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Tendres Stocks, par Paul Morand | 23 septembre 2008

Klimt, Portrait d'Adèle Bloch-BauerLa statue de Paul Morand avait été fort ébréchée pendant la guerre par ses rapports avec Vichy qui le nomma ambassadeur en Roumanie et à Berne. Ça ne s'est d'ailleurs pas amélioré depuis. En tout cas pas avec la publication du Journal inutile.
C'était en 2002, vingt-cinq ans après la mort de l'auteur. Il s'y montrerait, semble-t-il, très vilain (je ne l'ai pas lu), taperait quotidiennement sur les Juifs et les homosexuels (en exceptant de sa détestation Proust, son maître absolu, qui a écrit d'ailleurs la préface de Tendres Stocks) , agonirait ses ennemis de sa haine et se montrerait un parfait mufle et un goujat décidé.
Bref, ce n'est pas ainsi qu'il a retrouvé grâce dans l'opinion publique, dont ce notable choyé par le Tout-Paris avait été adulé jusqu'en 39.

Revenons à cette période bénie. Plus précisément à ce qui l'ouvre. Son premier recueil de récits, Tendres Stocks.
On y trouve le résultat des fréquents séjours que Morand a faits dans son adolescence et sa jeunesse à Londres, ville où se passent les trois récits. Trois portraits de femmes jeunes et pas très conformistes, immobiles ou en train de chuter, dans des milieux snobs, chics, artistes. Acheteuse d'art, danseuse passionnée de chasse, veuve dans la voie de la corruption...
Un livre brillant, condensé. Des images rapides, qui s'enchaînent, avec un peu tout de même l'envie d'en jeter, et cette auto-complaisance à justement vouloir se montrer vif, neuf et étincelant.
Mais enfin, ça impressionne. Tout ce talent... Et ce qu'il en a fait ensuite!

Publié par Alain Bagnoud à 09:16:28 dans Lectures | Commentaires (5) |

Georges Duhamel, Le notaire du Havre | 22 septembre 2008

Georges Duhamel, Le notaire du HavreJ'ai senti, au début de la lecture de ce roman, une exaspération me gagner rapidement.
Mais qu'est-ce que veut donc Duhamel (me disais-je) ? Chanter les beautés de la petite bourgeoisie dans une langue simple, en adoptant une position narrative plaintive et complice ? Célébrer les mérites d'une société médiocre qui permet, en deux ou trois générations, à des arrière-petits-fils de paysans de devenir notaires provinciaux ou médecins ? Nous engluer dans des histoires étroites d'héritage, de sous, de minuscules réussites sociales ?
De tout ça venait une impression d'étroitesse, de mesure bourgeoise, de petitesse satisfaite.
La famille des Pasquier est agaçante. Un père un peu fantasque, avec quelques colères homériques, mais si travailleur ! La mère parfaite, elle, qui coud, ne se plaint jamais. Les garçons vont réussir, on le devine. Ils seront la matière, si j'ai bien compris, de la Chronique des Pasquier, dont Le Notaire du Havre est le premier volume, et qui avait rendu Duhamel célébrissime jadis.
Heureusement, la famille déménage et là, ça devient intéressant. A cause de leurs voisins. Les Wasselin d'abord. Théâtraux, cabotins, hurleurs. Le père maudit ses aînés, les renie, bat le dernier, Désiré, détourne de l'argent. Les Courtois ensuite. Retraités dont le mari sombre dans la démence.
Enfin ça devient tragique. Wasselin finit en prison, Désiré se pend, les Pasquier ont perdu tout l'argent sur lequel ils comptaient.
Duhamel a une étiquette publique d'humaniste dont l'idéal était l'ordre et la paix. Bon, il y a du boulot. Dans la suite de la chronique, peut-être...

Duhamel, Le notaire du Havre, Folio

Publié par Alain Bagnoud à 14:14:57 dans Lectures | Commentaires (5) |

Peer Gynt au Parc Gourgas | 20 septembre 2008

Peer Gynt par les ArtpenteursLà, il faut se dépêcher. Peer Gynt est joué jusqu'à ce soir seulement, au Parc Gourgas à Genève, sous chapiteau. C'est la finale d'un périple qui a mené la troupe des Artpenteurs dans une dizaine de villes.
Avec la surprise de découvrir un jeune Ibsen bien différent de celui qu'on connaît: le réaliste traitant de problèmes sociaux, l'auteur de Une Maison de Poupées et de Hedda Gabler.
Peer Gynt est une pièce fantastique avec des trolls, le diable, la mort. Le héros y vit des aventures truculentes avant de découvrir que l'amour sincère est le vrai sens de la vie.
Bon, le message est un peu nunuche, et la quête de l'identité, un thème principal de la pièce, n'est pas vraiment approfondie par Ibsen.
Ce qui fait mouche surtout dans le Peer Gynt des Artpenteurs, c'est l'amour de la vie et du spectacle. Masques baroques, mouvement, fougue, inventivité, un vrai moment de théâtre pour une intrigue picaresque et raccourcie (l'ensemble de la pièce aurait duré huit heures). Avec une grande efficacité dans l'utilisation des décors minimaux et des effets flirtant avec le théâtre de rue ou le cirque.
Et cerise sur le gâteau, mon cousin est un des acteurs: René-Claude Emery. Son blog est ici . Que vouloir de plus?

Publié par Alain Bagnoud à 10:12:54 dans Théâtre | Commentaires (1) |

Balthus à la Fondation Gianadda | 19 septembre 2008

   Balthus, Sunny days
Je suis donc allé voir, comme beaucoup de gens, l'exposition que la fondation Gianadda a montée pour les 100 ans de la naissance de Balthus.
Eh bien autant le dire tout de suite: si Balthus n'est en tout cas pas le peintre de génie que certains réfractaires à l'art moderne célèbrent, il n'est pas non plus le nullard absolu que d'autres voient en lui.
Bien entendu, c'est un mauvais peintre. Sa technique est lacunaire, il est incapable de représenter le mouvement, ses personnages et ses poses sont artificiels, etc.
Mais il parvient justement à utiliser ses faiblesses pour en faire quelque chose. Il connaît ses limites et il porte son travail ailleurs que sur l'art pur et son rapport à l'histoire contemporaine. Sur la représentation. Les mises en scène. Les ambiances.
C'est, en fait, un peintre à idées. Un peintre littéraire.
Il sait évoquer ces moments lourds de l'adolescence, ces après-midis de dimanche interminables où l'ennui vous pousse vers le fantasme et l'envie de l'érotisme. N'ayant pas beaucoup d'imagination, il repique des scènes ou des thèmes classiques et chargés. Les chats et leur symbolisme. La confrontation entre des jeunesses nues et des vieilles femmes qui les contemplent ou qui les parent. Les portraits de fillettes plus ou moins dévêtues, entre innocence et perversité, à ce moment de l'éclosion de la sexualité qui fait qu'elles ne maîtrisent pas encore les codes de la séduction et qu'elles en laissent voir trop. D'où ce parfum de scandale si utile pour sortir un peu du lot.
Ce sont des trucs, mais Balthus les maîtrise bien.
C'est ainsi (et grâce à un travail de toute sa vie pour sculpter sa propre statue, établir des relations et se faire passer pour ce qu'il n'était pas - voir là-dessus Le Paradoxe Balthus, par Raphaël Aubert, La Différence, 2005) qu'il est devenu le peintre préféré de ceux qui n'aiment pas la peinture.

Balthus, Fondation Gianadda , Martigny, jusqu'au 23 novembre
(Publié aussi dans Blogres.)

Publié par Alain Bagnoud à 10:45:32 dans Expositions | Commentaires (1) |

Michel Bühler, Chanson pour Camille | 18 septembre 2008

      

                          Et son site: http://www.michelbuhler.com/

 

Publié par Alain Bagnoud à 13:33:55 dans Chansons | Commentaires (2) |

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