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Les amants du Spoutnik, par Haruki Murakami | 23 avril 2008

haruki murakamiIl y a chez plusieurs auteurs japonais qu'on m'a conseillé de lire quelque chose d'un peu pédagogique. En avançant dans Les amants du Spoutnik, par exemple, je me disais que ce texte conviendrait tout à fait à des élèves de 15 ans. Tout est bien expliqué, bien détaillé. Les gestes sont rendus minutieusement. Il y a un humour sympa, conventionnel et gentillet. Ça veut être un peu anticonformiste et excentrique, ça l'est de façon appliquée.
Il s'agit d'une jeune fille qui veut écrire et il y a quelques théories sur l'écriture qui semblent du niveau de quelqu'un qui se pose les premières questions de sa vie sur le sujet.
Elle s'appelle Sumire. Une fille dont K, le narrateur, est amoureux. Mais elle ne pense qu'à devenir écrivain et fait bien des efforts pour vivre en bohème (elle fume beaucoup et se couche à 3 heures du matin). Finalement, elle rencontre Miu, une femme d'affaire mariée, en tombe amoureuse et devient sa secrétaire assagie.
Bon, ça décolle un peu dans la deuxième partie, qui verse dans le fantastique. Sumire disparaît de façon inexplicable. Miu a vécu une expérience terrifiante de dédoublement dans une petite ville suisse qui a fait blanchir ses cheveux en une nuit. Le narrateur pressent l'existence d'un univers parallèle dans lequel Sumire se serait réfugiée.
C'est un peu plus intéressant. Mais ça ne me fait pas comprendre comment certains considèrent Haruki Murakami comme un des plus grands écrivains actuels.
Accusons déjà le traducteur. Il semble que les Japonais considèrent Murakami comme un styliste novateur.
Or on ne peut pas dire que cet aspect ressort dans la version française des Amants du Spoutnik.

Haruki Murakami, Les amants du Spoutnik, 10/18

Publié par Alain Bagnoud à 13:20:28 dans Lectures | Commentaires (9) |

L'arc-en-ciel de la gravité, par Thomas Pynchon (suite et fin) | 22 avril 2008

Bon, je suis arrivé au bout (voir ici, ici et ici). Avec la satisfaction que doivent ressentir les alpinistes quand ils ont gravi l'Anapurna.
762 pages serrées, une intrigue éclatée, des épisodes loufoques, des dGravity's rainbow, de Pynchon, couverture de l'édition originaleescriptions scientifiques, des transformations, des digressions en nombre. Il faut s'accrocher, mais, comment dire ? On se sent tout de même dans un livre important. Certaines scènes sont extrêmement cocasses. C'est une plongée dans un univers étrange et un livre puissant.
Je ne vais pas vous le résumer, ce serait d'ailleurs impossible. Ni gloser sur sa composition, minutieuse dit-on, où rien ne serait laissé au hasard. Par exemple, le nombre de chapitres de la deuxième partie (Une perm au casino Herrmann Goering) renvoie au symbole mathématique de l'infini (8), celui de la troisième partie (Dans la zone) à l'accélération gravitationnelle de 32 pieds par seconde ou les 12 chapitres de la fin (La contre-attaque), aux apôtres ou aux signes du zodiaque.
Tant mieux. Je fais confiance. C'est très travaillé. On le sent.
Un chaos organisé dans un monde absurde. Mais pas complètement décousu, donc.
Il existe des correspondances, des coïncidences, comme dans ces théories New Age, vous savez. Mais chez Pynchon, l'ordre caché est celui du complot et l'individu est joué, manipulé, plutôt que partie d'un tout harmonieux qui peut soudain être découvert. Le sens caché est forcément indécodable, mais ses fragments apparaissent et il  est possible de les relier par un effort de l'esprit.  Un effort qui s'appelle  la paranoïa.
Pas très gai, donc.
Mais malgré son pessimisme, Pynchon a une écriture allègre. Il rythme ses scènes comme un dessin animé, bourre son texte d'allusions à la culture populaire, invente des suites d'événements picaresques.
Et l'impression globale qui reste de ce livre, finalement, c'est la joie d'être quand même vivant dans un monde catastrophique,

Publié par Alain Bagnoud à 08:59:46 dans Lectures | Commentaires (0) |

La Collection de l'Art Brut à Lausanne | 21 avril 2008

 Adolf Wölfli, "Die Drachenfels-Trimbach-Eisenbahn-Fuss und Fahr-Brücke, in China", 1909
C'est toujours un moment fort que retourner à la Collection de l'Art Brut à Lausanne.
Initiée par Jean Dubuffet, elle présente, je le rappelle, des œuvres de marginaux, issus pour la plupart de milieux socio-culturels défavorisés, qui ignorent l'histoire de l'art, qui ne créent par pour communiquer, qui ne connaissent pas le marché de l'art et ne s'en préoccupent pas du tout.
Ce qu'ils veulent représenter, c'est une vision intérieure. Elle a sa logique propre, et utilise pour s'exprimer des formes et des matériaux souvent incongrus. Le déclenchement de l'acte créateur qui cherche à l'extérioriser est imprévisible : ces gens commencent souvent assez tard à se manifester.
La Collection de l'Art Brut a ses stars. Par exemple Adolf Wölfli (1864-1930), Bernois abandonné par son père, placé comme valet dans des familles paysannes, devenu bûcheron et manœuvre. Interné à 35 ans et jusqu'à sa mort pour avoir commis des attentats à la pudeur. C'est à l'asile qu'il a commencé à dessiner, écrire et composer de la musique.  25'000 pages de compositions graphiques, de collages, de partitions.
Oeuvre d'AloïseOu Aloïse (1886-1964). Lausannoise, couturière, internée à cause de son exaltation, qui peignait en cachette sur du papier d'emballage, des enveloppes et des morceaux de carton, avec de la mine de plomb, de l'encre, des feuilles, de la pâte dentifrice... Des couples amoureux. Des évocations de théâtre et d'opéra...
On trouve d'autres informations sur ces artistes et les autres créateurs de l'Art Brut dans le site de la Collection. Et surtout, il faut aller faire un tour sur place.
C'est une expérience esthétique forte, et vous verrez le nombre de questions sur la créativité, l'art, la norme, le kitsch, le marché, la communication, le sacré, etc. qui vont surgir en vous...

Collection de l'Art Brut, 11 avenue de Bergières, Lausanne

Publié par Alain Bagnoud à 09:55:43 dans Expositions | Commentaires (2) |

Je ne suis pas bien portant, par Ouvrard | 20 avril 2008

On avait parlé ici en son temps d'Ouvrard. Et voici donc, comme promis, à la demande générale et sous vos applaudissements, le grand succès de cet artiste de café-concert spécialisé dans le comique troupier. Un genre consistant, comme chacun le sait, en sketches et chansons liées à la vie du soldat et interprétés par un artiste en costume militaire.
Ouvrard a vécu vieux. 1890-1981. On le voit ci-dessous à la télévision avec Claude François comme figurant. Bon, ça ne vole pas bien haut, mais c'est dimanche, lazy day.

        
                              gaston ouvrard je suis pas bien portant

Publié par Alain Bagnoud à 09:58:47 dans Chansons | Commentaires (1) |

Joselito Carnaval, par Pierre Béguin | 18 avril 2008

Il est toujours intéressant de remonter un peu dans la production d'un auteur. Je viens de lire, par exemple, Joselito Carnaval, de Pierre Béguin (publié en 2000) .
Pour la clarté de l'affaire, je rappelle que Pierre est un ami avec qui je participe à l'aventure de Blogres. Mais ce n'est pas pour ça que je dois m'empêcher de parler de lui, si j'en ai envie.
Finalement, c'est Pascal Rebetez qui a inauguré ça hier sur Blogres justement. Vertigineux début. Perspectives prometteuses. Tout de sa faute. Nous allons faire de cet espace collectif un lieu auro-référentiel où nous nous renverrons l'ascenseur. Passe-moi la rhubarbe et je te passe le séné.
Je plaisante, bien entendu. Il vaut mieux préciser, on fait toujours trop confiance. La vraie Carnaval en Colombiequestion est : pourquoi ne pas parler de quelque chose qui nous intéresse, même si ça concerne un ami ? Non à l'autocensure.
Joselito Carnaval, donc, raconte un fait-divers effrayant. Un ramasseur de carton colombien est poignardé au début du carnaval, dans sa ville, puis jeté sur un tas de cadavres où il est laissé pour mort dans les sous-sol d'un hôpital. Mais il se relève, il parvient à s'enfuir et va raconter à un assistant social ce qu'il a vu et vécu.
La police finalement enquête et met à jour un trafic de cornées et d'autres organes humains, qui implique les gardiens et les pontes de l'hôpital. Ainsi que, beaucoup moins volontairement, les miséreux de la ville qui sont attirés et tués pour fournir la matière première.
Mais petit à petit, l'enquête ralentit. Et l'affaire se termine en queue de poisson  après quelques assassinats...
Adrien Pasquali disait que chacun de ses livres était la correction du livre précédent. On pourrait probablement généraliser un peu et élargir cette conception à la plupart des auteurs. En tout cas, si on examine les trois derniers livres de Béguin, cette règle s'applique.
Jonathan 2002, son dernier livre, adopte un ton sobre, pudique, au service d'une douleur à laquelle il faut donner un sens. Terre de Personne, son ouvrage précédent, déroule au contraire des longs anneaux de phrases impeccables, souples comme des lianes, en mimétisme avec la jungle dans laquelle se passe cette aventure de pilleurs de tombes précolombiennes.
Joselito Carnaval, antérieur, est composé de parties très diverses, de langages différents, monologues de tons variés, rapports officiels et documents administratifs. Une mosaïque de récits qui concourent efficacement au suspense de l'affaire, et montrent tout le talent d'un auteur qui adopte à chaque fois une forme liée au contenu. 
Je me souviens d'une distinction suggérée par Kundera, dans L'art du roman. Selon lui, l'écrivain parlerait toujours de la même voix, alors que le romancier utiliserait des tons différents.
D'où l'on en déduit que Pierre Béguin est un romancier. Et il a une plume remarquable. Ça, ce n'est pas Kundera, c'est moi qui le soutiens.
D'ailleurs, les visiteurs de Blogres le savaient déjà. 

Pierre Béguin, Joselito Carnaval, L'Aire 2000

(Publié aussi dans Blogres.)

Publié par Alain Bagnoud à 10:49:00 dans Lectures | Commentaires (0) |

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