
Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
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Une chose intéressante, dans les blogs, c'est qu'on peut y dialoguer. Commenter. Réagir. Répliquer. Ainsi, c'est l'excellent papier de Pierre Béguin sur Amélie Nothomb (voir ici) qui a provoqué celui que vous lisez.
Une sorte de réponse en quelque sorte. Parce que le hasard m'a conduit à m'intéresser de près à Stupeurs et tremblements, de la même Amélie. Le hasard, c'est le choix d'un livre commun à travailler dans toutes les classes d'un établissement scolaire où j'ai l'honneur d'enseigner.
Bien évidemment, le livre de Nothomb semble à la première lecture inconsistant, pour ne pas dire inepte. Si l'on se base sur des critères littéraires classiques. Car plus je m'y enfonçais, plus je comprenais quelque chose. Il se peut bien qu'on se trompe de genre. Que les productions d'Amélie appartiennent à une catégorie moderne. Qu'elles soient à la littérature ce que les séries télévisées sont au cinéma, par exemple.
Inutile de dire qu'il y a de bonnes séries télévisées, et que les livres d'Amélie ne sont pas méprisables, une fois qu'on a établi cette nuance.
D'ailleurs, force est de constater que Stupeur et tremblements suscite l'engouement des femmes. (Je parle ici de mes élèves comme de mes collègues.) Il semble y avoir deux raisons à ça.
D'abord, à les entendre, elles se projettent dans le personnage d'Amélie tel qu'il est décrit dans le livre. Une femme libre, excentrique, qui prend le monde avec légèreté et humour, qui passe son temps à sculpter intérieurement sa propre statue. Elle n'est pas reconnue à sa juste valeur, laquelle est immense. Mais même ses inconséquences lui servent. Qu'importe qu'elle ne sache pas ce qu'est un chiffre ou que ses compétences de traductrice soient douteuses. Ce sont les médiocres qui ont ces capacités. Amélie possède autre chose, de singulier, de magnifique, de génial, une nature d'exception qu'on reconnaîtra bientôt.
Il y a de plus quelque chose dans le sadomasochisme du personnage qui semble toucher ses lectrices. Résumons : dans sa boîte japonaise, Amélie est humiliée, réduite petit à petit au statut de dame pipi, et elle accepte tout ça avec soumission. Bien plus, elle passe des heures à contempler, extatique, le magnifique visage de son bourreau principal, une jolie femme nommée Fubuki. Enfin, elle réalise son rêve. Elle réussit, au comble de l'autodénigrement, en se discréditant, se critiquant, se vautrant oralement dans les ordures, à faire jouir sa tortionnaire.
Ce qui me rend très inq
uiet par rapport à l'image de la femme qu'Amélie projette et qui semble ravir ses lectrices. Rassurez-moi, mesdames : vous ne vous voyez pas tout de même comme des êtres d'exceptions méconnus et savourant leur soumission ?
Ou alors, il y a tout une image de vous à changer, me semble-t-il, et vous feriez mieux de lire Mon évasion, par exemple, l'autobiographie de Benoîte Groult.
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 10:02:11 dans Lectures | Commentaires (5) | Permaliens
Voilà ce que c'est que de lire en désordre: dans la dernière aventure où je l'ai suivi, Hyéronimus Bosch devait se glisser clandestinement dans sa maison sur pilotis qui était condamnée par un quelconque service d'hygiène après un tremblement de terre, et était destinée à la démolition. Dans La glace noire, que je viens de terminer, la maison est encore saine. Bosch y amène la médecin légiste de Los Angeles pour des parties de jambes en l'air après quoi il lui arrache des renseignements qu'il ne devrait pas savoir.
Ce qui rappelle que, quel que soit le roman dans lequel il apparaît, Bosch est un franc-tireur. Toujours tenu à l'œil par la police des polices qui l'a dégradé, faisant toujours le désespoir de ses chefs à qui il n'obéit que si ça l'arrange, toujours à un doigt de se faire expulser de la police criminelle. Toujours, aussi, en train d'accumuler des résultats qu'il est seul à obtenir grâce à ses intuitions, à son individualisme, à sa méfiance de la hiérarchie et à sa tendance à s'appuyer sur ceux qu'il juge digne de sa confiance.
Ici, il s'agit d'un flic qui a passé la ligne. Moore était dans la brigade des stups et il semble qu'il ait travaillé à répandre la black ice, une nouvelle drogue-cocktail élaborée au Mexique.
Moore se suicide au fusil de chasse, mais il a laissé des documents pour Bosch. Celui-ci ne croit pas à la version officielle et va à son habitude tout bouleverser. Pour finalement découvrir une vérité inattendue qui mêle drogue, désir du père, mouches, ambition féminine, tunnels et violence.
Michael Connelly, La glace noire, Points policiers
Publié par Alain Bagnoud à 12:26:10 dans Polars, etc | Commentaires (4) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 12:41:36 dans Chansons | Commentaires (0) | Permaliens
Tony Hillerman est mort dimanche, âgé de 83 ans. Il était célèbre à cause de ses polars qui se passent dans les réserves indiennes, avec deux héros récurrents. Le lieutenant Joe Leaphorn, officier de la police tribale navajo, un homme mûr et détaché. Jim Chee, un jeune enthousiaste qui est aussi apprenti chaman.
Le monde des Indiens, Hillerman le connaissait bien. Il avait été élevé avec des Séminoles et des Pottawatomies, éduqué dans les écoles indiennes, et notamment, disent les renseignements glanés ici et là, dans l'école Konawa. Non que je sache ce qu'est l'école Konawa, mais ça sonne bien. Exotique. L'école Konawa.
Enfin, j'en parle comme si j'en étais un spécialiste, mais je n'ai lu que trois de ses livres, réunis en volume par Rivages. La Trilogie Joe Leaphorn, qui réunit La Voie de l'Ennemi (1970), Là où dansent les Morts (1973), Femme qui écoute (1978).
On y trouve morts, disparitions, assassinats brutaux. Des sorciers indiens interviennent, les événements du passé remontent, une femme aveugle perçoit ce que d'autres ne remarquent pas, un ethnologue introduit sur le terrain de faux indices pour démontrer sa théorie et est prêt à tuer pour que ça ne se découvre pas...
il y a tout ce qu'il faut pour faire de bons polars : des intrigues, du suspense, de la violence. Et en plus du dépaysement. Ces cérémonies que l'on approche, mais pas de trop près. Ces mœurs étranges, exotiques. Mystère et dépaysement. Plongée ethnologique dans une réserve navajo (avec son enclave zuni et les tensions entre les deux communautés). Mais sans complaisance ni idéalisation.
Tony Hillerman, La Trilogie Joe Leaphorn, Rivages
Publié par Alain Bagnoud à 09:00:34 dans Polars, etc | Commentaires (2) | Permaliens
Je ne me souviens plus
d'où est venu ce livre.
Il était sur la
pile lente de mon bureau, vous savez. Celle des romans qu'on nous a
donnés et dont la lecture ne semble pas pressée, des
curiosités intéressantes qu'on trouve en occasion au
marché aux puces, des classiques en poche qu'on ne connaît
pas encore et qu'on a ramassés sur les rayons des librairies.
Cette pile qui n'est pas urgente, dans laquelle on prend un ou deux
bouquins de temps à autre. Ce que j'ai fait avant un petit
séjour en montagne.
Eh bien je remercie de
tout coeur celui ou celle qui m'a offert Auprès de moi
toujours. C'est un livre intrigant, oppressant, énigmatique,
riche de thèmes contemporains. La manipulation, la soumission,
le clonage, la mémoire, la vérité, la valeur de
la vie humaine, l'âme, le destin...
Après l'avoir lu,
j'ai fait le tour des blogs qui en parlent. On y trouve toutes sortes
d'opinions. Mais la position dominante des commentateurs, quoi qu'il
en soit, est qu'il ne faut pas résumer le livre faute de tuer
son intérêt.
On n'ira pas jusque là,
mais je me rallie quand même à la loi du silence. Il y a
en effet une jubilation et un effondrement à découvrir
petit à petit ce qui se cache derrière le paradis perdu
qu'est Hailsham, une école idyllique, un internat au milieu de
la campagne où des enfants grandissent, où on fait tout
pour leur épanouissement, leur développement, où
on les protège, eux et leur santé.
C'est Kathy H., 31 ans, qui
rédige ce récit d'abord mystérieux. Elle se
retourne sur son passé à Hailsham, retrace avec
sensibilité son éducation, les relations avec les
autres enfants et les adultes qui les guidaient.
Et petit à petit
émerge une autre réalité que le lecteur découvre
en même temps qu'elle l'a fait, par fragments allusifs. Un
système monstrueux à quoi les élèves
restent soumis jusqu'à leur mort, même après
avoir appris la vérité, tellement ils ont été
bien préparés, tellement leur vie entière est un
conditionnement réussi.
Auprès de moi
toujours est, en fait, un roman d'anticipation. Mais de ceux qui
sont si proches de la réalité qu'on se dit que ça
pourrait bien arriver, et qu'il faut absolument empêcher ça...
Kasuo Ishiguro, Auprès de moi toujours, Folio
Publié par Alain Bagnoud à 10:40:16 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
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