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Alain Bagnoud

Alain Bagnoud. Né en 59 en Valais. Vit à Genève. Quatre romans, un récit, un essai. (Contact)

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Les Géorgiques, de Claude Simon | 29 juillet 2008

J'avais un mauvais souvenir de Claude Simon, sans connaître son œuvre en fait. Par des rumeurs, des recoupements. Ça venait de l'université. Le Nouveau Roman, etc.  Je liais Claude Simon à Robbe-Grillet que, lui, j'avais lu. Quel ennui ! Les Gommes, La Jalousie, Un Régicide... Il fallait se farcir tout ça, c'était obligé.
Du coup, Claude Simon avait été pris dans le sillage, soupçonné d'être accablant
Puis il y a une année ou deux, j'ai ouvert La route des Flandres. Par hasard. Parce qu'il n'y avait rien d'autre dans l'endroit où je séjournais (une chambre boisée avec aux murs deux chromos naïfs tirés au début du XXème siècle).
Il m'en est resté des images assez fortes pour que je m'attelle à une de ses œuvres maîtresses, paraît-il. Les Géorgiques, que je viens de terminer. 
Dont le titre, bien sûr, est une allusion à Virgile et aux travaux des champs qui rythment aussi ce livre. 
EClaude Simont voilà, c'est fait, je tourne casaque. Je change de discours. Il s'agit de considérer dorénavant Claude Simon comme un très grand écrivain.
Les Géorgiques
contient trois récits liés à la guerre, à l'Histoire, avec trois personnages principaux, qui au début ne sont pas très bien identifiés. Ça ressemble à une sorte de magma, mais un magma travaillé, un chaos organisé. On découvre l'existence d'un général qui sert la Révolution française et Napoléon, puis deux autres personnages s'insinuent dans  les phrases courtes qui décrivent sa trajectoire de façon atemporelle. Leur histoire prend de l'ampleur, leurs trajectoires se séparent, pour se rejoindre à nouveau, plus ou moins, à la fin.
Ils sont anonymes, mais on les a identifiés. O., c'est Georges Orwell, engagé dans la guerre d'Espagne, pris dans les combats intestins entre les communistes et les anarchistes en 1936 à Barcelone. Il essaie ensuite désespérément d'expliquer les causes du conflit alors que, selon Simon, si j'ai bien compris, l'homme est un jouet qui ne peut rien saisir, dans sa vie mais surtout dans la guerre, ce cloaque insensé, traversé par des forces irrationnelles qui lui échappent.
Un autre personnage est Claude Simon lui-même, avec son expérience de la défaite de 40 pendant laquelle il était soldat dans la Meuse en tant que cavalier. Et le général est en fait son aïeul.
Il y a quelque chose de proustien dans ce texte. La phrase, peut-être, longue, ramifiée, suggestive, qui tire un univers immense du souvenir et l'impose durablement, de façon définitive. Claude Simon est un de ces auteurs qui demandent un effort pour qu'on les suive. Mais on en est récompensé au centuple. Puissance de la langue, force d'évocation, pouvoir de la mémoire et de ses embranchements. Tout ça crée le sens de ce montage spatio-temporel, et l'impose comme une révélation.

Publié par Alain Bagnoud à 21:02:26 dans Republication | Commentaires (5) |

Angel Corredera, Derniers rites. | 25 juillet 2008

Woodstock 1969
                                               Woodstock 1969


En janvier 1970, un train déraille à la sortie du tunnel de Somport, dans les Pyrénées, à Canfranc. Adam Nada échappe à la mort, mais pas ses parents, des immigrés partis chercher du travail loin de chez eux. Le petit garçon est placé dans une famille d'accueil qui l'adopte. Les Tremblay. Nathan, Alice et leur fille Esther.
Nathan est enseignant, Alice hôtesse de l'air à mi-temps. Tous les deux sont pris dans la bourrasque des années hippie, suivent le mouvement, ses utopies, ses rêves et ses expériences, du communautarisme autogéré à la découverte de soi par les drogues, en passant par la liberté sexuelle, le combat politique et les spiritualités délirantes.
Après une exploration systématique des hallucinogènes, Nathan finit par y perdre la raison, victime d'un ultime buvard de LSD qui le laisse prostré, muet, immobile, son esprit en cercle fermé dans les connexions nouvelles que l'acide a créées. Désemparée, perdue, Alice disparaît dans un ashram, victime d'un quelconque gourou, et abandonne les enfants à leur sort.
Ces scènes et d'autre encore, Adam les a filmées avec une caméra que lui avait achetée Nathan. Deux décennies plus tard, il y a encore des retrouvailles précautionneuses avec Esther, la mort de Nathan et une rencontre avec une Alice vieillie. Il y a aussi la visite de Canfranc trente ans après l'accident qui a tué ses parents biologiques. Il y a un livre fait avec tout ça, d'une écriture dense, sourde, puissante, qui se développe par cercles concentriques autour de deux scènes fondamentales. L'accident de chemin de fer, la nuit où la raison de Nathan lui a échappé. Deux scènes qui précèdent les deux abandons auxquels Adam Nada a dû faire face.
Derniers rites est un livre qui a une grande puissance d'évocation. Qui dessine autant des trajectoires individuelles que le portrait d'une époque, vue à travers la description des mœurs, des usages, mais aussi par l'évocation d'images et de films. Ceux qu'a tournés Adam Nada, Zabriskie Point d'Antonioni, One american Movie, One PM de jean-Luc Godard, mais aussi le feuilleton télévisé Chapeau melon et bottes de cuir et le film pornographique Deep throat de Gerald Damiano.
Roman d'une époque : entendons-nous ! Angel Corredera se signale moins par une analyse du mouvement hippie que par un questionnement incessant de son sens, par l'illustration des attitudes que prônait cette époque, par une analyse des croyances et des relations.
On voit à travers ses personnages des êtres qui cherchent une chose mal définie mais qu'ils croient probable. Une utopie dont ce qui frappe est qu'elle n'est pas déterminée, ni précise. C'est une grande chose vague à l'horizon, qui se détache sur la grisaille du passé mais qui n'a pas de forme, même si elle véhicule une énergie et un espoir de changement, dont le bilan, trente ans plus tard, si l'on en croit Angel Corredera, est très amer.

(Editions de L'Aire)

Publié par Alain Bagnoud à 18:51:41 dans Republication | Commentaires (3) |

La nature est un temple où de vivants piliers... | 23 juillet 2008

 Photo de Michèle Labbe Le naturel. L'artificiel.
A la montagne ces notions prennent un autre sens quand on parle avec les gens. Les villageois. Les natifs.
Ce qui est naturel pour eux, c'est ce qui est là depuis longtemps, hérité, de tradition. Les prés, les vaches, les raccards, les chevreuils, les forêts. Mais pas le lynx ni le loup. Ils n'existaient pas avant, ils ont été introduits ou ils arrivent par la faute de changements modernes (l'expansion des forêts). Ils appartiennent donc à l'artificiel et on peut les éradiquer sans états d'âme.
Pour les amoureux de nature, au contraire, le naturel c'est la nature sans l'homme. Donc le chevreuil, le renard et la forêt mais aussi le loup, l'ours et le lynx. Ces animaux qui seraient dans nos régions si l'homme ne les avait pas exterminés jadis.
Par contre, la vache, la grange, le pré fauché sont à leurs yeux des artifices.
Cette position, poussée à l'extrême, impliquerait que non seulement on n'agisse pas sur les territoires rendus à la nature, mais qu'en plus, la présence de l'homme n'y serait pas bienvenue. Même en tant que promeneur: il dérange les animaux et change l'équilibre des choses.
D'où les problèmes de compréhension et de dialogue quand on parle de nature. Mais qu'est-elle donc?
Moi j'ai ma petite idée là-dessus. Le naturel est d'abord une construction imaginaire. On le voit par ses diverses définitions.
Et si on veut le cerner plus précisément, c'est facile. Il suffit de le chasser. Vous connaissez le proverbe...

Publié par Alain Bagnoud à 18:09:56 dans Journal | Commentaires (6) |

François Diday, Le Wetterhorn | 21 juillet 2008

Publié par Alain Bagnoud à 18:39:54 dans Expositions | Commentaires (0) |

Bel et bon | 19 juillet 2008

Je ne sais pas si c'est la même chose chez vous, mais dans mon entourage, les gens se souhaitent de moins en moins une bonne journée.
C'est la même chose à la radio d'ailleurs. Je viens par exemple d'entendre une animatrice souhaiter à tous les auditeurs une belle journée.
Un changement instructif. Significatif.
Bon, c'était du domaine des sens. Ce qu'on peut goûter, apprécier, déguster. Un repas, un bain, une caresse.
Beau, au contraire, c'est le domaine du visuel, de l'esthétique. Une appréciation qui n'est pas physique, mais spirituelle. Si on ingère ce qui est bon, si on l'apprécie en soi, le beau nous est extérieur et on le savoure comme un spectacle.
Une belle journée, c'est donc une journée où on n'est pas impliqué, qu'on observe avec un peu d'écart, dont on admire le déroulement des événements en connaisseur.
En passant de bon à beau, on nous souhaite donc de nous désinvestir, de nous désemcombrer. D'adopter une position zen. De passer de la digestion à la contemplation, de la saveur à la méditation.
C'est peut-être une bonne idée. Une belle idée ? En tout cas pas une mauvaise idée. Ni une vilaine idée. Bon. Bien. D'accord. Allez ! Que votre journée soit intéressante !

Publié par Alain Bagnoud à 18:31:36 dans Republication | Commentaires (2) |

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