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Roger Peyrefitte, Les amours singulières | 24 octobre 2008

Wilhelm von GloedenEh bien, à notre époque qui se méfie du politiquement correct, voici un livre bien incorrect. Roger Peyrefitte, Les amours singulières. 1949. Descpription d'une bourgeoise perverse et incestueuse, éloge de la pédérastie. Qui peut dire mieux 60 ans plus tard?
Vous êtes choqué? Vous ne le seriez pas si vous lisiez les deux récits qui composent ce livre.
Parce que Peyrefitte n'est pas Jean Genet. Celui-ci, dans ses romans magnifiques et coulés dans une esthétique glacée et somptueuse, veut absolument dégoûter, prouver que la pédérastie, c'est le Mal, et le faire quand même.
Notre Roger non. Tout au contraire, il veut qu'on pense que l'amour des petits garçons est une chose aimable et charmante. Il est badin, léger, dix-huitiémiste. Il absout tout. Ce fils qui couche avec sa mère, et avec sa vieille cousine boiteuse, et avec ses cousins, et qui tente de séduire le narrateur, c'est un être léger, innocent, d'avant le péché originel, d'avant l'ère judéo-chrétienne. La mère est horrible, certes, mais c'est une femme, et Roger, on le sait bien, a une estime médiocre pour les femmes.
Par contre, il a un modèle. Le héros du deuxième récit, dont vous voyez une des oeuvres ci-dessus. Wilhelm von Gloeden, 1856-1931. Baron allemand expédié à Taormina pour soigner sa phtisie, qui y reste 50 ans, qui, par ses photos, fait connaître ce lieu comme un paradis pour les messieurs amateurs de petits garçons. « Deux ou trois générations de photographies nues. »
Il a des clients, admirateurs, visiteurs célèbres. Anatole France. Oscar Wilde. L'empereur Guillaume II de Hohenzollern. Son fils, le prince Auguste-Guillaume de Prusse. Krupp, homme le plus riche d'Allemagne, qui fit ensuite des orgies à Capri.
Mais n'oubliez pas que l'époque a changé. Que la pédérastie, maintenant, c'est le Crime absolu. Une image inversée de l'époque, qui a fait des enfants ses Rois et ses Dieux.
Comme Roger Peyrefitte, en fait. Mais pas du tout dans la même optique.

Roger Peyrefitte, Les amours singulières, Le livre de poche

Publié par Alain Bagnoud à 12:45:22 dans Lectures | Commentaires (4) |

Sympathies littéraires: Verlaine vu par Edmond de Goncourt | 23 octobre 2008

Paul Verlaine« Malédiction sur ce Verlaine, sur ce soûlard, sur ce pédéraste, sur cet assassin, sur ce couard traversé de temps en temps par des peurs de l'enfer qui le font chier dans ses culottes, malédiction sur ce grand pervertisseur qui, par son talent, a fait école, dans la jeunesse lettrée, de tous les mauvais appétits, de tous les goûts antinaturels, de tout ce qui est dégoût et horreur. »

                                 Edmond de Goncourt
                                 Journal, 1er juillet 1893

Publié par Alain Bagnoud à 12:02:33 dans Citations | Commentaires (3) |

Le Père Serge, par Tolstoï | 21 octobre 2008

La tentation de Saint Antoine, par Brueghel

En lisant Le Père Serge, une longue nouvelle de Tolstoï (70 pages en livre de poche), je repensais à un roman que j'ai parcouri il y a déjà plusieurs années, sur le même sujet. De François Weyerganz. Vous savez, il a eu le Goncourt il y a quelque temps, pour un livre qui n'était de loin pas son meilleur.
Récompense d'une oeuvre, peut-être. Weyerganz a mérité de la patrie, notamment avec son Franz et François, où il règle ses comptes avec son père, écrivain aussi.
Comme Le Père Serge, le roman de Weyerganz parlait d'un saint. Les époques étaient différentes. Les premiers siècles de la chrétienté pour celui-ci, les années 1840 à Pétersbourg pour celui-là. Mais il y a des similitudes fortes.
Tous deux, par exemple, quittent le monde plus ou moins par orgueil, deviennent ermites, leur réputation croît, ils attirent petit à petit la foule et, piégés, doivent fuir, disparaître, changer d'identité. Puis ils effectuent un trajet personnel pour se dépouiller du monde, de l'orgueil, du moi, pour atteindre à l'humilité parfaite et à la dépossession radicale, qui rime avec l'ouverture et la transparence à Dieu.
Avec quelque chose de plus âpre chez Weyerganz, de plus radical et qui frise l'inhumain, où il y a chez Tolstoï de l'effusion et un peu de douceur.
Enfin, ce sont surtout des documents un peu inquiétants. Car qui rêverait de tout quitter et de devenir un saint aujourd'hui, dans nos sociétés? De cette manière?
Ou, en tout cas, ces gens-là n'ont plus valeur d'exemple...

Publié par Alain Bagnoud à 18:31:27 dans Tolstoï | Commentaires (2) |

Au-dessous du volcan, par Malcolm Lowry (suite et fin) | 20 octobre 2008

Malcolm LowryParlons enfin tout droit d'Au-dessous du volcan (voir ici et ici) Qui n'est pas un livre facile d'accès. Pour les raisons, peut-être, qui font sa réussite.
La densité d'abord. L'intrigue est simple pourtant: Yvonne revient à Quauhnahuac, une ville mexicaine, pour retrouver son mari, Geoffrey Firmin, ex-consul d'Angleterre, après une séparation d'une année. Elle le retrouve au matin dans une cantina, complètement ivre après une nuit passée au bal de la Croix-Rouge. C'est le jour des morts.
On suit jusqu'au soir ces personnages, à qui se joint Hugh, le demi-frère de Geoffrey, amoureux d'Yvonne. Promenades, course de taureau, errance alcoolisée, jusqu'à la mort ignominieuse du consul, tué par des para-militaires fascistes et jeté dans un ravin avec le cadavre d'un chien, alors qu'Yvonne, un peu plus loin, est foudroyée par l'orage.
Mais là-dessous courent d'autres récits, surgissent des allusions, apparaissent des symboles, de sorte que le roman est comme une vaste forêt parcourue de sentiers qu'on peut prendre ou non, avec aux embranchements des panneaux signalétiques pointant vers différentes directions.
Il n'est pas indifférent que le consul tente d'écrire un livre magistral sur l'ésotérisme. La réalité est une apparence, la vérité est cachée, accessible aux initiés, foisonnante, seule porteuse de sens.
Quelques pistes sont données: le paradis perdu (le jardin), l'Adam primitif et androgyne de la Kabbale coupé en deux, le péché originel, la culpabilité, le mythe du bon Samaritain, le Jour des Morts mexicains, les cercles de l'enfer, la roue de la vie, la forêt primitive, etc. (Certains de ces thèmes sont développés par Max-Paul Fouchet dans la postface de mon édition.)
Autre difficulté - et autre plaisir: la langue. Lyrique, poétique, aux phrases amples, intégrant plusieurs niveaux de narration. Une langue somptueuse.
Et au total, comme je l'ai dit: un chef-d'oeuvre.

Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan, Folio

Publié par Alain Bagnoud à 20:54:19 dans ___PANTHEON | Commentaires (1) |

Café-restaurant La Sportive | 19 octobre 2008

La Sportive (à droite) 45 Rue de Carouge par Benoit

Le vrai café populaire. Depuis toujours. Il abritait nos soirées d'étudiants bien arrosées, puis nous réaccueillait au petit matin, à quatre heures, quand il s'agissait de prolonger encore un peu.
Le patron était à l'époque le gros Héritier de Savièze, qui vendait aussi du vin à l'emporter. Une production de sa famille valaisanne. Prix raisonnables. De quoi tenir les quelques heures entre la fermeture et la réouverture.
L'intérieur n'a presque pas changé depuis. Entrelacs au plafond de fausses poutres sombres, lustres en fer, cloche de vache pendue. Grand bar, photos au mur, longues tablées. Piliers en bois, nappes rouges et jaunes, petits drapeaux suisses en papier et fanions du F.C. Sion.
Très fréquenté. Ça parle fort, ça se cause entre les tables. Les piliers de bar ont le teint brique et la bedaine généreuse. Les dames sont entre deux âges. On feuillette les journaux de boulevard, on boit de la bière ou du rosé. On se sent bien, on est entre nous.

La Sportive, 45 rue de Carouge, Genève

Publié par Alain Bagnoud à 17:42:17 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (0) |

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