JUSTE PARU
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LA TRILOGIE
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Ecrivain. Né en Valais.
Vit à Genève. (Contact)
Genève, accueillera une Fan zone pendant l'Euro 2008. Ce qui ne peut que réjouir les voisins dont je suis. Déjà le nom. Fan zone. Publié par Alain Bagnoud à 10:26:08 dans Journal | Commentaires (5) | Permaliens
« Dois-je maintenant parler de ces pâtisseries laquées de rire qu'un public de nerveux de nouveaux-nés de neveux de patriciens-prêtres envahit le dimanche ? C'est ferme, c'est sain, c'est doux, aigu, viril, limpide. Mais surtout c'est protégé du reste qui n'y a pas droit. Il faut une ancienneté sonnante. C'est cela qu'est la noblesse citadine patoisante, à souche de grand flabellum grenat. Ce n'est pas par transmission directe : c'est par un frère ou des nièces âgées qui mènent tout à l'anglaise derrière des grilles implacablement séparatrices, le soir. » (Bois sec Bois vert)
Répétitions : « de » 6 fois dans la première phrase. « C'est » 7 fois dans l'ensemble du paragraphe. Ou comment transformer en rythme des défauts qui vous vaudraient le stylo rouge de l'instituteur.
Sinon, goût de l'allitération. Elle seule explique ce public de nerveux de nouveaux-nés de neveux de patriciens-prêtres, un public incompréhensible au sens commun, étonnant comme une image surréaliste et pourtant puissamment concret, visible. Contraste et variété des adjectifs qui se déroulent et s'opposent dans de petits crépitements délicieux. Métaphores singulières. Pâtisseries laquées de rire. Ancienneté sonnante. Personnifications. Ces grilles implacablement séparatrices. Sens de la langue. Imaginaire.
Résumé du paragraphe : Cingria parle de pâtisseries fréquentées par des familles de petite noblesse citadine.
Conclusion : Cingria est grand.
Publié par Alain Bagnoud à 08:46:14 dans Lectures | Commentaires (0) | Permaliens
Une ambiance tout en orange. Les murs, les rideaux. Jusqu'aux tables (d'un brun orangé) et aux catelles du sol (gris orangé). Un joli petit bar en bois, des assiettes et des reproductions de tasses au mur.
C'était un café tenu par des Capverdiens, avant sa transformation (il était alors tout bleu).
Je ne sais plus si c'est le cas encore ce matin, où deux petits hommes d'affaires, plutôt le genre représentants de commerce, parlent fort, chacun essayant de prendre le pouvoir sur l'autre.
Une dame grisonnante à cheveux courts lit le journal en buvant un café. La serveuse effectivement pourrait venir du Cap-Vert. Est-ce que ça a de l'importance ?
Un homme grisonnant entre, avec une pince en argent qui tient sa cravate et un pin's doré représentant une automobile au revers du veston. Il embrasse la serveuse. Ils échangent des nouvelles.
Les deux petits hommes d'affaire ont baissé le ton. L'un a sorti des documents, l'autre met ses lunettes de vue. « Là c'est l'avenue. Sous cette façade, ce sera la sortie du tunnel. Les autorisations... Les oppositions... Il y a toujours un problème. C'est ça qui est emmerdant. Tu comprends ce que je veux dire ? » Puis il se donne des airs de virilité en parlant de couper les couilles à quelqu'un.
C'est un café de quartier, assez tranquille dans le matin.
Café Les Glycines, 6 rue Dancet, Genève
Publié par Alain Bagnoud à 09:36:06 dans Cafés de Plainpalais | Commentaires (2) | Permaliens
Un de mes amis est revenu d'Alexandrie stupéfié. Pour ses vacances, il avait choisi cette ville à cause d'Alexandre le Grand, son fondateur, de Cléopâtre, César et Marc Antoine, etc. Il a eu l'impression d'une ville sans présent, sans avenir, toute hantée par ses siècles de gloire disparus.
Une impression de nostalgie qui n'est pas isolée, depuis les érudits pleurant sa grande bibliothèque jusqu'à un petit chanteur français décédé qui gigotait et chantonnait, sur un air de disco, «Alexandrie, Alexandra».
La ville est un lieu surchargé, une superposition d'Histoire. «...une des grandes capitales du coeur, la Capitale de la Mémoire», comme l'écrit Lawrence Durell à son ami Henry Miller. Durell y avait fui l'invasion de la Grèce par l'armée allemande en 1941. Il y est resté comme journaliste pour la Gazette égyptienne, puis correspondant de presse à l'ambassade britannique. Une dizaine d'années plus tard, à Chypre, il commence «Le quatuor d'Alexandrie», situe l'action avant et pendant la deuxième guerre mondiale. Mais comme si la ville ne pouvait susciter que de l'histoire ancienne, le Quatuor est un envoi nostalgique à un passé mouvant, indéfini, multiple, qui prend des significations complètement différentes d'après le regard de celui qui s'y penche.
C'est une Alexandrie de la décadence que dépeint Durell, une ville qui est en train de se perdre, de perdre son importance. Une ville de débauche, de fièvre, d'ennui, de mutilation et de sociétés secrètes, mystiques, conspiratrices ou religieuses. Une ville où se croisent les Européens, les Juifs, les Musulmans, les Coptes chrétiens (le «Quatuor» raconte entre autres la décadence de ces derniers, au profit des Musulmans).
Ces quatre livres, on pourrait les lire séparément. Bien qu'ils traitent tous des mêmes personnages, et souvent des mêmes actions, ils visent à jouer l'un par rapport à l'autre «comme un mobile de Calder» (toujours de Durell à Miller). Leurs titres: «Justine», «Balthazar», «Montolive», «Cléa». Des noms de personnages.
La magnifique Justine, par exemple, est une nymphomane de haut vol, ardente et désespérée, une juive mariée à un riche copte, Nessim. Elle collectionne frénétiquement les aventures sordides, devient la maîtresse de Darley, le narrateur falot de trois des livres. Il subit la jalousie de Nessim, puis découvre qu'il s'est fait mystifier. En fait, Justine aimait un autre écrivain, Pursewarden, et Darley servait de leurre. Et finalement, peut-être que non, qu'elle ne l'aimait pas, qu'elle se servait de lui pour la cause de l'Etat juif. Car sous les jeux de l'amour, du désir et de la perte, se révèle une doublure politique, dans le jeu de complots qui se fait entre Anglais, Coptes et Musulmans....
Une foule d'autres personnages sont là, des diplomates, des danseuses de cabaret, des pornographes, des mystiques, toute une foule bigarrée et dense. Certains disparaissent mystérieusement, réapparaissent, tous se transforment d'après le regard qui est porté sur eux. Ainsi Scoby, un vieil Anglais pédéraste, engagé dans la police égyptienne. Après avoir été assassiné par des marins alors qu'il se promenait sur le port, travesti en femme, il se retrouve par une bizarre transformation vénéré comme un saint de l'Eglise Copte, sous le nom d'El Scob, et possède son propre sanctuaire. Le présent est trompeur, le passé l'éclaire toujours d'une autre manière.
Les couches sont denses, à Alexandrie, oignon de la mémoire. Le «Quatuor», ce «poème symphonique», y reflète peut-être la réalité de la ville toujours liée au passé. On y explore encore, par exemple les fragments du phare, 3000 blocs dans les eaux tranquilles du port, où ils reposent depuis 1302. La nostalgie s'en nourrit déjà. «Alexandrie, Alexandra!»
Lawrence Durrell, Le Quatuor d'Alexandrie, Le livre de poche
(Publié aussi dans Blogres.)
Publié par Alain Bagnoud à 09:27:05 dans Durrell | Commentaires (2) | Permaliens

Le génie Iturel, qui a la haute main sur l'Asie, se demande s'il faut détruire Persépolis. Comme il ne parvient pas à se décider, il y expédie Babouc. Un personnage en même temps naïf, candide et capable de discernement. Ça vous rappelle d'autres héros des contes de Voltaire ? Oui oui. Le même profil.
Suit alors pour le pauvre homme une série de conversions. Il faut détruire Persépolis, il ne faut pas, il faut... Ça vous rappelle les virevoltes de Zadig ? Je suis donc enfin heureux. Comme je suis malheureux. Etc. Oui oui, le même ressort narratif.
Dans Persépolis, on reconnaît des personnages comme le Cardinal Fleury en ministre vieilli et vif. Et les maux que Voltaire désigne: la guerre et la futilité de ses prétextes, les concussions, la primauté donnée à l'argent et à la naissance plutôt qu'au mérite, l'avidité des commerçants et des financiers, l'envie et la petitesse des hommes de lettres, l'ambition, l'intrigue, les vices du clergé, les chicanes, les procès... Ça vous rappelle ses cibles de toujours ? Oui oui, c'est un tableau complet. Un répertoire. Une suite de scènes posées les unes à côté des autres.
Puis la conclusion. Babouc fait fondre une petite et jolie statue composée de tous les métaux de la terre. Faut-il la détruire parce qu'elle n'est pas entièrement d'or ? Hein ?
Voltaire sera moins optimiste et complaisant quelques années plus tard.
Publié par Alain Bagnoud à 09:08:09 dans Lectures | Commentaires (4) | Permaliens
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