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Dégustation | 30 novembre 2008

 2007 en Valais? Une floraison rapide, beaucoup de soleil au printemps, puis un été pluvieux. Ce qui a été la cause d'une maturation lente du raisin, laquelle a duré 120 jours. Presque un record.
On a donc des vins puissants, concentrés, de bonne teneur. C'est ce qui ressort de la dégustation d'hier. Les vins de Georges Emery. Pour les blancs, fendant, arvine, païen, johannisberg (une nouveauté dans sa carte). Dôle, pinots noirs, violine (assemblage) pour les rouges. Et la perle d'or, un surmaturé. Que du plaisir.
Moi, je suis très amateur de blancs. Les quatre que Georges propose sont excellents. Dans les rouges, j'ai particulièrement apprécié la dôle, petits fruits épicés et légers tanins, le pinot noir en barrique pris dans des vieux parchets schisteux-calcaire et la violine, rustique et sauvage. Et puis la perle d'or, pour les becs à miel. Un vin de dessert qui tient ses promesses.

Georges Emery, plat de Valençon 20, 3978 Flanthey, 078 809 29 61, georges.emery@sunrise.ch

Publié par Alain Bagnoud à 16:23:31 dans Journal | Commentaires (0) |

Dégustation | 28 novembre 2008

Un peu débordé aujourd'hui. Préparation de la dégustation annuelle (voir ici et ici et ici ) qui aura lieu demain. Des nouvelles suivront. Après que tout sera rangé...

Publié par Alain Bagnoud à 10:44:39 dans Journal | Commentaires (0) |

Le Jour du dragon. Le début du roman. | 27 novembre 2008

leco2 Alain Bagnoud, Le Jour du dragon      C'est le chemin de l'école, une petite route dans l'ombre, entre des pavillons, un peu à l'extérieur de la ville, à sept heures et demie du matin. L'air est glacé, du vent souffle. Le soleil caché derrière les montagnes bleues n'a pas encore paru mais ses rayons frisent les crêtes illuminées, propulsés à l'horizontale comme de puissants faisceaux de projecteurs qui passent à des centaines de mètres au-dessus de nos têtes, à la surface de cette gigantesque piscine vide qu'est la vallée froide.
      J
e suis tout au fond de ce monochrome bleu avec Dogane et Léonard. Je porte un pantalon pattes d'éléphant, un blouson en simili-cuir. Nous parlons d'un disque. Une guitare électrique, de l'orgue, des voix rauques, des chœurs, une batterie survoltée, dit Léonard, une architecture sonore complexe et géniale. Il sort le 33-tours de son sac, une sorte de gibecière avec des franges qu'il porte à l'épaule.
      S
ur la pochette, des femmes nues sont couchées dans un décor psychédélique, sous le titre lilas en rondes molles qui flotte. Léonard retourne la fourre pour nous montrer les musiciens. Des chevelus désinvoltes, sombres ou arrogants, aux postures étudiées.
      S
ur le chemin de l'école. Dans le petit matin froid qui transforme nos respirations en panaches de buée. Le cours d'allemand va commencer. Dans dix minutes il y aura récitation de vocabulaire puis la gym, l'odeur écœurante des vestiaires, la gêne d'un corps pataud. Le soleil levant met du rose sur les parois est des montagnes. Devant nous, derrière nous, par groupes, des élèves qui parlent trop fort. Des voix qui muent. Des garçons maladroits qui se bousculent comme des chiens fous avec une brutalité que je craignais, un trop plein de vie qui se retournait parfois contre moi, mais aussi des singularités à connaître, des richesses à explorer. Ils étaient autres, différents, étranges. Leurs caractéristiques m'étonnaient et m'attiraient comme des pays à découvrir qui m'étaient le plus souvent interdits ou hostiles, dont j'entrevoyais parfois l'intérieur par éclairs, exotique et aguichant comme une vue de carte postale.
      M
ais sur ce monde informe, bruyant, hétéroclite et acéré, une grande force nouvelle arrivait, qui apportait avec elle de l'espoir et du sens. Tout était possible, tout allait changer. L'incongruité des femmes maquillées mais nues, couchées simplement sans pose avec un naturel qui était une obscénité supplémentaire et excitante. Les couleurs psychédéliques du décor sur la pochette, un milieu abstrait turquoise, jaune et orange dont les arabesques, les anneaux et les aigrettes appelaient le rêve, évoquaient ses volutes, ses surprises, les mouvements de sensations nouvelles dans un univers inattendu. L'attitude de révolte, de liberté ou d'indifférence des musiciens dont on voyait bien qu'ils affichaient leur exception et proclamaient leur insensibilité aux valeurs et aux norme.
      Ça soufflait sur le petit val où les pavillons de la nouvelle école avaient été bâtis, un peu à l'extérieur de Sinerre. Des boîtes à chaussures blanches disposées à angle droit avec une lignée de fenêtres sur le gris des murs extérieurs, et le rectangle de la porte peint en jaune par la lumière des néons. Un vent nouveau, qui venait d'un autre monde, parlait un nouveau langage.
      Il susurrait que de grandes choses m'attendaient, et avec elles arriveraient la plénitude, l'exaltation. Une nouvelle époque avait commencé, elle remplacerait la vieille. Une époque dont la découverte, l'exploration et la possession m'offriraient l'épanouissement. Une époque que je pourrais habiter. Qui serait la mienne.

Publié par Alain Bagnoud à 13:35:29 dans Le Jour du dragon | Commentaires (3) |

Saint Genet, comédien et martyr (2) | 26 novembre 2008

               Genet, par Giacometti

Retour sur Saint Genet, comédien et martyr. Ce livre monumental, brillant, parfois fulgurant, écrasant, dont j'ai parlé ici .
A la réflexion, j'ai quelques réserves. Ça convainc. Mais ça ne convainc pas tout à fait.
C'est un peu, si vous voulez, comme ces explications des économistes qui décortiquent a posteriori les mécanismes d'une crise ou d'une flambée. Tout se tient. Tout apparaît dans une logique parfaite, il ne reste plus une seule zone d'ombre, tout fait système. Après. Mais avant, personne n'avait prévu ça, personne n'y comprenait rien.
L'intelligence de Sartre détaille une construction fine, méticuleuse, complexe et logique qu'il appelle Genet. Mais ça ne résout pas la question du talent. D'autres se sont trouvés dans la même situation que Genet, et ne se sont pas retrouvés grand écrivain français du XXème siècle.
C'est que justement, la situation n'était pas la même ou qu'ils n'étaient pas doués de la même force mentale, de la même ambition, de la même révolte, du même amour des mots que Genet ? Ce que Sartre appelle la liberté ? Voici justement le mystère... Ce qui échappe à l'explication, ce que Sartre avec son impressionnante intelligence ne peut expliquer.
Qu'est-ce que la liberté d'un homme? Qu'est-ce qui lui fait choisir soudain une voie plutôt qu'une autre? Qu'est-ce qui fait, finalement, alors que nous avons tous cette liberté si j'ai bien compris Sartre, que deux personnes dans la même situation, avec un passé semblable, pourraient faire des choix différents?
Qu'est-ce que c'est, en bref, au-delà des circonstances qui le modèlent, que le Moi?

Publié par Alain Bagnoud à 10:41:23 dans Lectures | Commentaires (0) |

Sortie d'usine, par François Bon | 25 novembre 2008

Sortie d'usine est le premier livre paru de François Bon, qui a fait depuis la carrière qu'on sait. Ça parle du quotidien d'un ouvrier. Le départ le matin, comme une introduction, puis la journée.
Avec une évolution romanesque. Le temps passe même si tout semble figé. Chaque partie du livre est d'ailleurs titrée semaine (première semaine, deuxième semaine...). Et ça se termine par un retour du personnage sur les lieux, longtemps après qu'il a quitté son travail.

Un personnage qui a trouvé ce job par une boîte temporaire, qui s'est installé, qui attend de faire sa pelote avant de prendre du temps pour écrire. Un personnage qui ressemble à François Bon, en ce qui concerne la trajectoire en tout cas.
Bon avait travaillé avant ce livre « plusieurs années dans l'industrie en France et à l'étranger »(Wikipédia) notamment sur les plate-formes pétrolières. Il était spécialisé dans la soudure par faisceau d'électrons.
Enfin, autobiographique ou pas, Sortie d'usine est passionnant. Par cette manière qu'il a de rendre la texture du temps et du travail en usine grâce à des détails, des portraits, des récits d'événements singuliers (grève, accident) qui accusent par relief le quotidien insupportable et répétitif. Par la langue surtout.
Un mélange créatif de vocabulaire oral, spécialisé et savant, de syntaxe complexe et brisée, de témoignage et de littérature de recherche dans laquelle on sent l'influence déjà un peu lointaine du Nouveau Roman.

François Bon, Sortie d'usine, Les Editions de Minuit

Publié par Alain Bagnoud à 08:56:49 dans Lectures | Commentaires (2) |

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