peut entendre à nouveau ce soir à 19 heures. Deux critiques littéraires, Sylvie Tanette et Jean-Louis Kuffer, y décortiquent des livres dans un débat mené par Louis-Philippe Ruffy. Au sommaire: "Trois nouveautés romandes de janvier sont passées au crible de la critique."
En fait, il n'y en a eu que deux, Un juif pour l'exemple, de Jacques Chessex (Grasset), et Le Jour du dragon, de votre serviteur. Le temps a manqué pour la suite.
Et qu'ont-il dit? Eh bien, vous l'entendrez en suivant le lien .

Lectures croisées: Deux nouveautés romandes de janvier sont passées au crible de la critique.

Publié par Alain Bagnoud à 11:52:36 dans Le Jour du dragon | Commentaires (4) |

L'écornifleur, de Jules Renard | 21 janvier 2009

Jules RenardJules Renard écrit au scalpel. Il tranche dans le gras. Pas de descriptions, pas d'explications psychologisantes, une guerre totale aux clichés. Pas un mot de trop.
C'est ce qui lui a permis, son sens de la formule, de devenir l'un des grands fournisseurs de citations de toute la francophonie. C'est notre Oscar Wilde à nous. Des citations pour la plupart tirées de son Journal, concis et bourré de formules qui font mouche comme les cartouches d'une bande de mitrailleuse.
O
n se souvient de son Poil de carotte, qui raconte son enfance. Dans l'Ecornifleur, c'est le récit d'une relation qu'il a entretenue à 23 ans avec un couple.
Il? Je sens les contre-sainte-beuviens (voir ici et ici ) dresser le doigt. « Ne confondez pas le personnage et l'auteur. » Pourtant, on peut, si on en croit le médiocre article qui lui est consacré dans
wikipédia qui affirme que Jules Renard a pris le sujet de ses livres dans son existence.
Citation : « Il a vécu tout ce qu'il a écrit. »
Dans le roman en tout cas, Henri, le héros, a réussi à s'insinuer petit à petit dans une famille bourgeoise niaise. Le mari, M. Galbrun, voulait lui faire écrire un volume sur l'ameublement. La femme est plus âgée que lui mais jolie. Tous deux l'ont emmené à la mer, à Barfleur, où ils ont pris logement chez un pêcheur, Alix.
Henri écrit des vers, se fait passer pour un poète, s'invente un arrière-fond de rencontre de célébrités littéraires, d'actrices, de bohème et de futur grand homme. En réalité, il pense à deux choses : savourer cette période de parasitisme avec ces êtres si niais et si bons, puis devenir l'amant de la femme, une sorte de Bovary en plus bête. Enfin, il le veut et il le craint. C'est un peu par devoir qu'il entreprend l'épouse, et il est un peu affolé quand il voit qu'elle se montre finalement prête à l'adultère. Là-dessus, la nièce arrive, qui tombe amoureuse de lui, et ça se finit par un dépucelage avant qu'Henri ne s'enfuie lâchement en faisant des promesses à tous.
C'est cinglant, plein d'humour, de vacherie et d'autodérision. On aime bien finalement tous ces personnages, ces deux bourgeois en quête de respectabilité, leur nièce, Henri l'écornifleur, c'est-à-dire le pique-assiette, qui se laisse finalement prendre à ses propres pièges maladroits et mener par ses entreprises. Tous sont un peu pathétiques, mais le livre refermé, on se dit que tout compte fait, on ne vaut pas mieux, pris comme on l'est dans la grande fraternité des imbéciles, telle en tout cas que l'épingle l'œil implacable de Renard.

Publié par Alain Bagnoud à 09:22:40 dans Lectures | Commentaires (3) |

Raphaël Confiant, Le meurtre de Samedi-Gloria | 20 janvier 2009

   Marché sous les parasols, par Cathy Mélin
J'avais assisté il y a quelque temps à une conférence de Jean Rouaud sur la littérature-monde. Vous vous en souvenez peu-être. Je vous en avais parlé ici .
Jean Rouaud et ses amis n'apprécient pas le parisiano-centrisme germanopratin. Ils pensent que la langue française se féconde quand elle vient des provinces et des autres pays francophones. Ce n'est pas nous, en Suisse romande, qui allons contester ça.
Ni Raphaël Confiant, qui est probablement un parfait exemple de ce dont Rouaud parlait. Raphaël Confiant, né en Martinique en 1951 et dont l'ambition, dans Le meurtre de Samedi-Gloria, est de faire résonner la langue populaire de son île et de dresser le portrait des petites gens qui la peuplent.
Le meurtre de Samedi-Gloria est en fait un polar. Quelqu'un a assassiné le « major » d'un bidonville, qui y faisait régner l'ordre et affrontait en danse-combat ritualisée les majors des autres quartiers. Il s'agit de découvrir qui a fait le coup.
Je le dis tout de suite: en tant que roman policier, le livre est raté. Pas de suspense ni de construction bien solide. On ne s'intéresse pas une seconde à celui qui a tué et à ses raisons. Ce meurtre est simplement un prétexte qui sert à faire le portrait des petites gens du quartier (la prostituée somptueuse, les crieurs des rues, les ramasseurs de tinettes, les mères dont chacun des enfants a un père différent et la plupart du temps inconnu) à raconter leurs habitudes, leurs superstitions, leur culture populaire, leurs croyances mêlées.
On remonte un peu dans le passé de l'île. On écoute une langue chatoyante, bigarrée, inventive. On apprend aussi le découpage sociologique de l'île, entre les blancs encore propriétaires de plantations et tout-puissants et les indiens, coolies, tamouls, méprisés de tous, avec entre deux toutes les couches intermédiaires de métis et de noirs...
Raphaël Confiant a situé son récit en 1966, probablement parce qu'à cette époque, les traditions n'avaient pas été émoussées par la modernité et que les différences sociales étaient encore tranchées. Pourtant le livre n'est pas nostalgique. Une célébration, plutôt, de ce peuple ensoleillé, vivant, chamarré, et de sa langue inventive.

Raphaël Confiant, Le meurtre de Samedi-Gloria,  Folio

Publié par Alain Bagnoud à 09:10:41 dans Lectures | Commentaires (4) |

Le calice et la faucille | 19 janvier 2009

Nos vies sont des calices,
vie de rien, orgie de tout;
vide le calice,
goût muscat
et coutelas.

Nos vies font les faucilles
sur les champs et sur l'abîme;
broie le seigle
avec pour dessert
le désert.

Si tu n'es pas d'ici
tais-toi;
tu ne peux pas comprendre
le pain noir
et le vin jaune.

Voici la flagellation,
voici les hosannas;
l'épi lourd
l'homme soûl,
le dieu fou.

                                                          Maurice Chappaz
                                                          Verdures de la nuit

Publié par Alain Bagnoud à 21:04:28 dans Poèmes | Commentaires (2) |

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