JUSTE PARU
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
J'avais critiqué ici la fan zone. Permettez-moi de faire amende honorable. J'avais tort. J'ai compris par la pratique que ce genre de défouloir est indispensable à la paix sociale, et désormais, l'admiration m'envahit : bien joué, messieurs ! Beau travail !Publié par Alain Bagnoud à 09:17:08 dans Polémique | Commentaires (12) | Permaliens
Publié par Alain Bagnoud à 08:47:11 dans Citations | Commentaires (5) | Permaliens
Lorenza Foschini, journaliste à la RAI et proustienne émérite, donne avec Le manteau de Proust un petit récit fascinant, qui se lit comme un polar.
Il s'agit évidemment du célèbre manteau du romancier. Cette pelisse qui ne le quittait pas, qu'on peut voir sur lui en 1905 dans une photo prise à Evian, qu'il a portée toute sa vie, qui a suscité l'original de la scène où Saint-Loup saute sur les banquettes d'un restaurant pour apporter un pardessus au narrateur. Ce manteau qui servait de couverture à l'auteur, posé sur le lit où il écrivait couché, les bras levés.
Ce manteau, donc, existe encore. Il est au Musée Carnavalet, dans un carton. Lorenza Foschini raconte comment l'habit a été découvert et sauvé par Jacques Guérin, industriel parfumeur, mécène, bibliophile et collectionneur. Jacques Guérin qui, entre parenthèses, a été un des grands amours de Violette Leduc.
On voit passer dans cette petite recherche le frère de Proust, Robert, qui a assuré la publication de l'œuvre de son frère, après sa mort, mais à sa manière. Sa femme, dont l'histoire est étonnante.
C'est Adrien Proust, le père de Marcel et de Robert qui a organisé le mariage de Marthe avec son fils. Et pour une raison curieuse : elle était la fille de sa maîtresse à lui.
Malgré cet antécédent scandaleux, qu'elle ignorait d'ailleurs peut-être, Marthe n'a jamais trouvé Marcel convenable. Elle n'a jamais lu une ligne de lui, proclamait partout qu'il n'avait écrit que des mensonges, se voulait la gardienne de la respectabilité de la famille. Elle a donc brûlé des quantités de lettres, de livres, de photos. Un autodafé bourgeois destiné à sauvegarder l'honneur des Proust menacé par l'homosexualité de l'écrivain.
Comment Jacques Guérin a réussi toutefois à sauver quelques papiers, quelques meubles de la chambre de Proust et son fameux manteau, c'est ce que vous découvrirez dans ce petit livre passionnant...
Lorenza Foschini, Le manteau de Proust, Portaparole
Publié par Alain Bagnoud à 10:48:30 dans Proust | Commentaires (0) | Permaliens
Il y a quelque chose de paradoxal et de provocateur à choisir Jean Calvin comme sujet, pour un romancier, alors que la période dans laquelle nous vivons traîne ses principes dans la boue. Il n'aurait pas beaucoup aimé le foot et ses transes collectives, une chose à rappeler en ces jours où l'Euro envahit Genève. Il interdisait la danse et la musique (à part les psaumes), réprouvait la mode et codifiait les parures, couvrait ses fidèles de noir, réglementait la sexualité, fustigeait l'amusement, la fête et la joie sociale.
Il est vrai que dans l'économie, c'est autre chose, puisque les principes de Calvin ont créé le capitalisme, si on en croit Max Weber, et permis le libéralisme qui sévit aujourd'hui. Triomphe de Calvin dans ce domaine.
Bref, Nicolas Buri a choisi de raconter la vie de ce personnage magistral, de son enfance à sa fin. Nicolas Buri, scénariste.
On se doit de rappeler sa profession, tant le roman Pierre de scandale bénéficie des qualités que Buri a acquises dans l'exercice de ce métier. Le texte est très bien construit, composé de scènes courtes, imagées. Il cherche à donner « une vision panoramique de la vie du personnage en saisissant des instants saillants » (postface). Et ça marche. Les moments historiques, qui alternent avec les scènes plus intimes où on voit Calvin avec ses proches, établissent une image globale et pas si monolithique que ça du grand théologien.
Roman historique, donc, mais composition romanesque. Une figure d'inquisiteur est inventée, des scènes supposées, par exemple des rencontres avec Luther, ou avec Servet à Paris, dans la jeunesse de Calvin... Le résultat est passionnant, même si, parfois, il manque un peu de chair à l'écriture. Comme si le personnage principal avait glacé parfois la plume de Buri.
Malgré tout, il est difficile de lâcher ce livre quand on l'a commencé. Ceux qui ne connaissent pas Calvin y apprendront des choses qui les pousseront à voir plus loin, et les autres continueront à se poser des questions.
Par exemple pourquoi cet homme, qui a commencé sa protestation dans l'esprit de la Renaissance (Nicolas Buri le fait rencontrer plusieurs fois Rabelais), finit sa vie (dans le livre de Buri) en imposant à ses ennemis la torture et le bûcher médiévaux...
Pierre de Scandale, Nicolas Buri, Editions d'autre part
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 09:24:56 dans Lectures | Commentaires (1) | Permaliens
Au départ, c'est un fait-divers assez étonnant. Un type qui se fait passer pour un médecin pendant 12 an
s. Il prétend qu'il est chercheur à l'OMS, il trompe sa famille, manipule ses amis, vit en escroquant ses proches, en leur soutirant leurs économies qu'il placera, leur promet-il, à des taux exorbitants. Finalement, à la veille d'être démasqué, il tue sa femme, ses deux enfants, ses parents, essaie d'étrangler sa maîtresse, met le feu à sa maison au moment où la voirie passe et s'arrange pour être sauvé par les pompiers.
Le type s'appelle Jean-Claude Romand. C'est une histoire réelle, arrivée dans le pays de Gex.
Romand, sur lequel tout le monde avait mis de grandes espérances, qui était destiné à une belle carrière, qui est intelligent, qui s'est efforcé de toujours correspondre à l'image que projetaient de lui ses parents, ses proches. Qui aurait pu devenir ce médecin brillant qu'il feignait d'être s'il n'était pas resté au lit plutôt que de passer un examen de deuxième année à l'université.
Il était certes déjà un peu habitué au mensonge, mais depuis là, ça a pris des proportions énormes. Réinscrit pendant des années en deuxième année de médecine, il révisait avec ses amis et leur faisait croire qu'il poursuivait les mêmes études qu'eux. Puis qu'il enseignait à l'université de Dijon, qu'il avait un poste de maître de recherche à l'OMS.
Chaque matin, il se rendait au travail. Puis il attendait toute la journée dans sa voiture, sur un parking d'autoroute, dans la cafétéria de l'organisation, il se promenait dans des forêts. Pendant des années.
Fascinant, non ? Inconcevable ? Emmanuel Carrère essaie de comprendre. Il a contacté Romand en prison, il a sa bénédiction.
C'est que Romand essaie peut-être désormais de passer pour un grand criminel repenti, plongé dans la prière, à qui Dieu a pardonné. Carrère va l'aider dans cette voie, même s'il se méfie.
Il n'est pas psychologue. Il cerne bien la spirale du mensonge, cette peur de décevoir qui fait que Romand préfère tromper les gens et tuer plutôt que se montrer tel qu'il est. Il essaie de dresser un portrait sans complaisance du tueur.
Mais il ne peut s'empêcher d'éprouver de l'empathie pour le personnage, d'établir des corrélations entre eux, et il donne finalement une explication que Romand doit adorer : le faux médecin était en fait soumis à des forces démoniaques qui se jouaient de lui, qui le menaient, qui le contrôlaient.
C'est ce que dit le titre. L'Adversaire est en effet un autre nom de Satan.
Pourquoi pas ? Le Diable, c'est assez séduisant. Plus utile à dresser une statue que la faiblesse, la lâcheté, la difficulté à s'affirmer et à déplaire. Plus intéressant, en tout cas pour faire un livre qui, il faut bien le dire, fascine à cause de ce qu'il révèle sur cette imposture.
Emmanuel Carrère, L'Adversaire, Folio
Publié par Alain Bagnoud à 11:30:34 dans Lectures | Commentaires (6) | Permaliens
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